Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • Libre

    Libre

    Libre veut dire responsable

    Libre veut dire choisir sa vie plutôt que d’attendre passivement qu’elle nous tombe dessus.

    Libre veut dire suer et souffler sous le poids des efforts nécessaires pour créer le monde à l’intérieur duquel l’on désire vivre. C’est ne pas fuir la souffrance ou la peur. C’est accueillir l’ensemble des émotions, des déséquilibres, le chaos, et surfer sur l’imprévu avec autant de grâce que possible. C’est accepter de se rétamer et se relever, épousseter son costume et se remettre en selle sans attendre. Être libre, c’est avoir l’audace de dire: voilà la vie que je veux et la poursuivre avec intransigeance parce qu’à quoi bon vivre si c’est pour flotter dans le monde en suspension, sans prendre le risque d’aimer à la folie autant que possible, aussi souvent que possible, la même personne et des personnes différentes, juste aimer, aimer, aimer.

    Aimer c’est être libre. Ou est-ce qu’être libre, c’est être libre d’aimer ?

    C’est un sacré défi de vie. Mais à quoi bon vivre si ce n’est pour relever des défis im|possibles ?

    Être libre, c’est prendre la barre dans la tempête

    La tempête attend l’humain libre. C’est impossible autrement. Être libre c’est aller à l’encontre du monde, c’est refuser de se contorsionner pour entrer dans les cases trop étroites que d’autres ont établies et cherchent à nous imposer.

    Être libre ce n’est pas s’affranchir des contraintes ou de la lutte, c’est diriger son navire droit dans les murs d’eau soulevés par la mer déchaînée. C’est affronter les brisants en riant comme un damné, parce que l’excitation de l’intensité – la vraie intensité, j’y reviens – est le plus puissant indicateur que la vie est là, pleine, entière, riante elle aussi.

    La tempête effraie la plupart des gens. Elle les attire mais le risque est trop grand. Aller dans la tempête c’est pouvoir perdre son navire, sa cargaison, son équipage, ne jamais rentrer chez soi.

    La tempête, c’est la vie. Dans ma relecture de l’Odyssée, je comprends le récit initiatique avec un regard différent. Ulysse, c’est le Soi en train de se former. Poséidon, c’est la force vitale du monde. Les épreuves d’Ulysse sont autant de tests de sa volonté d’être, de sa pulsion de vie.

    La tempête c’est la vie pleinement vécue. Celui qui ne prend pas le risque de s’y perdre ne prend pas le risque de se trouver.

    De la vraie et de la fausse intensités

    Renard me souffle: « les gens rêvent d’une intensité qu’ils seraient incapables de soutenir s’ils la rencontraient ». J’ai une amie qui s’offre de gentils frissons en retrouvant les amours frustrés de son adolescence. Elle frissonne, frémit, ressent des choses intenses. Elle joue à se faire peur. Elle dit « c’est sans ambiguité » mais il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’elle plonge de l’autre côté de cette expression.

    Quand je lui demande ce qui la retient, elle me répond son mari, ses enfants, et puis ça ne se fait pas, et puis ça n’est pas facile.

    Plonger dans la tempête c’est affronter la souffrance, le doute, la peur, l’arrachement à soi et aux autres… pour un temps… Parce qu’après la tempête, le calme revient, et le soleil perce les nuées et les liens sont toujours là, renforcés même par la tempête, et le rapport à soi est plus solide, plus conscient, plus confiant. Je sais mieux qui je suis, je connais mieux mes valeurs, j’ai survécu et j’ai atteint un nouveau palier de mon épanouissement.

    La vie est un grand terrain d’apprentissage mais pour grandir, il faut subir des épreuves, c’est inévitable. Les épreuves viennent des remises en question, des défis, des habitudes confortables qu’il faut changer parce qu’elles nous empêchent d’atteindre nos objectifs les plus audacieux.

    La véritable intensité c’est celle qui naît d’une vie d’ambition et d’audace vécue sans compromis, dans l’inclusion: « comment puis-je tout avoir ? » – « face à deux options, je prends les deux ».

    Sortir de la culture du manque et de la mélancolie

    Nous vivons dans une culture de l’exclusif, de la rareté. Nous fabriquons du manque là où il y a de l’abondance. L’amour est infini, la créativité est infinie, l’énergie dont je dispose est infinie, ma volonté est infinie, ma capacité d’écoute, de compréhension, d’empathie, sont infinies, mes ressources sont infinies.

