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Promenades péripatéticiennes autour d’un jardin public, à parler écriture et édition et décisions artistiques et aborder la nécessité de trancher entre toutes les idées qui nous animent, celle que nous choisirons comme point focal là, tout de suite, pour les quelques mois à venir. Les autres devront attendre et c’est dans l’ordre des choses. À trop diviser notre attention, nous ne la portons vraiment sur rien et aucun projet n’aboutit. Je le répète à l’envi : choisir, c’est préférer. Cette disposition bien plus intéressante que l’alternative populaire nous force à regarder dans les yeux la sincérité de notre désir, de la force qui nous porte à cet instant, de ce qui nous allume et nous meut. C’est cela, choisir : préférer ce qui me meut plutôt que ce qui vient à peine titiller l’inertie. Pour cela, je réalise que, de plus en plus, je dois respecter rythmes et temps de sommeil, qu’à me régler sur la dictature du réveil arbitraire, je me réduis à l’ombre de moi-même. Ma pensée devient laborieuse, mon regard s’assombrit, je maugrée et proteste et m’éteint alors qu’une nuit de sommeil complète, pas forcément longue, mais naturelle, me laisse énergique, joyeux, joueur, confiant, prêt à l’action.

Les promenades et les conversations qui les accompagnent, les déjeuners qui les suivent, deviennent l’espace où l’art prend vie, où la création se fait bouillonnante. C’est là, dans ces moments d’improductivité choisie, de flânerie libre et curieuse, que naissent et germes les graines des projets futurs. Ensuite viendront les heures laborieuses, les décomptes mécaniques de mots, les longues réflexions arc-boutées sur une phrase qui, pour une raison qui nous échappe, ne fonctionne pas encore tout à fait. Les négociations, les compromis avec le texte, la révision de nos intentions et de nos ambitions, la rencontre avec le réel, avec les espaces où bute la volonté, où elle s’incline devant la matière. En attendant, marchons et laissons nos bottes se couvrir de poussière, nos cheveux se colorer de pollen.