Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • Bienvenue à Om

    Bienvenue à Om

    Arrivé à destination, il se laisse tomber sur le lit de la chambre qu’il a louée dans une chambre d’hôtes perdue dans la forêt. Le plafond tourne au-dessus de lui. Une odeur d’humidité et de pin flotte dans la pièce. Ses paupières vacillent. Son corps n’obéit plus. Tout ce chemin pour dormir, vraiment ?

    Il rêve d’une douche mais ses rêves l’emportent vers la ville qu’il a quittée sans un regard en arrière. Dix-huit ans de périple pour arriver à destination. Il est venu pour quelque chose, il avait une raison profonde de suivre cette route. S’il pouvait s’en souvenir il saurait quoi faire. Au lieu de cela, il se perd dans les rues de cette ville nouvelle, celle qui commence là où termine la forêt.

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    “C’est étrange, se dit-il, assis sur un banc, de ne plus être en mouvement”

    Respire. Soupire. L’air ici est différent. Plus… aérien

    Écarte les paupières, fait vibrer tes pupilles. Les images ici ont de la profondeur. Elles sont denses, comme si tu regardais le monde véritable plutôt que son reflet holographique.

    Dresse les oreilles et écoute. Le vent chante dans les feuilles, les rires cascadent dans les rues.

    Importe-t-il tant de savoir ce qui t’a amené ici ? N’est-il pas suffisant d’y être arrivé, d’explorer, d’observer, de ressentir cet endroit ?

    « Ceux que j’ai laissés derrière, attendent mon retour. Ils attendent que je rapporte ce que je suis venu chercher. Je vais les décevoir. »

    Ils t’ont oublié.

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    Rendu hagard par la fatigue et l’oubli, il marche lentement dans les ruelles d’un village de montagne. Il se laisse tomber sur un banc ou sur la margelle d’un puits. Il sort du village et s’aventure sur les pentes fleuries où paissent les vaches qui le regardent sans curiosité ni intérêt.

    Qu’est-il à leurs yeux ? Un élément mouvant du décor ? Il a moins d’importance que les mouches qu’elles chassent en fouettant l’air.

    Du sommet d’une butte, il contemple la vallée en mangeant les étamines d’une fleur de trèfle. Il se souvient de son enfance, des sauterelles qu’il capturait dans des pots de confiture, des rochers qu’il escaladait autour des pique-nique familiaux, quand tout le monde était encore là et que la vie était simple. Reste-t-il des myrtilles dans la montagne ?

    Cet hiver, il n’y aura pas de neige. Les remontées mécaniques rouillent au-dessus des sentiers. Personne n’a pris la peine de les démonter. L’espoir naïf que le froid reviendrait a vidé les caisses. Lorsque la station a fermé, il n’y avait plus ni personnel ni financement.

    Il s’invite dans des chalets abandonnés, s’allonge sur le parquet couvert de mousse. S’il ferme les yeux, il entend l’écho de conversations triviales, quotidiennes. Des rires. Des disputes. Surtout des informations factuelles partagées avec neutralité.

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    De retour à Om, il défait son sac, dans la chambre de la chambre d’hôtes. Il n’a plus beaucoup d’affaires. La plupart de ses choses, il les a abandonnées, offertes ou perdues.

    Il lui reste:

    • Un livre aux pages cornées, rempli d’annotations si bien que l’on ne sait plus si c’est le texte imprimé qu’il importe de lire ou l’écriture manuscrite qui a recouvert jusqu’au dernier millimètre de page blanche.
    • Un paquet de vieilles lettres froissées. Il n’a plus besoin de les lire tant il les a parcourues.
    • Une gourde remplie d’eau pure.
    • Une boîte fermée à clef, qui contient une clef, pour ouvrir la boîte.
    • Un bocal rempli de rires. Lorsqu’il le secoue, les rires rebondissent en étincelles contre les parois de verre. « Ces rires sont fatigués, pense-t-il en posant le bocal sur sa table de chevet, j’irai en récolter d’autres »
    • Un tricot de larmes, pour lui tenir chaud les soirs de cafard.

    A suivre

  • Une heure du matin

    La journée m’a échappé, la pluie l’emporte.

    Colère de ces heures gâchées d’absence à ma vie.

  • L’éclatement de soi

    L’éclatement de soi

    Je lis autant Lipovetski que j’écoute Nicki Minaj.

    Mon rêve du moment ? Voir Minaj twerker en débitant des paroles de Nietzsche.

    Je suis français de naissance, montréalais de cœur, anglophone, francophone, nourri à la culture anglo-saxonne autant qu’à celle de l’hexagone. Les mots se mélangent dans ma tête et dans mon cœur. Je cherche, au milieu de cette multiplicité, mon identité.

    J’aime cette vie et cette quête. Certains soirs je me couche avec désespoir: il reste tant de jours à ma vie, comment aurai-je la force de les vaincre tous ?

