– So it’s you ? She said to the woman at the bar
The other, a beautiful brunette in a carmine dress, looked puzzled.
– Yes, she continued, you’re my husband’s mistress.
A veil of fear passed on the brunette’s face.
– Don’t fear, dear, I’ve been fascinated by you for a long time now. I wondered who he went to and why. Now it’s obvious.
– And why is it ? hesitated the brunette.
– Look at how beautiful you are. You have the sense of elegance he craves, your eyes glitter with wit and intelligence, your figure is flawless.
The brunette’s eyes went sideways.
– Oh, no, don’t humble yourself. I don’t mean to make you shy. I’m glad it’s you, is all, and not the bitch over there.
She pointed at a girl in silvery high heels, a pink mini skirt and an ostentatious cleavage.
– She has no class whatsoever. I’m sure she’ll do anything in bed, but god, to be second only to a slut like this. That would be upsetting.
– You’re not second.
– Of course I am. Every chance he gets he runs to you.
A silence.
– Did you like Florence ?
The brunette’s cheeks rosied. She almost coughed her martini out. The wife laughed. Pearls raining on a xylophone.
– You’re cute, too. I don’t mean it in an infantilizing way.
– You knew ?
– Of course, darling. I have eyes.
– But how ?
– Let’s say he’s not very discreet.
After a pause: « He didn’t tell me, if that’s what you’re asking »
– Why are you doing this ?
– I told you. I’m fascinated by you. I’ve tried to picture you in my mind for months now. I’ve learnt to recognize your perfume, and to hear the soft variation in his voice when he speaks to you or about you. It’s nothing, really, it barely lowers one octave but when you listen carefully enough, you notice it. He’s stopped loving me a long time ago. I guess seeing how he loves you now reminds me of what it used to be.
– It must hurt.
– I thought so. Turns out it doesn’t. Not really. It’s more like a nostalgic feeling. You cry over something that is gone but you have no hope of getting it back so it’s not painful. It’s just sad, but in a good way.
The brunette held her hand out.
– I’m Ivy.
– Ivy, said the wife while holding her hand. I’m so glad we’ve met. I’m Laura.
– I know, whispered Ivy.
Laura freed the brunette’s hand, still smiling. She brought her margarita to her lips in a sensual move.
– I have to go now, she said. And she left.
Catégorie : Journal
Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.
-
So, it’s you
-

Sur les coups de 15 heures
Mon cerveau part en vrille, comme un pilote de chasse de la première guerre mondiale abattu. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir mangé, ou d’avoir grillé tout un tas d’énergie pendant la première moitié de la journée. Peu importe ce que j’ai fait, productif ou pas, c’est comme une mauvaise descente. J’ai été bien, clair, concentré. Et d’un seul coup, plus du tout.
Ce n’est pas un bon moment pour écrire: je ne sais plus où aller, alors je passe d’un projet au suivant. Je suis sans direction.
Si je peux, je dors un peu.
Et ce n’est pas lié à mes circonstances ou à mon humeur. Tout peut bien aller, tout peut mal aller, dans tous les cas, je trébuche, comme Alice dans le tunnel du lapin de Pâques.
En ce moment j’ai envie de faire un podcast. J’en ai un préparation, sur le développement personnel, la vie en conscience, les thèmes de ce blog, mais je veux en faire un autre. Ce n’est pas la première fois, mais par le passé j’ai étouffé ce désir. Je n’ai pas de réelle direction et celui-ci je voudrais le faire seul, monologuer une dizaine de minutes par semaine et diffuser le résultat.
La question c’est celle de la valeur: quel sujet pourrait intéresser un auditoire, même petit ? Je crois que j’ai envie de parler de la vie dans les marges. La vie d’un artiste est toujours un peu marginale. Il ne s’agirait pas de parler de la marginalité spectaculaire des superstars de tabloïds. Plutôt de la marginalité ordinaire des artistes ordinaires. Ceux qui vivent leur art, tant bien que mal comme ceux qui volent des moments à leur quotidien pour créer quand même, pour faire même si c’est loin d’être évident.