    Le discours que nous nous faisons rabâcher toute notre vie est un discours de la limite mais nous sommes illimités.

    Chez ma mère, j’ai trouvé un livre d’Alain de Botton sur l’amour. Je l’ai lu et j’ai pensé: ses démonstrations sont intéressantes mais il se trompe de conclusions. Ce livre défend une esthétique de la frustration et de la mélancolie, pour habituer les gens aux sacrifices de l’amour.

    Ce qu’il sacrifie, c’est la pulsion de vie, la recherche de la beauté, de l’épanouissement individuel et mutuel grâce à l’amour. Il prône un amour résigné.

    Je revendique l’opposé. Un amour exigeant, qui ne tolère aucune résignation ; un amour de l’attention à l’autre, de l’acceptation totale et inconditionnelle de l’autre, de la responsabilité (je suis capable de répondre à mes propres besoins et je traite l’autre comme un adulte apte à répondre à ses propres besoins), de l’écoute, de l’encouragement à l’exploration intime, d’un dépassement constant de soi et de ses limites.

    Illimité

    Se résigner, c’est penser qu’il y a une fin à la croissance, à l’apprentissage, à l’expansion de soi et de ses capacités. C’est dire: je ne peux pas faire mieux. Mais tant que l’on vit, on peut faire mieux.

    Cela ne signifie pas d’être insatisfait, c’est tout l’inverse. C’est parce que je vois où j’ai réussi à me hisser que je peux viser de plus hauts sommets. Sans dénigrer ni rejeter ceux que j’ai déjà atteints, mais parce que tant que j’ai du souffle, je grimpe. Il ne s’agit pas tant de chercher mieux que de s’acharner à s’améliorer, à améliorer le rapport que l’on entretient à ses valeurs, de mieux prendre soi de ses besoins, et d’accepter le changement.

    « Tout ce que nous sommes, c’est du changement », affirme John Overdurf.

    Ulysse aurait pu abandonner cent fois. Mais cent fois il a repris la mer. Il a parfois eu besoin de l’aide d’Athéna – comme nous tous – mais il a repoussé ses limites encore, et encore, et encore.

    Être libre, c’est refuser la résignation parce que se résigner, c’est déjà mourir.

  • Manger le gâteau

    Manger le gâteau

    « Elle aperçut alors une petite boîte en verre qui était sous la table, l’ouvrit et y trouva un tout petit gâteau sur lequel les mots « MANGEZ-MOI » étaient admirablement tracés avec des raisins de Corinthe. « Tiens, je vais le manger, » dit Alice »
    (Alice au Pays des Merveilles, Lewis Caroll)

    La vie nous offre ce genre de gâteau en permanence et avec nos peurs et nos doutes et nos insécurités et nos traumatismes, nous avons peur de ces présents.

    Lorsqu’Alice trouve la boîte, elle ne se questionne pas. Elle mange le gâteau et se laisse porter par les conséquences de ces abandons. On pourrait discuter du fait qu’elle manque de se faire couper la tête en conséquence directe de cette attitude d’accueil mais au final, elle s’en sort bien.

    Ulysse n’a pas le choix, même s’il lutte contre les éléments tout au long de l’Odyssée. Il résiste et Poséidon l’envoie à l’opposé de sa destination. Parce qu’il ne baisse jamais les bras, parce qu’il s’engage dans chacune des rencontres que lui offrent ses naufrages successifs, il finit par rentrer à Ithaque avec plus de maturité et de sagesse qu’il n’en aurait eu sans ces épreuves.

    Notre inconscient est une réserve sans fin d’enseignements

    Platon suggère que nous sommes constitués d’une âme et d’un corps. L’âme vient du monde des Idées et elle oublie tout au moment de s’incarner mais par flashs, il lui arrive de retrouver des fragments de souvenirs, de se rappeler de qui elle est vraiment.

    On retrouve la même idée dans la psychanalyse, même si c’est sous une forme différente. Chez Jung, l’individu possède une essence propre et sa vie a pour seul but de lui révéler cette essence.

    Lorsque nous rencontrons une situation, une personne, un lieu qui nous donne l’impression d’une connexion immédiate, d’une familiarité inexplicable, c’est notre inconscient qui nous parle: il y a, dans cette expérience, des leçons à tirer pour nous amener un peu plus près de notre essence, de notre nature profonde, de ce que la PNL appelle notre excellence.

