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  • 44. 227

    Quand tu y es pour la durée, tu ne t’arrêtes pas au bout de cent mètres. Tu sais que ça va être une longue lutte, tu ne te détournes pas au premier obstacle. Tu remontes tes manches, tu craches dans tes mains, tu t’arc-boutes contre le rocher si nécessaire, et tu retournes au charbon.

    C’est parce que tu persévères là où les autres abandonnent que tu sortiras vainqueur. Si tu n’y arrives pas par talent, tu y arriveras par entêtement. Ceux qui lâchent, ce sont eux qui échouent. Même si ta réussite n’est pas spectaculaire, même si elle n’est jamais qu’en « faux plat montant », elle ne sera pas abandon.

    Les échecs et les refus ne sont que des étapes sur la route. Dans un an, tu ne t’en souviendras qu’à peine.

  • 44.226

    L’inconfort peut être source d’apprentissage et de transformation. Quand une société se dote des outils pour bannir l’inconfort, elle enferme les individus dans l’inertie. On y cherche la stabilité et la répétition. On y meurt de routine. On remplace l’inconfort psychique, vecteur de retour sur soi et de transmutation, par la pression à produire, à faire toujours plus et toujours mieux en fonction de critères extrinsèques arbitraires.

    A trop vouloir nous préserver mutuellement de la nature parfois aride du réel, cette addiction au confort nous limite à l’expression narcissique d’un ego figé, hostile au changement, qui est, par nature inconfortable mais, par nature aussi, le seul vecteur constant de notre épanouissement.

    Qu’il s’agisse d’une révolution de nos manières d’être, de nos métiers, de nos lieux de vie, de nos aspirations, de nos relations ou d’ajustements plus subtils et néanmoins exigeants (y a-t-il plus inconfortable que l’effort quotidien d’installer une nouvelle habitude ? Brrr, je frémis rien que d’y penser), l’épanouissement demande que l’on passe d’un état à un autre (de graine à germe, de germe à plante, à fleur, à fruit, à graine, et le cycle reprend ailleurs).

    J’y pensais ce matin en me surprenant à regarder les commentaires d’utilisateurs d’une expérience qui m’attirait. Qu’est-ce que je cherche en consultat ces commentaires, sinon à me prémunir d’une déception possible ? La déception, comme la satisfaction, nourrit mon expérience humaine. Que j’aie une préférence pour l’une plutôt que l’autre me semble secondaire si mon but est de faire l’expérience de la vie la plus expansive possible.

    On s’entend, je ne vais pas me mettre sciemment en danger, mais on est arrivés à un stade où le moindre gravillon dans une chaussure est devenu, pour nos systèmes nerveux déréglés, l’équivalent d’une situation périlleuse. Ça me dérangerait moins si le résultat de tout ça n’était une forme d’inertie généralisée : puisque rien n’est jamais sûr, nous n’osons pas assez.

    Alors, osons.

  • 44.225

    J’aime collecter des informations. Quand j’ai fait le test du Strength Finder, « Input » était parmi mes 5 premières forces. J’aime les mettre dans des tableaux et faire de jolis graphiques qui me donnent des statistiques. La plupart du temps, même s’il y a un aspect méditatif à cette pratique, j’y vois une forme de procrastination, mais j’en viens de plus en plus à me dire que penser ça est une forme d’évitement. C’est un travail laborieux que de collecter et d’organiser. Cela prend du temps et savoir quoi faire des données me force à me creuser le cerveau, cerveau qui préfère généralement lancer un jeu ou regarder un épisode de série. C’est aussi parfois douloureux de regarder la réalité objective en face. Constater que j’ai perdu ma pratique du dessin, ou que je n’ai pas écrit autant que l’année X, me rappelle à l’ordre avec froideur.

    À l’inverse, je peux avoir de bonnes surprises et découvrir par exemple que, sur ce blog, j’ai écrit, en quantité, l’équivalent d’un petit roman sans ressentir d’effort ni me rendre compte de l’ampleur de ce que j’écrivais. En moyenne, depuis janvier, un post tous les deux jours, d’une longueur de 265 mots. Ça s’additionne. Et ça s’additionne sans me demander d’autre rigueur que de commencer ma journée ici. Ce qui n’était au départ qu’une pratique d’échauffement et un espace d’expérimentation stylistique (que j’ai un peu perdu au passage) ouvre la porte vers une nouvelle manière d’aborder l’écriture longue.