    Quand je dis « vaincre », c’est belliqueux mais c’est la réalité. Chaque jour est une lutte contre mes excuses, contre ma fatigue, contre les distractions.

    « Je pourrais sortir, errer dans un parc, trouver quelqu’un à qui parler, me faire un nouvel ami aujourd’hui » mais ce serait fuir la page. Peut-être que l’errance porte la clef du projet mais je sais que rien ne remplace le travail.

    Assis sur ma terrasse envahie par les fleurs de la passion, je tape furieusement sur mon clavier. Trois jours. Dix huit pages. Les mots les plus pertinents possibles. Les plus sexy, les plus convaincants. « Donnez envie ».

    Il y a si longtemps que je n’ai pas joué à ce jeu que j’en ai oublié les règles. C’est peut-être pour le mieux. Peut-être est-ce au moment où l’on oublie les règles que l’on joue la meilleure partie.

    J’écris sur ce que j’aime, ce qui m’accapare. Combien de temps écrirai-je sur la marge, sur la liberté, sur l’autonomie ? Je retrouve parfois des textes que j’ai écrits il y a quinze, vingt ans. Déjà ils contiennent ces thèmes. Quand j’étais pigiste, je me suis spécialisé dans les niches. Quand d’autres ne juraient que par les blockbusters, je cherchais le petit éditeur, le petit créateur indépendant qui proposait quelque chose de différent, d’authentique, de surprenant.

    Avec Wrong Number ce dilemme s’est posé : en faire un livre commercial ou le laisser être cet objet abrupt mais puissant ?

    Deux piles : les blockbusters et les histoires indépendantes.

    « Il y en a une troisième, » suggère Marie sans me dire ce qu’elle contient.

    Et s’il y avait d’un côté la pile des projets narcissiques, de l’autre la pile des projets de commande et au centre les bons projets, ceux qui sont à la fois authentiques et tournés vers le public ?

    Wrong Number est narcissique comme peuvent l’être les journaux d’Anaïs Nin. J’aime lire ce genre de livres autant que Phil Dick, William Gibson, Fitzgerald,  Nick Hornby, Barjavel, Dumas ou Doug Coupland.

    Cette multitude d’envies et d’influences fait ma richesse. Combien de temps passons-nous à lisser qui nous sommes, à tenter d’entrer dans le moule que les autres projettent sur nous ?

    Si nous passions ce temps à affirmer avec le sourire qui nous sommes sans être sur la défensive, sans croire que nous devons quoi que ce soit à qui que ce soit, sans craindre qu’on nous rejette pour ce que nous aimons, ce que nous faisons, ce en quoi nous croyons, nous arriverions plus vite à des discussions profondes.

    En feuilletant les images que j’ai sauvegardées au fil du temps, je suis retombé sur cette citation d’Anaïs Nin: « Notre culture a rendu vertueuse la vie extravertie. Nous avons découragé le voyage intérieur, la quête pour un centre. Alors nous avons perdu notre centre et devons le retrouver ».

    Je lis cela et je pense : « il y a quelque part dans mon être un noyau simple qui est moi. Si je le trouve je pourrai agir et être en accord avec lui ».

    Alors nous cherchons et nous ne trouvons pas, parce que nous sommes éclatés, fragmentés, « obéissant à des logiques multiples à l’instar des juxtapositions compartimentées des artistes pop » (Lipovetsky, 1983, p. 160).

    Le centre est une combinaison complexe d’atomes de forme, de vibration, de volume différents. Nous cherchons le fil qui nous unit, le mot qui nous définit mais il n’existe pas. Nous ne sommes pas une constellation mais une galaxie.

    A trop chercher l’étiquette qui nous rangera dans le bon tiroir nous en oublions qu’aucun meuble n’est assez grand pour nous contenir, aucun mot ne peut nous résumer.

  • « Et alors ? »

    « Et alors ? »

    Dans Le Géant de Fer, il y a pas mal de pépites.

    Il y a cette phrase qui énonce la thématique du film: « tu peux être ce que tu choisis de devenir » mais il y a surtout, juste après que Dean a été projeté au milieu de la route par une vague gigantesque, son « Et alors ? » (en VF)(Yeaaah ? dans l’extrait ci-dessous) qui est un symbole de l’acceptation de soi radicale.

    La principale difficulté du coaching, c’est d’arriver à pousser le client (ou se faire pousser soi-même) au-delà des limites qu’il s’impose pour lui permettre de réaliser davantage que ce qu’il se croit capable d’accomplir, et de le faire dans le respect de sa nature propre.

