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* cliquez ici si vous préférez lire ce message dans votre navigateur * Si ce mail vous est utile, vous pouvez le transférer aux auteurs de votre entourage ou m’offrir un café. *** Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires. Pour finir un projet, il est quasi indispensable de se fixer des objectifs. Je veux dire, vous pouvez tenter de finir un roman sans passer par cette case, mais ça va être un joli chaos. Vous n’aurez pas de ligne directrice pour vos sessions d’écriture, vous aurez une vision vague de votre progression, il y a de grandes chances que vous perdiez le fil plus d’une fois. Résultat, vous finirez probablement votre livre, mais vous mettrez au moins trois fois le temps. Vous fixer des objectifs vous permet de :
NommerCommencer un projet peut paraître accidentel. Vous avez une idée, vous accumulez quelques textes d’écriture libre, et au bout de quelques mois vous dites : « Hey ! Si j’écrivais un livre à partir de tout ça ! » Alors vous faites un point plus ou moins vague sur ce que vous avez : quelques personnages et décors, une piste d’intrigue qui vous semble tenir la route et l’envie de passer du temps dans cet univers. Si vous êtes un peu outillé, vous construisez une structure en trois actes ou une liste de chapitres correspondant aux événements par lesquels vous avez l’impression que votre histoire doit passer. Et c’est parti. Ce n’est pas une mauvaise manière de démarrer un projet, mais ce n’est ni la plus sûre ni la plus optimale ni la plus efficiente. En vous fixant des objectifs, vous allez un peu plus loin. Vous nommez des étapes et chaque fois que vous nommez une étape, vous êtes en fait en train de faire connaissance avec le projet. Vous dites : « je vais écrire 12 chapitres » et vous donnez un titre de travail à chacun (« la rencontre », « les beaux jours », « de l’eau dans le gaz », « la crise », « la tentative de sortir de la crise », « la rupture », par exemple). Chacun de ces titres et à la fois une décision : vous voulez raconter cette étape de cette histoire, lui consacrer du temps et explorer ses nuances. C’est aussi une évaluation : est-ce vraiment la direction que vous avez envie de donner à cette histoire ? Est-ce que ça vous réjouit de raconter ça ? Est-ce que ça vous paraît juste ? Quand vous hésitez, que vous ne trouvez pas les mots, que vous commencez à vous dire, au septième chapitre « j’en ai déjà intitulé 6, je verrai pour les autres après », c’est l’indice d’une décision que vous n’arrivez pas à prendre et de la nécessité de regarder de plus près les questions que soulève, par exemple, le chapitre 7. Que vous manque-t-il pour prendre la décision ? Un autre exemple, quand vous fixez votre planning d’écriture et que vous dites : « je vais écrire 1000 mots par jour », par exemple, c’est aussi la décision de votre engagement dans le projet (ce n’est pas anodin de se consacrer chaque jour à une pratique créative) et une évaluation (de votre envie, de ce qui résiste, du temps que ça vous demande de libérer, de vos ressources face aux imprévus du projet). C’est à ça que ça sert de nommer des objectif : poser et évaluer une envie, la traduire en décision, et vous engager à respecter cette décision. Pas facile, mais important. C’est un des socles de votre persévérance future. Evaluer votre progressionVous tenez un journal d’écriture dans lequel vous notez, pour chaque session, la quantité de texte que vous avez écrite et la façon dont vous avez vécu votre écriture, la façon dont votre perception de votre projet évolue, les questions qu’il vous pose. Ce journal, vous le mettez en regard de vos objectifs. Mettons que votre objectif soit d’écrire 1000 mots par jour. Votre journal vous dira si vous avez écrit 728 mots le lundi, 1204 le mardi, 310 le mercredi, 1002 le jeudi et 1011 le vendredi. Vous verrez que la moyenne n’est pas celle que vous visiez. Ce n’est pas forcément la moyenne le problème, c’est peut-être que votre projet est plus complexe que prévu et que le mercredi vous avez eu besoin de revenir à votre carnet de recherche pour préciser un personnage ou un enjeu et questionner une scène. L’écriture ne se fait pas que sur la page et s’astreindre à un nombre de mots arbitraire a peu de sens. C’est un outil, le wordcount, une manière de se forcer à dépasser l’inertie et la résistance et la procrastination et l’envie de faire autre chose dès qu’un bout de texte nous échappe. Se dire « je veux arriver à mille », ça nous pousse à l’action mais il ne faut pas confondre la fin et les moyens. Pourtant, il