    Je savais que la régularité et l’abaissement de la barre étaient moteurs de réalisation de projets ambitions, mais j’avais du mal à baisser la barre suffisamment bas. Je suis motivé par l’intensité de l’effort. J’aime entrer dans un tunnel créatif, vision laser, ne voir que le projet pendant quelques semaines, trimer dur et passer à autre chose derrière. Alors il y a toujours dans mes routines quelque chose d’un défi. Mais pour d’autres personnes, cette intensité n’est pas tenable. Beaucoup des autrices que j’accompagne sont déjà surchargées de contraintes et ont besoin de la pratique d’écriture la moins invasive possible.

    C’est comme une porte qui s’ouvre, un exemple qui vient conforter une hypothèse mathématique. Et elle s’ouvre grâce à mon hobby de collecte.

    Je n’aime pas l’approximation. Je n’aime pas ne pas savoir ce qui est à l’œuvre dans ma réalité. Je trouve déjà que mes moteurs internes sont une boîte noire, et j’ai déjà constaté que ma perception de la réalité était toujours floue/tordue/imprécise. Trop émotionnel, je tends à me baser sur ce que j’ai ressenti. Une session d’écriture difficile me paraîtra mauvaise et insuffisante, une session d’écriture où j’aurai eu le sentiment de m’amuser me paraîtra super bonne. Mais pas juste la session, son résultat. Or, il n’y a pas de corrélation entre ce que je ressens en écrivant et la qualité du résultat.

    Objectiver ma pratique m’aide à me détacher de mes impressions et à regarder en face ce dont le projet a besoin. C’est valable dans mes relations, dans ma parentalité, dans mes loisirs. Comme j’ai tendance à vivre dans le monde des possibles et dans une forme d’idéalisation de mes projets, j’ai besoin de me rappeler consciemment de la valeur de ce que je fais au quotidien. Sinon, je finis par vriller, abandonner des projets qui avancent bien mais que je panique de ne pas avoir déjà fini, et me créer des obstacles inutiles.

  • 44. 224

    Parler de mes livres. Donner envie de les lire. L’exercice, pourtant intéressant, m’ennuie. Je préfère le travail de les écrire. Est-ce que cela peut suffire ? Je suis entré dans une période de vie (durera-t-elle ?) où je n’attends plus de reconnaissance pour mon travail. Peut-être est-ce de la lâcheté ou une forme de désillusion, ou peut-être est-ce une forme de maturité. Quand on ne s’accroche plus à un résultat, l’action peut prendre sens pour elle-même. Détachée du besoin de rentabilité, l’action de parler de mes livres peut redevenir l’acte d’amour qu’elle devrait être à chaque fois. Parler de mes livres pour le plaisir de les mettre en valeur. Raconter ce qui m’émeut en eux, parler de leurs personnages, des thématiques que j’y ai insufflées.

    Ce qui a pu me retenir, c’est la peur du jugement. Jugement de la naïveté de certains textes, jugement de leur style, de leur esthétique, jugement de ma compétence d’auteur. Évidemment ce n’est pas une peur, c’est la projection de mon propre sentiment d’inadéquation, né de l’écart entre l’idéal créatif et artistique qui m’anime et la réalité de mes productions, qui est en-dessous de mes attentes, nécessairement, puisque j’apprends en faisant et que j’ai un meilleur discernement après avoir écrit un livre qu’avant de le commencer.

    Il y aura toujours un décalage entre ce que je veux faire et ce que j’ai fait. Entre ce que j’aspirais à réaliser et ce que j’ai produit. Je m’efforce de faire la paix avec ça. Et, donc, de parler de mes livres en les aimant tels qu’ils sont et tels qu’ils existent.

    Le clown m’a aidé sur ce chemin d’acception : on n’attend rien, on se contente d’être présent, la représentation est ce qu’elle est, c’est ce moment-là, unique, vécu ici, dans l’état de disponibilité qui est le sien.

    Les attentes ont cette fâcheuse tendance à naître toujours dans un monde idéalisé. Les œuvres prennent vie dans le monde réel, avec ses contraintes et ses limites, avec ses circonstances capricieuses, avec ses imprévus et ses interférences.