    Chacun d’entre nous est fait d’un mélange unique d’expériences, de sensibilité et de filtres d’interprétation du monde. Lorsque nous cherchons à vivre selon les filtres des autres (ceux de la société, des médias, de notre famille), nous trahissons ce que nous sommes. Ces expériences nous offrent la possibilité de renouer avec notre singularité.

    Être singulier, c’est honorer la vie

    Entrer dans le moule que le monde cherche à nous imposer, c’est survivre.

    Il faut une certaine force de caractère pour avoir l’audace de briser les modèles extérieurs et de définir sa propre réalité mais n’est-ce pas là le but de la vie ?

    Toutes les grandes révolutions ont été menées par des individus qui ont choisi de bousculer l’ordre établi, de le questionner, et de proposer autre chose pour le remplacer. Chaque changement est l’occasion d’un apprentissage. Certains changements mènent vers du pire, d’autres vers du mieux mais chaque expérience vous permet d’identifier ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas.

    Quoiqu’il arrive, manger le gâteau, c’est grandir.

    Votre résistance

    Parce qu’ils se sont brûlés, la plupart des gens ont peur d’allumer la lanterne qui leur est tendue par la vie. Par peur de la douleur, ils choisissent de vivre dans la pénombre. Ils vivent à tâtons, entourés de silhouettes floues et de grognements sourds dont l’origine reste inconnue. Les peurs se nourrissent de cette pénombre. C’est un cercle vicieux qui s’installe: par peur de la souffrance, l’on se prémunit contre la nouveauté en n’y plongeant pas. Ne pas plonger dedans augmente la peur de ce qu’elle pourrait contenir. S’installe alors l’habitude du connu, qui nourrit à son tour la peur de la perte. Et ainsi de suite, sans fin.

    Les deux seules choses qui sont certaines dans cette vie c’est votre mortalité et l’incertitude. Tout peut changer demain.

    En prenant l’habitude d’accueillir cette nouveauté qui provoque l’agitation de notre inconscient: « hey, y a quelque chose de cool par là », nous rompons le cercle de la résistance. Si à chaque fois que vous tentez quelque chose de neuf vous découvrez qu’il vous arrive quelque chose de bien (ou juste, qu’il ne vous arrive rien de mal), alors il vous sera plus difficile de résister la fois suivante, et la suivante et la suivante, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’expansion de votre zone de familiarité soit devenue votre activité principale.

    Quel gâteau choisir

    Plonger dans l’inconnu ne suffit pas pour provoquer une expansion de vous-même, une explosion de vos limitations et une ouverture à une conscience plus vaste et une maîtrise de vous-même plus grande. Privilégiez les expériences qui parlent à votre essence profonde. Les gâteaux dans votre vie sont les activités, les personnes, les objets, les projets… qui vous attirent et vous donnent envie de plonger.

    alice-in-the-wonderland-eat-me-muffin-jacob-kuchIls portent un gros « MANGEZ-MOI » en guise d’avertissement que oui, sérieusement, ils vous feront du bien si vous avez le courage de les avaler.

    La plupart du temps, nous laissons la pub et les médias, la culture et nos amis nous dicter nos goûts mais en affinant notre attention, nous pouvons commencer à nous écouter, nous, directement. Le gâteau c’est une découverte inattendue, une épreuve, une opportunité à saisir.

    Lorsque vous laissez la paresse dicter vos actions, vous vous empêchez de saisir la perche qui vous est tendue par l’univers de vous rapprocher davantage de vous-même. Vous dites: « j’ai déjà quelque chose de prévu à cette date » ou « je n’ai pas les ressources », et vous utilisez ces excuses pour stagner, pour vous maintenir dans ce que vous connaissez déjà. Vous vous habituez à voir le gâteau et à répondre: « Je peux pas, je suis au régime », mais c’est de la vie que vous êtes au régime lorsque vous faites cela.

    A l’inverse, lâchez prise. Greg m’explique « Lâcher prise ne signifie pas de ne faire aucun effort, c’est abandonner la résistance que l’on peut ressentir à l’idée de fournir ces efforts! »

    Une révolution pour moi qui ai toujours compris le lâcher prise à l’inverse, comme une forme d’arrêt de la volonté, qui se plierait passivement aux éléments. C’est tout l’opposé. La volonté est là pour servir de levier à la vie. Lorsque quelque chose de bon et de transformationnel vous est présenté, exercez votre volonté pour effectuer les ajustements nécessaires dans votre existence.

    Et profitez bien de chaque bouchée!