    Beaucoup de coach oublient cette dernière partie. Parfois, quand quelqu’un vous parle de ses modes de fonctionnement, il suffit de hausser les épaules et de dire « Et alors ? »

    Sofia et Marie sont championnes à ce jeu-là. Je viens, je me plains de ne pas aller assez vite, de ne pas faire assez bien, de passer par mes phases de haut et de bas, elles me disent : « c’est ce que vous êtes ».

    Tout le monde a des peurs et des limitations. Tout le monde a des programmes inconscients qui freinent. C’est la nature humaine que de vouloir dépasser les obstacles et réaliser l’impossible. Sans ces freins, il n’y aurait pas de créativité.

    Comment être nous-mêmes sans demander pardon pour ce que nous sommes, ce que nous faisons (ou ne faisons pas), sans honte ni culpabilité, mais aussi avec ambition et dans le respect de notre potentiel (qui est bien plus élevé que nous le pensons) ?

    Simplement en disant « Et alors ? »

    Nous avons tendance à chercher à être validés par l’extérieur (les lecteurs, les éditeurs, les femmes, les hommes, nos parents, nos pairs…) alors que personne n’est là pour nous valider.

    La validation doit venir de l’intérieur

    Ceci n’est pas une excuse pour bâcler votre vie ou votre travail, vous frotter les mains en disant: « ouais, c’est bon ». On ne se ment pas facilement à soi-même.

    C’est au contraire un encouragement à toucher au plus proche de votre essence dans tout ce que vous faites. Lorsque vous sortez de mon atelier les cheveux en bataille, le regard perdu, couvert de tâches d’encre et de mots griffonnés sur vos avant-bras.

    Lorsque vos prunelles pétillent parce que vous êtes là, avec moi, présent/e sans penser à vos préoccupations, sans regarder l’écran de votre portable, sans réfléchir à tout ce qu’il vous reste à faire aujourd’hui.

    Lorsque vous me dites: « je préfère ne pas te voir, je ne serais pas disponible pour toi si je venais aujourd’hui ».

    C’est là que vous êtes le plus beau/la plus belle.

    Parce que votre authenticité étincelle de mille feux.

    N’attendez pas l’autorisation de vous écouter, de faire ce que vous voulez faire, d’être qui vous êtes. Et à ceux qui vous font des remarques, demandez « Et alors ? »

  • A very strange time of my life

    A very strange time of my life

    Depuis quatre ans, ma vie est une grande étrangeté.

    J’apprends à lâcher prise, à être vulnérable, à ne pas lutter contre les hauts et les bas de mes émotions (ils sont non seulement naturels, ils me sont nécessaires pour créer). J’apprends le respect de soi, le respect de l’autre. J’apprends à me traiter comme un adulte et à traiter les autres comme des adultes (ne pas protéger les autres contre leurs émotions)(ne pas me protéger contre mes émotions).

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    Depuis quatre ans, je plonge dans entreprise impossible après entreprise impossible et je m’en sors en ayant réalisé ce dont je me sentais pourtant incapable quelques années, quelques mois, quelques semaines avant.

    C’est vertigineux mais je ne voudrais pas vivre ma vie autrement

    Certains matins sont insupportables, quand mes nerfs craquent d’avoir trop donné ou trop reçu, quand mon corps et mon esprit s’entendent pour se mettre en grève sans préavis, à faire front commun contre ma soif infinie d’exploration, de confrontation au monde, de découverte. Ensemble, ils disent: « wow, stop, pas aujourd’hui! »

    Alors je me change en zombie dépressif.

    Au lieu d’écrire, de travailler ou de lire, je passe d’un projet à l’autre, ajoute une ligne ici, une ligne là. J’essaie comme je peux de créer quelque chose mais c’est peine perdue. Je suis en grève et ça m’agace. Les négociations sont sans concession. « On veut se reposer! » – « Non, vous allez bosser! »

    Je marche à deux à l’heure dans la rue (peut-être parce que j’oublie de me nourrir!), mes neurones peinent à se connecter (peut-être parce que j’oublie de dormir!).

    Ces jours-là, tout ce que je peux faire, c’est ça…

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    Et écouter fort de la musique déprimante ou rageuse sans réussir à sortir de mon état. Je pense immanquablement à High Fidelity: « qu’est-ce qui est venu en premier ? La déprime ou les chansons déprimantes ? »

    Aucun discours de motivation, aucune des techniques de productivité ne fonctionne. Je mets le feu à tout parce que de toute façon, rien n’a de sens.

    J’aime ces journées

    Elles me ramènent à ma condition humaine, me refont descendre du rush de puissance que m’apporte le reste de ma vie, quand je suis fort et que j’opère depuis mes zones d’excellence.

    Ces journées me rappellent que le travail doit être fait et de garder l’humilité de l’artisan, de me remettre chaque jour à fabriquer la petite brique qui servira, plus tard, un jour, dans l’avenir, à construire la maison de mon existence.

    Le temps que je me retrouve forcé de prendre pour moi, pour laisser décanter les expériences vécues, est un temps de construction et de maturation indispensable.