    Ne pas juger un travail à l’aune de l’idée que l’on s’en faisait, mais pour ses qualités et fragilités propres.

  • [CDD] Quelle expérience ?

    [CDD] Quelle expérience ?

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    Le « CDD », c’est le Conseil du Dimanche (qui peut arriver en cours de semaine, voire plusieurs fois par semaine), où je partage mes astuces, outils et anecdotes d’écriture pour vous aider à développer votre pratique singulière et arriver au bout de vos projets littéraires.

    Pour finir un projet, il est quasi indispensable de se fixer des objectifs.

    Je veux dire, vous pouvez tenter de finir un roman sans passer par cette case, mais ça va être un joli chaos. Vous n’aurez pas de ligne directrice pour vos sessions d’écriture, vous aurez une vision vague de votre progression, il y a de grandes chances que vous perdiez le fil plus d’une fois.

    Résultat, vous finirez probablement votre livre, mais vous mettrez au moins trois fois le temps.

    Vous fixer des objectifs vous permet de :

    1. nommer ce que vous cherchez à faire
    2. évaluer en temps réel comment vous vous en sortez

    Nommer

    Commencer un projet peut paraître accidentel. Vous avez une idée, vous accumulez quelques textes d’écriture libre, et au bout de quelques mois vous dites : « Hey ! Si j’écrivais un livre à partir de tout ça ! »

    Alors vous faites un point plus ou moins vague sur ce que vous avez : quelques personnages et décors, une piste d’intrigue qui vous semble tenir la route et l’envie de passer du temps dans cet univers.

    Si vous êtes un peu outillé, vous construisez une structure en trois actes ou une liste de chapitres correspondant aux événements par lesquels vous avez l’impression que votre histoire doit passer.

    Et c’est parti.

    Ce n’est pas une mauvaise manière de démarrer un projet, mais ce n’est ni la plus sûre ni la plus optimale ni la plus efficiente.

    En vous fixant des objectifs, vous allez un peu plus loin. Vous nommez des étapes et chaque fois que vous nommez une étape, vous êtes en fait en train de faire connaissance avec le projet.

    Vous dites : « je vais écrire 12 chapitres » et vous donnez un titre de travail à chacun (« la rencontre », « les beaux jours », « de l’eau dans le gaz », « la crise », « la tentative de sortir de la crise », « la rupture », par exemple).

    Chacun de ces titres et à la fois une décision : vous voulez raconter cette étape de cette histoire, lui consacrer du temps et explorer ses nuances.

    C’est aussi une évaluation : est-ce vraiment la direction que vous avez envie de donner à cette histoire ? Est-ce que ça vous réjouit de raconter ça ? Est-ce que ça vous paraît juste ?

    Quand vous hésitez, que vous ne trouvez pas les mots, que vous commencez à vous dire, au septième chapitre « j’en ai déjà intitulé 6, je verrai pour les autres après », c’est l’indice d’une décision que vous n’arrivez pas à prendre et de la nécessité de regarder de plus près les questions que soulève, par exemple, le chapitre 7. Que vous manque-t-il pour prendre la décision ?

    Un autre exemple, quand vous fixez votre planning d’écriture et que vous dites : « je vais écrire 1000 mots par jour », par exemple, c’est aussi la décision de votre engagement dans le projet (ce n’est pas anodin de se consacrer chaque jour à une pratique créative) et une évaluation (de votre envie, de ce qui résiste, du temps que ça vous demande de libérer, de vos ressources face aux imprévus du projet).

    C’est à ça que ça sert de nommer des objectif : poser et évaluer une envie, la traduire en décision, et vous engager à respecter cette décision.

    Pas facile, mais important. C’est un des socles de votre persévérance future.

    Evaluer votre progression

    Vous tenez un journal d’écriture dans lequel vous notez, pour chaque session, la quantité de texte que vous avez écrite et la façon dont vous avez vécu votre écriture, la façon dont votre perception de votre projet évolue, les questions qu’il vous pose.

    Ce journal, vous le mettez en regard de vos objectifs.

    Mettons que votre objectif soit d’écrire 1000 mots par jour. Votre journal vous dira si vous avez écrit 728 mots le lundi, 1204 le mardi, 310 le mercredi, 1002 le jeudi et 1011 le vendredi.