Parler de l’équilibre à trouver entre vivre de son art et vivre de son art, l’aspect matériel et l’aspect existentiel de cette vie.
Parler des moments d’euphorie – quand le projet va bien, quand la route est alignée – et des moments de doute – quand le projet ne va plus, quand les obstacles s’accumulent.
Pourquoi et pour qui ? Peut-être pour encourager toutes les personnes créatives, toutes ces personnes qui sentent bien qu’elles ne peuvent pas ne pas créer, parce que leur santé émotionnelle en dépend. Pour être une lumière, une présence, une chaleur dans le voyage solitaire de la créativité.
On a beau être entouré, on a beau être au contact de son public, l’activité créatrice, le moment où l’on entre dans son atelier pour faire face à la matière, on est seul. Et cette solitude peut être pesante, même si elle est choisie. Même si elle est nécessaire.
Alors oui, un podcast en guise de lumière sur l’horizon, comme un phare.
Vous en pensez quoi ?
-
Best meat in town
– Have you heard of black meat ? It’s the new trend
– What is it from ?
– I don’t know, it’s the way they treat it or cook it. I’m going to try it.Going back, I heard screams and glanced in the basement. There, its red eyes locked with mine as the butcher cut a large piece of dark flesh right from its body. The creature, alive, shouting. I felt the pain pierce through my own flesh.
– Come, rescue me, whispered a voice in my head. I moved inside the basement. Music was coming from the butcher’s headsets. To block the shrieks I guessed.
I seized a big knife and slit the butcher’s throat.
The creature was there, all red and black. Its horns shining in the humidity of the basement.
I freed it.
It jumped at my throat.
– I … I saved you.
– You are a part of them. Mortals. I hate you.
It planted its claws in my neck and tore me apart. I felt lifted from the ground and sucked into the sky. My dead body bleeding under the Demon’s rage. -

Quand j’écris
« Dans la pratique, Le Roman reste une succession de corps abstraits venus d’Europe de l’Est ou de la campagne états-unienne.
#
– Ça avance bien ?
Elle est sans pitié et ne le sait même pas. Je vide mon verre, le remplit à nouveau. Le sake est meilleur tiède et il est déjà en train de refroidir.
– Ça va.
– Tu ne m’en parles jamais vraiment, je ne sais même pas de quoi ça parle.
– Tu sais, c’est l’histoire de ce type qui veut réaliser son désir de cœur mais la peur l’en empêche. Un peu comme toi avec ce départ à Nantes.
Diversion. Elle tique à peine.
– C’est assez banal comme histoire, il lutte, il lutte, et c’est quand il lâche finalement prise qu’il réalise que ce qu’il voulait vraiment était sous ses yeux depuis le début. Sauf que là ce n’est pas ce qui arrive.
– Ah non ?
– Non, là il réalise que cette idée selon laquelle ce qu’il avait sous les yeux depuis le début était ce qu’il voulait vraiment, cette idée n’est qu’une excuse romantique pour ne pas voir qu’il s’est résigné à vivre une vie médiocre.
Son front se plisse. C’est l’affaire d’une toute petite ride presque invisible sous le fond de teint.
– Et qu’est-ce qu’il fait après ?
– Rien. Il s’est résigné. Maintenant il vit avec la conscience de sa lâcheté.
– Mais c’est horrible.
– C’est la vie de la plupart des gens.
– Je croyais que les écrivains étaient là pour nous rappeler ce dont nous étions capables.
Une autre certitude que j’ai dû asséner un jour de faiblesse (quatre-vingt dix-huit pour cent de mes jours sont des jours de faiblesse)
– La littérature est aussi là pour nous servir de miroir. Si on n’aime pas ce qu’elle nous renvoie, libre à nous de le changer.
Je mens comme je respire. La vérité c’est que je suis amer et que le cynisme s’est emparé de moi comme une ultime stratégie de mon inconscient pour me secouer. »
Extrait de La Révolution des Zèbres, v1.