  • Si la vie est absurde et autres pensées

    Si la vie est absurde et autres pensées

    Si la vie est absurde, c’est à nous d’en choisir le sens. Mais à quelle partie de nous ?

    Certainement pas à notre mental. L’ego est ébloui par les objets brillants et le prestige et les distractions. Il se nourrit de gratification immédiate et termine en se disant: « oups, j’ai laissé passer ma vie et maintenant il n’y a plus rien là où je suis passé ».

    Nos émotions ne sont pas non plus de bonnes indicatrices du sens que nous devons donner à la vie, parce qu’elles sont des réactions, de simples réactions aux situations que nous rencontrons. Elles nous guident vers ce qui est en/pour nous important, et nous aident à décider comment agir.

    C’est dans l’inconscient que se trouve la réponse, et l’on accède à l’inconscient de trois manières: par l’art, par le rêve et par les psychédéliques.

    L’artiste est le guide. Il se connecte à ce qu’il y a de plus vrai en lui et il Recharger_Cover1l’exprime. Nos idées s’articulent dans les langages du corps (danse, écriture, arts visuels, musique, parfums, cuisine). Si le monde ne fonctionne pas, c’est à l’artiste d’en proposer un autre.

    L’artiste, c’est celui qui questionne l’état des choses, qui joue avec les possibles. Quand j’écris Recharger ?, c’est pour dire: Attention! C’est là que nous allons.

    L’artiste, c’est aussi celui qui regarde l’état des choses et qui l’expose dans toute sa nudité et sa fragilité pour rappeler la vanité des hommes et l’impermanence de leurs petits drames personnels.

    Le vrai, le bien, le beau

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    L’artiste est un messager. Il plonge dans l’avenir et il en revient avec des avertissements. Il plonge dans les profondeurs du présent et il en revient avec des avertissements. Il plonge dans les méandres du passé et il en revient avec des avertissements.

    La culture ne l’écoute pas. La culture est dominée par l’ego et la recherche de la gratification immédiate. Elle tord le message et le transforme en spectacle. Le spectacle divertit. Le message passe inaperçu. Mais deux personnes l’ont entendu et deux personnes le communiquent et chacune touche deux personnes, et le message se répand. Et la société change. Il suffit de deux personnes.

    Je ne sais pas si je crois que la société peut changer. Depuis dix mille ans, elle ne l’a pas fait et même si l’on chante l’avènement d’une nouvelle humanité, j’ai l’impression que c’est un rêve un peu flou, un espoir des éveillés qui n’a aucune chance d’advenir.

    L’art est un acte de foi qui consiste à plonger à l’aveugle dans l’impossible, à faire de son mieux pour articuler le message et le diffuser dans le monde.

    Il n’a jamais été plus facile de se faire entendre

    Trouver son public, construire sa cloche de sécurité pour produire son art sans être à la rue, est-ce réellement plus facile aujourd’hui ? Est-ce vrai que les circonstances sont réunies, dans cet espace liminaire que nous traversons, pour bâtir la société d’artistes à laquelle nous aspirons ?

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    Source

    Il semble possible à quiconque de s’abstraire du système hiérarchique des décideurs, des faiseurs de pluie, et d’entrer dans sa propre réalité. L’artiste dit: « j’ai fait ça mais je ne suis plus là, je suis passé à l’oeuvre suivante ».

    Le cercle vertueux de l’art ressemble à ceci: « je me nourris de ton art, je me connecte à toi, à la parcelle de réalité que tu explores, et je l’apporte avec moi dans mes propres explorations. Ton art est comme une lentille colorée qui me dévoile de nouveaux aspects de ma parcelle de réalité. »

    L’artiste isolé, l’artiste qui n’est jamais connecté à l’art des autres (et aux autres eux-mêmes), est un artiste stérile.

    L’humanité comme une équipe d’exploration du réel

    Et si l’humanité se répartissait les tâches dans cette vaste exploration du monde qu’est la vie ?

    Sylvie m’a dit un jour: « nous sommes tous une petite portion d’une vaste âme ».

    De quoi êtes-vous le spécialiste ?

    Quel est votre territoire d’exploration ?

    Chaque artiste, chaque philosophe qui nous précède sur ce territoire, défriché une partie du chemin. Nous reprenons là où il s’est arrêté et nous défrichons la partie suivante. Mon travail sur la relation (à soi et aux autres) ne pourrait pas être ce qu’il est sans mes prédécesseurs. Je lis tout ce que je trouve sur le sujet, de Platon, Aristote et Ovide à Strauss, Melody, Chaumier. J’observe. Je participe, en écoutant et en questionnant mes clients.