    Vous verrez que la moyenne n’est pas celle que vous visiez. Ce n’est pas forcément la moyenne le problème, c’est peut-être que votre projet est plus complexe que prévu et que le mercredi vous avez eu besoin de revenir à votre carnet de recherche pour préciser un personnage ou un enjeu et questionner une scène.

    L’écriture ne se fait pas que sur la page et s’astreindre à un nombre de mots arbitraire a peu de sens. C’est un outil, le wordcount, une manière de se forcer à dépasser l’inertie et la résistance et la procrastination et l’envie de faire autre chose dès qu’un bout de texte nous échappe.

    Se dire « je veux arriver à mille », ça nous pousse à l’action mais il ne faut pas confondre la fin et les moyens.

    Pourtant, il importe de mesurer et de confronter nos objectifs à la réalité de notre pratique, et de nous frotter aux questions que cette comparaison soulève. Pourquoi n’ai-je pas atteint mon quota ? Est-ce que j’ai travaillé mais pas sur la page ? Est-ce que j’ai esquivé une difficulté ? Est-ce que je reconnais une de mes stratégies d’évitement ?

    Il arrive qu’il n’y ait rien eu d’autre qu’une mauvaise journée, mais souvent, il y a un inconfort face au projet, une direction artistique qu’on n’a pas encore prise, une hésitation qu’on n’a pas encore tranchée, une incertitude que l’on n’arrive pas à dépasser.

    C’est à cela que sert d’évaluer notre progression.

    Les objectifs d’expérience

    Je spoile un peu ma vidéo de mercredi prochain, mais il existe un type d’objectif important, qui n’est pas quantitatif, et qui nous aide à augmenter notre capacité d’action sur la satisfaction que provoque notre écriture, c’est l’objectif d’expérience.

    Il s’agit de répondre à la question : « quelle expérience ai-je envie de (faire) vivre ? »

    Dans le texte, d’abord, c’est ce que l’on a envie de faire ressentir à nos lecteurs, l’émotion, l’atmosphère, la compréhension qui émanent du texte.

    Dans notre pratique, aussi, c’est ce que nous voulons que l’acte d’écrire engendre en nous comme sensations, comme émotions, comme défis artistiques.

    Je développe davantage le sujet dans ma vidéo de la semaine prochaine, mais vous pouvez dores et déjà expérimenter avec cette question, et vous appuyer sur vos lectures pour observer comment un texte, en particulier un texte de fiction, c’est d’abord une expérience de lecture.

    Anaël « façonneur d’expériences » Verdier

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    Autres actus :

    Ma dernière vidéo : Lire pour apprendre à écrire

    On peut améliorer son écriture en lisant, à condition de ne pas lire passivement. Dans cette vidéo et la fiche associée, je vous guide dans une technique de lecture active destinée à vous faire transformer vos lectures en outils d’écriture.

    video preview

    Autoformation : écrire une scène.

    • Maîtrisez avec aisance la plus petite unité d’histoire,

      • Ne manquez plus d’idées pour alimenter votre scène sans vous disperser,
      • Rendez votre scène captivante en construisant à partir de son noyau,
      • Découvrez ce que vous personnages font là et donnez-leur la profondeur qui leur manque,
      • Explorez vos décors pour découvrir ce qu’ils ont de singulier à offrir à la scène,
      • Une formation à suivre en autonomie pour 25€
      • 9 modules de moins de 7 minutes chacun.

    Retrouvez mes autres conseils d’écriture sur Youtube.

  • 44. 221

    La question du rythme circadien, quand on est en décalage par rapport au reste de la société, est centrale. Reconnaître que mon pic à moi arrive en fin d’après-midi et organiser mon temps, y compris mon temps de famille, en fonction, demande de rappeler sans cesse (à moi comme aux autres) la spécificité de mon questionnement. Comme c’est épuisant de toujours me répéter, souvent, je cède mes meilleures heures aux usages du monde.

    Je le paye invariablement. Par un déficit de temps efficient qui se traduit par un déficit créatif qui me mine le moral et fait monter ma frustration. Par un défaut d’écoute de mes besoins. À trop les négliger, ils finissent par hausser le ton. C’est un travail de funambule que de tenir l’équilibre entre s’écouter et laisser de la place aux autres.