Dans toute construction, nous traversons le messy middle, une sorte de désert chaotique où le temps semble traîner, où rien n’a l’air de se passer, où l’on place jour après jour un pas devant l’autre sans avoir l’impression d’avancer. Je suis dedans. Je m’adapte. Je fournis les heures. Je lutte. C’est une lutte interne, entre le sentiment croissant d’une lassitude profonde, d’un doute qui l’est tout autant ; et la volonté de traverser cette membrane qui se dresse entre moi et l’achèvement de cette révolution que j’entreprends. Patiente révolution. Le pivot ne saurait être instantané. Il réclame l’énergie d’un voyage interplanétaire, pas celle d’une course à l’épicerie d’à côté. Patiemment, je fournis le travail en entretenant ma confiance dans la transformation à venir. Rien n’est évident dans cet exercice. Ma confiance est fragile, mes doutes nombreux, mais c’est le chemin que j’ai choisi et ces épreuves lui appartiennent. Je suis bien entouré, soutenu, mais le messy middle se traverse seul. Personne ne saurait nous y accompagner. Il teste notre détermination et notre courage. Il met notre ambition à l’épreuve. Il demande : « ton désir de traverser est-il suffisant ? » Si l’on préfère le confort du familier, le chemin s’efface et le pont n’apparaît pas.