-

La nécessité de la solitude pour l’artiste
Pendant l’été de 2001 je me suis (volontairement) enfermé dans une chambrette, dans la maison du curé d’un couvent où ma grand-mère avait une amie. Je n’avais rien avec moi qu’un cahier, des stylos, quelques livres et un projet de roman. J’étais là pour trois semaines. Je mangeais avec les retraitants, je marchais dans le petit jardin, je discutais avec sœur Laurent, je me promenais dans les couloirs silencieux du couvent et de temps en temps je passais un coup de téléphone à la famille avec ma carte prépayée depuis la cabine téléphonique accrochée sur l’enceinte du bâtiment principal.
Ce n’est pas une expérience transformationnelle, je n’ai pas eu d’illumination. J’étais juste là pour faire mon boulot, le seul qui me semblait important. J’avais 19 ans et une idée plutôt vague de ce que ma vie allait être mais je sentais qu’il fallait que je sois là et pas en stage linguistique en Chine – ce qui avait été mon plan initial pour cet été-là.
Depuis, j’ai souvent fantasmé de recommencer. De partir en retraite pour écrire, pour finir des projets. Entre temps, ma vie a pris de ces détours qui font la singularité d’un parcours et j’ai commencé à travailler pour la télévision, je me suis marié, je n’ai pas retrouvé cette option. Ma version d’une retraite professionnelle était de partir une semaine au festival d’Annecy pour renforcer mon réseau professionnel et essayer de décrocher des contrats – parce que c’est ce que fait un scénariste: il entretient son réseau avec ses producteurs afin d’obtenir plus de commandes.
J’aimais ça. J’aime l’énergie des festivals, l’hyperactivité, l’aperçu des projets en cours de développement (dont beaucoup ne verront jamais le jour), les rencontres enthousiastes (enthousiasme qui retombe en général assez vite une fois le festival terminé), les nuits blanches, l’endormissement dans les salles de projection, la collocation, le sentiment de faire partie d’une grande famille professionnelle.
Puis ma vie a pris d’autres détours. J’ai arrêté les travaux de commande pour me concentrer sur mes projets, j’ai divorcé et j’ai accepté que j’avais besoin de vivre seul si je voulais préserver mon équilibre émotionnel et psychique. Et depuis trois ans, tous les mois d’août se transforment en retraites. Bordeaux se vide de mes amis, je me déconnecte du monde, je ferme mon école et je m’attèle à mes projets d’écriture personnels.

Un chemin solitaire Un été je travaille sur un roman, un autre sur des appels à textes, tout dépend de ce dont j’ai besoin à ce moment pour avancer mon projet de vie professionnelle. Je n’avance pas toujours bien, je n’avance pas toujours de manière visible, mais je suis pleinement authentique, c’est-à-dire que pendant trois semaines, je vis à mon rythme (écrire le matin et le soir et la nuit) et j’écris. Je suis en train de mettre des mots sur la page pour raconter des histoires. C’est souvent raté, comme c’est en général la règle en matière de créativité, et c’est ainsi que j’avance.
J’aime cette solitude. J’en ai besoin. J’ai besoin de m’isoler et de sentir que je respecte ma vocation et que j’avance vers le destin que je me suis choisi.
J’ai parfois du mal à me dire que j’ai 36 ans et que j’en suis encore là, encore en train de chercher cet équilibre ou – plutôt qu’un équilibre – les modalités d’existence qui me permettraient de me sentir en pleine authenticité la grande majorité du temps et pas seulement trois semaines en été et peut-être deux semaines en hiver.
Le reste du temps, c’est compromis et négociations entre les exigences de l’existence et les exigences de l’art. Entre la vie de père et la vie d’auteur. Entre le boulot que j’adore mais qui n’est pas assez « pur » et le boulot qui est dur mais qui est ma raison d’être.
Je me sens toujours un peu capricieux quand je cultive ces idées, parce que j’ai créé un métier de passion et que j’ai dégagé du temps pour mon écriture (je ne parle pas de passion quand je parle d’écriture parce que c’est un aspect trop prégnant de mon identité pour être résumé comme ça). Pourtant ça ne me suffit pas. Je cherche encore à décoder la manière d’être au plus proche d’un 100% de respect de mon identité d’auteur.