importe de mesurer et de confronter nos objectifs à la réalité de notre pratique, et de nous frotter aux questions que cette comparaison soulève. Pourquoi n’ai-je pas atteint mon quota ? Est-ce que j’ai travaillé mais pas sur la page ? Est-ce que j’ai esquivé une difficulté ? Est-ce que je reconnais une de mes stratégies d’évitement ? Il arrive qu’il n’y ait rien eu d’autre qu’une mauvaise journée, mais souvent, il y a un inconfort face au projet, une direction artistique qu’on n’a pas encore prise, une hésitation qu’on n’a pas encore tranchée, une incertitude que l’on n’arrive pas à dépasser. C’est à cela que sert d’évaluer notre progression. Les objectifs d’expérienceJe spoile un peu ma vidéo de mercredi prochain, mais il existe un type d’objectif important, qui n’est pas quantitatif, et qui nous aide à augmenter notre capacité d’action sur la satisfaction que provoque notre écriture, c’est l’objectif d’expérience. Il s’agit de répondre à la question : « quelle expérience ai-je envie de (faire) vivre ? » Dans le texte, d’abord, c’est ce que l’on a envie de faire ressentir à nos lecteurs, l’émotion, l’atmosphère, la compréhension qui émanent du texte. Dans notre pratique, aussi, c’est ce que nous voulons que l’acte d’écrire engendre en nous comme sensations, comme émotions, comme défis artistiques. Je développe davantage le sujet dans ma vidéo de la semaine prochaine, mais vous pouvez dores et déjà expérimenter avec cette question, et vous appuyer sur vos lectures pour observer comment un texte, en particulier un texte de fiction, c’est d’abord une expérience de lecture. Anaël « façonneur d’expériences » Verdier cette newsletter est gratuite, financée par votre participation à mes formations et vos dons. N’hésitez pas à la partager avec vos amis auteur·ices ou à m’offrir un café. Autres actus : Retrouvez mes autres conseils d’écriture sur Youtube. |
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![[CDD] Quelle expérience ?](https://anaelverdier.com/wp-content/uploads/9FXHvS8TdY1A4TUc4Urvgd.jpg)
[CDD] Quelle expérience ?
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44. 221
La question du rythme circadien, quand on est en décalage par rapport au reste de la société, est centrale. Reconnaître que mon pic à moi arrive en fin d’après-midi et organiser mon temps, y compris mon temps de famille, en fonction, demande de rappeler sans cesse (à moi comme aux autres) la spécificité de mon questionnement. Comme c’est épuisant de toujours me répéter, souvent, je cède mes meilleures heures aux usages du monde.
Je le paye invariablement. Par un déficit de temps efficient qui se traduit par un déficit créatif qui me mine le moral et fait monter ma frustration. Par un défaut d’écoute de mes besoins. À trop les négliger, ils finissent par hausser le ton. C’est un travail de funambule que de tenir l’équilibre entre s’écouter et laisser de la place aux autres.
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44. 220
Publier tous les jours me structure. Pendant quelques temps, ces dernières années, je me sentais flottant et je ne trouvais plus le chemin de cette écriture. Il revient. Il revient parce que j’ai fait le travail sur moi, parce que j’ai commencé par la routine avant de chercher le sens, et parce que c’est l’automne.
Publier tous les jours me pousse à trouver quelque chose à dire, m’encourage à expérimenter les jours où je ne trouve rien, me force à entendre ma propre voix. Je ne publie pas pour être lu, ni pour engager une conversation, mais pour la rigueur du rendez-vous et de l’engagement. J’écris dans mon carnet, des choses que je ne publie pas. Publier invite la présence, même discrète, d’un regard tiers.
La langue n’y est pas la même, le langage et les idées se structurent différemment que dans le carnet. Quand je publie, je m’entends écrire, dans le carnet je suis pris par les idées et la forme n’existe pas à mes yeux, elle n’est que fonctionnelle.
Pourtant, je ne réécris pas les textes publiés, je ne corrige pas, c’est du pur premier jet. Mais ce premier jet-là n’est pas le même que les idées et les questions et les émotions jetées chaque matin dans mon cahier.
Je retrouve le pourquoi qui m’avait déserté. Publier tous les jours me structure et la structure m’apaise et l’apaisement ouvre les vannes de mon inspiration dans la création et dans l’existence. Je suis simplement mieux quand je publie tous les jours et pourquoi voudrais-je bouder cela ?
Ce n’est pas magique, ça n’enlève pas les baisses de moral, les doutes, les peurs, l’angoisse, mais ça contribue à les estomper.