    Qui sont vos prédécesseurs ? Qui sont vos contemporains ?

    Qui n’avez-vous pas encore rencontré, lu, entendu ?

  • Ramasser – Offrir – Recevoir – Déposer

    Ramasser – Offrir – Recevoir – Déposer

    Dans cet ordre

    Récolter dans la terre, offrir au ciel, recevoir du ciel, déposer sur la terre. Rien n’est pour nous. Nous ne sommes que l’intermédiaire entre deux dimensions. Lorsque je crée, je reçois les idées qui ont poussé des graines que j’ai semées. J’offre les histoires qu’elles tissent au monde et je reçois en retour gratitude, reconnaissance, leçons, émotions, sérénité, argent.

    Je ne dois m’attacher à aucune de ces choses parce qu’elles ne me sont pas destinées. Je les plante à nouveau dans la terre et un nouveau cycle commence. Je récolte, j’offre, je reçois, je plante.

    Je n’offre pas ce que j’ai cueilli. Avant, je dois trier ce qui est bon à être donné et ce qui ne l’est pas. Je dois filer le coton puis le tisser, transformer la matière brute pour lui donner une forme digne du destinataire de mon offrande. Si nous nous contentions de ramasser et de tendre la matière sans discrimination ni transformation, nous ne tiendrions pas notre rôle.

    Le propre de l’homme c’est de voir le Beau et de pouvoir le produire.

    Existe-t-il un sens esthétique chez les autres animaux ?

    Nous devons honorer cette singularité en exerçant notre art tout au long de notre vie. Toute minute qui n’est pas passée à transformer l’existence et l’expérience, toute minute qui n’est pas consacrée à créer du beau et du bon et du vrai est une minute perdue pour le Sens.

    Ordonner le chaos, tirer une logique de l’absurde, mettre de l’émotion là où il n’y a que des données factuelles, voilà notre vocation.

    Ramasser, donner, recevoir, déposer

    Lorsque nous donnons le fruit de notre travail, nous pratiquons l’humilité: nous ne sommes que des instruments. Tout orgueil est déplacé parce que ce n’est pas moi qui crée, même si j’utilise les outils que j’ai pris le temps d’acquérir et de peaufiner et de maîtriser, je ne crée rien, je ne fais que recevoir et tailler les pierres existentielles qui se révèlent sous mes coups de pioche.

    Recevoir me permet d’assurer ma subsistance pour continuer mon travail d’embellissement du réel. Je ne m’attarde pas sur les honneurs matériels. Je sais q’ils ne sont que distraction. Alors je remercie pour le trophée, je remercie pour le chèque, mais je ne m’attarde pas sur l’objet. L’argent m’achète de la sécurité et quelques luxes pour me récompenser de ma confiance dans ce cercle vertueux de l’art dans la vie.

    Déposer, c’est la conclusion. Ce qui vient de la terre, quoique transformé, revient à la terre pour pousser à nouveau, parce que le cycle est un cycle fécond. Des graines naissent des plantes, des plantes poussent des fleurs. Des fleurs émergent des fruits, et les fruits donnent des graines qui fécondent à leur tour la terre.

    Il en va de même avec les idées, les conversations, les émotions. Les garder jalousement les tue. La fleur se fane, le fruit pourrit, les graines ne germent jamais et la terre devient stérile.

    Si je montre mon travail c’est pour qu’il puisse ensemencer votre esprit, faire éclore votre imaginaire et polliniser votre réalité émotionnelle.

    Chambre 501, par Anaël VerdierDans mon écriture, j’essaye de capter ces moments de bascule de l’existence, de saisir le point liminaire où la réalité se fissure et devient toute autre. La série de nouvelles que je termine cette année est concentrée sur la relation amoureuse. La rencontre, la rupture, les instants charnières où les sentiments naissent et se défont.
    Chambre 501 est la plus récente de ces nouvelles.

  • Art

    Art

    Vaut-il mieux une vie riche qui ne produit aucun art ou une vie misérable qui produit de l’art ?

    L’art est pour moi central.

    La recherche des émotions et du sens, le travail de la forme et du fond.

    L’art se tient à la marge. Il invente de nouvelles formes, de nouvelles dynamiques entre l’émotion et la compréhension, il traduit le monde à travers de nouveaux prismes.