Ce n’est pas une question triviale parce que la dissonance que je ressens à ne pas faire qu’écrire des livres, à ne pas dériver 100% de mes revenus de mon écriture, à ne pas être – à mes propres yeux – un « vrai » auteur, cette dissonance est source d’une souffrance psychique bien réelle qui nourrit une honte profonde de ne pas être assez honnête avec moi-même, de me trahir et de ne pas être à la hauteur de mon existence.
Le problème c’est que ma représentation d’un « vrai » auteur est ancrée dans le fantasme d’un Idéal presque platonicien de l’auteur comme cet individu uniquement créatif, nourri d’encre, relié à l’inspiration comme sous intubation. Cette représentation ne partage rien avec la réalité des vrais auteurs (sans guillemets cette fois) qui vivent dans des situations souvent précaires, se battent pour dégager du temps et de l’énergie afin de réussir à écrire, consacrent – s’ils veulent avoir la moindre chance de réussir – au moins autant de temps à leur promotion active qu’à leur écriture et accumulent petit résultat après petit résultat pour finalement rassembler un semblant de notoriété et un semblant de revenu tout juste suffisants pour survivre.
Peut-être que je ne peux pas me résoudre à ne faire que survivre. Et que je ne peux pas non plus me résoudre à ne pas faire qu’écrire, publier, et vendre mes livres. La réalité paradoxale (une partie de ce paradoxe étant que la réalité de la majorité des artistes, c’est la survie) de ce double refus du principe de réalité est excellente, même si elle est douloureuse. Douloureuse parce que tout état de tension l’est. Excellente parce que la tension est une porte ouverte à la découverte d’une solution créative.

En quête de mon regard Sans frustration ni situation tendue, la créativité n’a pas de socle sur lequel s’appuyer, pas d’objectif, pas de troisième option à imaginer et inventer.
Je ne suis pas en train de dire que je veux rester à l’intérieur de cette tension mais que le fait de la maintenir est le meilleur moyen de la résoudre. En étant conscient des termes de ma frustration, j’offre à ma pensée créative le cadre à l’intérieur duquel elle peut le mieux s’exercer et celui qui me permettra le mieux de m’affranchir de mon paradoxe… en attendant le suivant.
Une vie créative est faite d’une succession de tensions en attente de résolution. Je vise le moment où les seules tensions que j’aurai à résoudre seront celles que mes histoires me présenteront, mais j’ai le sentiment (basé sur plusieurs années de recherche et de documentation sur la condition de l’artiste) que ce moment n’arrive jamais. Ou, s’il arrive, qu’il marque la fin de la carrière de l’artiste.
Que cela ne vous fasse pas conclure que l’artiste est un individu torturé, je n’adhère pas à cette vision née d’une représentation normative du monde, mais un individu qui cherche à voir au-delà du simple contentement, qui vise une amélioration constante de la condition humaine. Il le fait de l’intérieur, pas en ajoutant de nouveaux outils ou de nouveaux jouets dans le monde, mais en travaillant avec la matière psychique, en œuvrant vers une meilleure reconnaissance des singularités, la sienne d’abord, puis celle de son univers et de son public (sa tribu).
L’artiste réunit. Il rend visible l’invisible, offre un point d’accroche et de reconnaissance à d’autres qui n’ont pas (encore) la clairvoyance, le courage ou la possibilité de se lever et de dire leur unicité. L’artiste offre un refuge, un point de rencontre et de reconnaissance, un espace où l’identité n’est pas un fardeau mais un cadeau.
Et pour ces raisons il est indispensable que je continue à m’isoler le plus souvent possible, que je poursuive ma quête (peut-être impossible, qui sait ?) d’authenticité, et que je déploie et investisse le maximum de ressources possibles pour son accomplissement. Difficile ou non, laborieuse ou pas, douloureuse ou caressante, cette recherche d’idéal n’est pas un caprice mais une responsabilité.