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44. 219
Souvent tiraillé entre l’idée d’une voix immanente, une sorte de pensée personnelle et intime qui suffirait à alimenter mon discours — quand j’écris de la fiction, c’est plutôt cette voix-là qui conduit l’embarcation — et le constat du dialogue qui naît quand je lis et que je discute. Ma psy m’a dit d’arrêter de m’appuyer autant sur la pensée des autres, mais je ne pense pas qu’elle voulait dire que je devais m’en couper complètement ; je pense qu’elle voulait dire que je n’avais pas besoin de penser à travers les autres. Quand je perds confiance en moi, que mon estime de moi est basse, quand le doute prend le dessus, que le vertige me fait trébucher à l’intérieur de mon existence, je tends les bras pour me raccrocher aux branches de pensées mieux structurées, d’idées qui me paraissent solides.
Je vois souvent ma psy dans mes moments de doutes, ceci explique peut-être cela.
Je reviens à la lecture de non-fiction, moins pour son côté fonctionnel (guides, manuels) que pour sa manière de me renvoyer le reflet de ma propre réflexion (billets d’opinion, essais). La semaine dernière, je lisais un article de Derek Sivers sur son mode de vie et j’ai été frappé par la réaction complexe qui m’a traversé : à la fois exalté (« c’est possible de vivre comme ça* ») et rebuté (« ce n’est pas une manière complète de vivre »). J’ai mis du temps à démêler ce qui, d’un côté m’attire et ce qui, de l’autre, me manque.
* « comme ça », c’est en (presque) total ermitage, immergé dans le « travail« , en autosuffisance. J’entends le besoin de solitude et la capacité sociale limitée, mais la mienne est plus grande, peut-être, que la sienne, et mon besoin des autres, de la scène, des cafés en terrasse, des flâneries, est important. Je ne supporte pas le téléphone, qui me demande un effort d’attention plus important que le fait d’être avec les personnes. Je m’appuie beaucoup sur le non verbal dans ma communication et me l’enlever, c’est me priver d’un important canal de compréhension.
Alors je reprends une pratique de lecture plus active ; pas uniquement des articles, mais des livres qui développent des pensées complexes (pas toujours évident, puisque la mode dans beaucoup d’essais semble être à l’accumulation d’articles courts plutôt qu’au développement d’un fil de pensée complexe).
Je lis sur mes pratiques (le butô, la scène, le clown, le dessin et la composition visuelle), je vais me remettre à lire sur l’entrepreneuriat, sur la PNL, l’hypnose, le marketing, sur les pratiques qui m’ont accompagné au cours de ma dernière décennie.
Je garde un regard critique sur tout le courant stoïque qui semble sous-tendre une bonne partie de l’idéologie du développement personnel et professionnel. Je me demande à quoi ressemblerait une idéologie basée qui ne fuirait pas l’émotionnel. Je range ça dans un coin pour un possible futur projet d’écriture.
Pour l’instant, j’ai besoin de remplir ma tête d’idées nuancées et longuement développées. Je n’ai pas besoin d’un nouveau mème sur Instagram ou d’un nouvel article synthétisé par l’IA, d’un flash actu ou d’une réaction épidermique à un événement, mais plutôt de pensées complexes aptes à faire émerger une matière foisonnante et qui réclame un effort cognitif de ma part.
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44. 218
Parfum de rentrée. La pluie tambourine sur les toits. Drôle de manière d’envisager la vie, de se caler sur un rythme abstrait, vaguement hérité des anciennes saisons. L’énergie se concentre, l’inertie se transforme à nouveau en mouvement et l’urgence revient toquer à la porte. Les administrations se rappellent de nos existences, le cycle des factures reprend, je les chasse d’un revers de main (qui ressemble à un clic sur l’ordre de paiement) comme des mouches insistantes. Exister, c’est quoi ? Vivre, c’est comment ? Se pardonner pour les souffrances causées, s’armer pour ne pas les répéter. Faire de son mieux pour être une meilleure personne. Plus tendre. Plus apte à communiquer ses besoins affectifs et ses fragilités. Sincère dans ses efforts. Jamais rien lâcher des objectifs difficiles que je poursuis. Écrire et me demander pourquoi. Pour dire quoi ? Pour qui ? Dans un monde qui m’apparaît de plus en plus hostile si je me fie aux médias. De plus en plus réjouissant si je fréquente les humains. La rentrée, c’est une abstraction à laquelle il est difficile d’échapper. Prendre des vacances, je ne connais pas. Ma vie entière est construite autour de ce que j’aime faire et réaliser.