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    Parfois je me demande s’il est possible pour l’artiste de ne pas vivre dans la misère. Son talent, c’est de douter, d’être animé par une insatiable curiosité qui, même si ses circonstances sont parfaites, le maintiennent dans un état de constante insatisfaction.

    Parfois je me demande s’il est possible pour l’artiste de ne pas vivre dans la richesse. Lorsqu’il est connecté à lui-même, lorsqu’il s’abandonne à la source de son art, l’artiste trouve un public, son public. Et l’amour coule vers lui.

    Où est l’art ?

    L’art est dans celui qui le produit. Dans sa recherche constante de dépassement. La démarche artistique elle-même est artistique. La réinvention de sa propre vie, l’expérimentation du regard (comment voir mieux le monde ? Comment mieux le traduire ?), le questionnement incessant et la redéfinition de son propre travail, de sa méthode. Il y a, chez l’artiste, un besoin de nouveauté. Explorer de nouvelles formes plutôt que de se répéter. Jouer avec le monde, avec la matière, avec ses outils.

    L’art est dans celui qui le reçoit. C’est lui qui est touché par l’oeuvre. Sans spectateur, qu’est-ce que l’art sinon une bouteille lancée à la mer avalée par une baleine ?

    L’art est-il dans sa création ou dans son effet ?

    Recherche

    Je ne définis pas l’art comme une recherche esthétique. Je crois que le beau n’est qu’un effet secondaire de l’art. Il n’a pas besoin d’être là.

    L’art existe lorsque la forme déroute le mental, lorsqu’elle l’accapare pour que l’œuvre puisse frapper en plein dans le noyau des émotions.

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    Lorsque la forme est parfaite, lorsqu’elle captive l’esprit analytique et que le noyau émotionnel est pur, agité, chaotique, vivant, vibrant, y a-t-il art ou seulement excellence artisanale ?

    Ces catégories n’ont pas d’importance. L’art est une recherche. Il cherche à se définir en se faisant. Ces questions font partie du processus mais elles ne le limitent pas.

    Nécessités

    Il faut manger, maintenir un toit au-dessus de sa tête et la tête sur les épaules surtout lorsque l’on a charge d’enfants. L’artiste a ses moments de disparition. Le monde s’éloigne de lui. Lui-même s’absorbe dans son monde intérieur, oublieux de tout sauf de l’oeuvre.

    Trouver une solution.

    Il faut de l’argent. Pour vivre les expériences les plus variées possibles. Pour aller à la rencontre du monde.

    Pour cela, l’artiste est aussi technicien. Il sacrifie parfois à l’artisanat. Il abandonne ses recherches formelles et revient au classicisme. Parce qu’il est un excellent technicien, il crée des œuvres qui le nourrissent.

    Sans frustration, peut-il y avoir de l’art ?

    La frustration crée de la tension. La frustration pose un problème. L’art trouve une solution.
    Une vie sans frustration offre-t-elle un élan suffisant à l’urgence artistique ?

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    L’urgence artistique vient de ce que le monde déroute l’artiste. Il est en manque de sens alors il le crée. Si tout est en place, s’il y a du sens, comment (et pourquoi) continuer à faire de l’art ?

    Un artiste qui ne se réinvente pas dans chaque oeuvre est comme une langue qu’on ne parle plus, un artiste mort. Pour se réinventer, il faut qu’il soit frustré par ce qu’il a produit. Il faut que l’œuvre soit éloignée de l’intention de l’artiste. Ou qu’il ait un autre champ de curiosité à explorer.

    Ou que le champ qu’il est en train d’explorer le lasse. Quand cette lassitude devient frustration, alors sa recherche s’oriente vers de nouvelles questions. Maintenant que j’ai épuisé ce que j’avais à dire sur l’amour, de quoi puis-je parler ? Quelle autre zone d’incompréhension perturbe mon sommeil ?

    Il y a toujours de quoi être dérouté. Le monde est une manne pour l’artiste.

  • reliance

    « T’es cool, on devrait se revoir! »

    Quand ai-je oublié d’être aussi simple ?

    Il y a quelque chose qui m’attire chez les gens. Une envie de les connaître (en tous cas, certains), un désir d’accéder à quelque chose de profond en eux, leur réalité la plus vraie, leurs vulnérabilités, mais surtout la connexion. J’aime le lien qui, lorsqu’il se crée, unit deux êtres humains.

    Il est rare, ce lien, et précieux. Alors lorsque l’opportunité se présente, je veux être capable de la saisir, au risque de me tromper, d’être déçu.