44.131

Écrit par

dans

Le refus est la norme en édition. Disons que c’est la réponse la plus probable. Cette réponse ne dit rien de la qualité du texte. Elle parle des choix éditoriaux, de la difficulté à être au bon endroit au bon moment, de la nébulosité pour tous les acteurs du livre de ce qui fait un livre viable, commercialement, ce qui est au moins au même niveau des préoccupations éditoriales que la qualité artistique du texte. L’éditeur est d’abord un commerçant. D’ailleurs, si vous voulez enregistrer une entreprise dont l’activité principale est l’édition, vous relevez du greffe et des bénéfices commerciaux. Que ce commerce soit indissociable des considérations artistiques, c’est-à-dire de la vision du monde que l’éditeur veut voir exister dans le monde, n’y change rien. Tout au plus cela complexifie sa tâche et le contraint à prendre parfois la décision déchirante de refuser un texte qu’il ne se sent pas assez capable de défendre auprès des libraires, des lecteurs, des critiques, des bibliothécaires, de tout ce riche monde qui fait l’économie du livre. Hier, A., aujourd’hui M. me parlent des refus essuyés par leurs manuscrits. Quiconque s’est déjà essayé à l’exercice sait la piqûre émotionnelle qu’un refus représente. Il faut accueillir avec douceur la peine, faire le deuil de cette maison pour ce livre, résister au réflexe de surcompensation qui ferait se dire que l’on n’est pas fait pour ça, que l’écriture est bonne à mettre à la poubelle, se décourager et laisser un événement somme toute banal (combien d’auteurs reçoivent, chaque jour, dans la francophonie, une lettre de refus d’éditeur ? En comparaison, combien reçoivent un appel leur disant « je veux travailler avec vous » ?). Décapage a même consacré le dossier de son numéro 65 aux refus essuyés par des auteurs déjà en place. Je ne suis pas étranger à l’exercice. Mais c’est un jeu de volume. Plus l’on soumet plus on a de chances d’être pris. À condition de travailler correctement les textes, d’y mettre un peu de conscience et d’intention et de réflexion. Jamais un texte que j’ai écrit « comme ça » n’a été retenu nulle part. Mes textes travaillés, à l’inverse, l’ont souvent été. Travailler, s’améliorer, affiner son écriture, sa technique, sa vision artistique (pourquoi j’écris et comment j’écris), et l’audace de présenter son travail encore et encore. Matthieu me racontait récemment l’histoire d’un ami auteur dont le manuscrit avait tourné chez les éditeurs pendant près de deux ans avant de trouver sa maison. Ainsi vont les choses. Un refus est l’opportunité d’affiner son intention, de revoir son argumentaire, de se replonger dans les forces du projet, d’assumer ses singularités, et de mieux cibler les maisons aux portes desquelles l’on frappe. Courage !

Plus de publications