« Tu sais que j’emploie beaucoup le mot travail. J’aime ce mot qui m’évoque un grand potentiel poétique et créatif. Je le rattache à une nécessité, liée au fait que je vais mourir un jour, et que mon travail est une façon enthousiaste de répondre à ma peur et mon angoisse existentielle. J’ai croisé en revanche des gens qui ne l’aimaient pas parce qu’il les renvoie à la discipline, à l’école, voire au capitalisme, à l’oppression. En ce qui me concerne, mon rapport au mot travail n’a par exemple jamais intégré son origine étymologique […] » – Julie-Kazuko Rahir, Devenir Sensible. Pratiquer et penser la scène.
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[CDD] Découper l’histoire
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Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires.
Vous connaissez : vous avez une super idée, des personnages et des décors en tête, une piste d’intrigue, vous vous lancez et rapidement il s’avère que l’histoire est plus ambitieuse que vous ne le pensiez.
Et c’est valable aussi bien pour une nouvelle que pour une saga de trois mille pages (même si je ne voudrais pas me confronter au casse-tête d’une saga de 3000 pages !)
Vous réalisez qu’enchevêtrer les différentes parties de votre projet pose des problèmes que vous n’aviez pas anticipés, vos personnages vous échappent, les décors s’effacent à l’arrière de l’arrière plan, et la chronologie commence à vous faire des nœuds dans la tête.
Ça nous arrive à tous !
Personnellement, j’imprime mes manuscrits et les étale sur le sol et les murs pour mieux voir la composition de mes histoires, sinon je ne m’en sors pas.
La technique qui aidera à y voir systématiquement plus clair, c’est le découpage.
C’est en cessant de considérer votre histoire uniquement comme un tout cohérent, et en la voyant comme une succession de segments reliés les uns aux autres, que vous pourrez retrouver un sentiment de maîtrise face à l’ampleur de votre projet.
Une forme connue de cette segmentation, c’est le chapitrage. Découper votre histoire en chapitres revient à créer des unités à l’intérieur du grand ensemble, mais qu’est-ce qui constitue un chapitre ? Comment choisit-on ce qu’on y met ou pas ? C’est souvent arbitraire et pas très aidant.
Je préfère penser en termes d’unités dramatiques, d’intrigues et de sous-intrigues, de séquences à l’intérieur d’une intrigue, autrement dit : en histoires dans l’histoire.
Vous pouvez y penser comme à des quêtes secondaires dans l’aventure de votre protagoniste. Ou des sous-tâches à accomplir pour réaliser son projet. Ou des facettes de sa vie, selon votre sensibilité.
Par exemple, si l’histoire raconte comment votre protagoniste change de vie en déménageant loin et en effectuant une reconversion professionnelle pour, disons, être plus près de la nature, vous savez qu’il aura plusieurs couches à traverser pour réaliser ce projet.
Trouver un lieu, s’adapter à un nouveau rythme et mode de vie, apprivoiser un nouveau métier, puis trouver un job et apprivoiser son nouvel environnement de travail, se faire une nouvelle vie sociale, etc. etc.
La manière dont vous choisissez de décliner l’axe principal éclaire la thématique de votre histoire et son ambiance, mais surtout, cela vous aide à voir les unités autonomes à l’intérieur de la grande histoire.
C’est plus utile que le découpage en chapitre parce qu’une unité dramatique peut être éparpillée dans tout le roman, tandis qu’un chapitre occupe une place fixe dans le livre.
Par exemple, si l’unité « se faire une nouvelle vie sociale » occupait un seul chapitre, disons le 6e sur 12, ce serait bizarre, ça ferait artificiel. Rencontrer de nouvelles personnes, lier une relation, vivre des choses ensemble, puis d’autres, cela demande du temps et de multiples rencontres qui débordent le cadre étroit d’un seul chapitre isolé au milieu du livre.
Relisez le paragraphe précédent : une fois que vous avez identifié les sous-couches de votre histoire, vous pouvez les décliner en situations concrètes. C’est ce que j’ai fait en détaillant ce qui me semblait nécessaire pour raconter avec vraisemblance l’axe « se faire une nouvelle vie sociale » de mon histoire.
Vous voyez comment cet axe est une histoire à part entière, avec ses personnages, ses lieux, ses situations et son potentiel dramatique. On peut créer de l’incertitude et de la tension et des rebondissements autour de n’importe quelle relation, a fortiori une nouvelle relation entre des locaux et un nouvel arrivant.
C’est comme ça que fonctionne le découpage que j’évoquais plus tôt : vous prenez l’ensemble et le regardez de plus près. Quelles parties distinguez-vous ? Lesquelles peuvent fonctionner comme des histoires dans l’histoire ?
Une fois que vous avez fait ça, traitez chacune indépendamment.
N’ayez pas peur de casser l’ensemble. Vous connaissez votre projet, vous saurez utiliser vos personnages et vos décors de sorte à créer du lien entre les différentes sous-parties du texte.
Vous pouvez écrire chaque « histoire dans l’histoire » indépendamment, en finir une avant d’écrire la suivante. Cela vous évite d’avoir des bouts d’histoires qui flottent et occupent votre espace mental créatif inutilement.
Dans mon exemple, je pourrais écrire la totalité de l’unité « vie sociale » avant de travailler sur « l’adaptation à un nouveau mode de vie ». Une fois celle-ci finie, je pourrais me consacrer à « découvrir un nouveau métier (formation) » puis finir avec « découvrir un nouveau métier (job) ».
Cette technique évite de vous embrouiller le cerveau en cherchant à tout faire en même temps, ce qui ne marche jamais très bien. Prenez des notes sur les détails que vous découvrez pendant l’écriture d’une partie pour en intégrer certains dans les autres parties.
Si dans « vie sociale », je découvre un lieu intéressant, je peux le revisiter dans « vie pro » ou « adaptation », selon ce qui est pertinent. Idem si je découvre un personnage. Et si vous êtes déjà à l’aise avec ces aspects-là, prenez en compte l’état émotionnel de votre protagoniste.
Pour ce qui est de la construction, une fois que vous avez les scènes de toutes vos unités, c’est un puzzle.
Pour une bonne partie, la chronologie suffira à dicter où va chaque segment de l’histoire. Certains événements succèdent de manière évidente à d’autres, ou les précèdent.
Pour le reste, ça peut devenir complexe si vous cherchez à façonner des effets narratifs comme des effets d’annonce, des révélations ou de la préparation-paiement. Si vous êtes familier de ces concepts, faites-vous plaisir. Sinon, concentrez-vous plutôt sur ce qui vous paraît le mieux, même si vous ne savez pas trop l’expliquer.
Je récapitule :
- Quelles sont les histoires dans votre histoire ?
- Quelles sont les étapes dont vous avez besoin pour raconter ces histoires ?
- Ecrivez une « histoire dans l’histoire » après l’autre.
- Réutilisez les éléments de chaque petite histoire quand c’est possible.
- Quand tout est écrit, mettez les segments dans l’ordre chronologique.
- Faites-vous confiance pour les autres.
Essayez ça la prochaine fois qu’un de vos projets vous paraît trop compliqué.
Vous pouvez aussi vous entraîner sur les histoires que vous lisez.
Ne surintellectualisez pas le truc, il s’agit au contraire de sortir de votre tête en vous fiant à la structure pour écrire plus librement.
Ne vous souciez pas des chapitres. Soit ils s’imposeront, soit pas. C’est très bien dans les deux cas.
Les avantages de cette technique sont multiples. En plus de ceux que j’ai déjà cités, vous terminerez plus tôt des sections importantes de votre projet, ce qui vous permettra de
- vérifier que votre idée fonctionne et qu’elle vous plaît
- faire lire des textes finis qui se suffisent à eux-mêmes et aller chercher vos premiers retours de lecture
- renforcer votre confiance dans votre capacité à finir le projet puisque vous enchaînerez les blocs achevés plutôt que d’avoir une grosse pelote dévidée qui n’en finit pas de donner du fil
- vous arrêter plus tôt si vous vous lassez du projet ou si vous découvrez qu’il n’avait pas d’être aussi complexe, tout en ayant un ensemble cohérent et achevé (et ça, c’est précieux !)
- vous permettre d’expérimenter plus librement avec la forme, les personnages, la langue, ce qui est plus périlleux sur un projet long
Notez que vous pouvez aussi bien segmenter à la réécriture pour faciliter vos prises de décisions. C’est ce que je fais avec quasiment tous mes romans pour reprendre de la distance par rapport à la matière.
Expérimentez et surtout, amusez-vous !
Anaël « sortez les ciseaux » Verdier
PS : Pour maîtriser le concept d’unité dramatique, commencez par la plus petite de ces unités, la scène. J’ai créé une formation à suivre en autonomie, à votre rythme, pour vous guider dans cet apprentissage. Maîtriser la scène, c’est déjà maîtriser l’histoire. Ça se passe ici : https://anaelverdier.thrivecart.com/ecrire-une-scene/