    Il faut inspirer pour expirer, sous peine de perdre la tête.

    Quand je me sens faible d’être vulnérable, quand je me sens fragile, je suis plus ouvert à l’art qui m’entoure et cela renforce mon envie de créer.

    La vie créative amplifie les mouvements de la vie tout court

    Ces mouvements, entre production et inspiration, entre extase et détresse existentielles, tout le monde les vit.

    Parce que j’ai le temps et le loisir de m’y abandonner, je les ressens peut-être davantage que vous. Ma lutte est peut-être plus intense que la vôtre.

    Nous apprenons à lisser nos existences, à chercher une sorte de zone d’immobilité que nous appelons bonheur (quand toutes nos émotions sont positives), ou confort (quand nous ne sommes jamais bousculés). On n’apprend rien dans le confort, et le bonheur n’est-ce pas accueillir le monde tel qu’il s’offre à nous et nous offrir au monde tel que nous sommes ?

    Ce blog est un exercice de vulnérabilité dont je me tire très mal. Je ne livre rien. Je reste à distance et en surface. Si je m’autorisais la vulnérabilité, je parlerais de mes angoisses et de mes espoirs. Je parlerais de la terreur qui m’empêche de me coucher certaines nuits et de l’excitation qui me réveille certains matins.

    J’essaie.

    Gueule de bois émotionnelle

    « Si vous ne vous demandez pas: ‘pourquoi j’ai partagé ça ?’ c’est que vous n’avez pas été assez vulnérable »

    Brenée Brown est l’actuelle Reine de la Vulnérabilité. Elle en a fait son sujet d’étude principal, elle a écrit des livres et donné des conférences sur la vulnérabilité.

    Amanda Palmer est l’un des avatars actuel de la vulnérabilité.

    Quand je publie ici, je cherche à ressentir une gueule de bois émotionnelle. Si je n’hésite pas à cliquer sur « Publier », si je ne regrette pas mon geste tout de suite après l’avoir fait, je sais que je n’ai pas été assez loin.

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    « La prochaine fois »

    Chaque fois que je me dis « je serai plus vulnérable dans mon prochain billet », je sais que j’ai échoué à partager quelque chose de vraiment important.

    Aujourd’hui, j’écris cet article au lieu d’avancer sur mon roman, parce que mon roman est difficile à écrire, parce que je suis paresseux, parce que j’ai peur que mon roman ne plaise pas, parce que j’ai peur que le temps que je lui consacre soit du temps perdu.

    La prochaine fois, la prochaine fois j’écrirai sur mon roman plutôt que sur mon blog, mais aujourd’hui, c’est trop tard. J’ai un rendez-vous dans vingt minutes. Je n’ai plus le temps.

    Tant pis…

  • Chute libre

    Chute libre

    Pour certains d’entre nous, la vie est une chute libre. Pas de filet à l’arrivée. Juste la vitesse, les roulés-boulés, l’absence totale (et choisie!) de parachute.

    Courir, sauter, tomber – Impression de voler – Atterrir, rebondir, sauter à nouveau. La vie comme un jeu de plateformes, sur le fil, vertigineuse. À peine posé, il faut bondir à nouveau sous peine de chuter dans le vide, ou sur une dalle de lave ou de se faire dézinguer par un poulpe à bazooka.

    Chute libre: oser franchir le pas quand, dans le coucou qui vibre, la peur nous fait checker trois fois les sangles du parachute et hurle dans notre tête: « Tu vas mourir! » à grand renfort d’images bien détaillées, bien gores.

    « Ah! »

    Je saute.

    L’air autour de moi, c’est bon. Mon corps qui pivote dans le vide, qu’est-ce que c’est bon! L’adrénaline, la sensation d’aller à mille à l’heure, QU’EST-CE QUE C’EST BON !

    Au sol, ils ne comprennent pas.

    Ils étiquettent, rangent dans des cases étroites, catégorisent.

    Ils mènent leur vie dans la quête du confort et de la sécurité. Nous menons la nôtre dans la recherche de l’inconfort, parce que c’est là, dans le vertige d’être sur le fil, que nous vivons.

    « Si vous essayez de vous mettre dans un cadre normatif, vous l’éclaterez », m’a dit Pascale, me libérant de la tentation de l’équilibre.

    « Ecrire, c’est un truc totalement déséquilibré, quand tu rentres dedans, tu ne penses qu’à ça, tu n’es plus « là », tu vois ?
    – On dirait que tu parles de toi », ironise Rox quand j’essaie de me convaincre de ne pas replonger.

    Je suis brouillé avec ma muse depuis deux mois, depuis qu’elle m’a lâché en plein milieu d’une nouvelle que je n’arrive pas à finir. Je la sens qui cherche à me ramener à elle, avec son chant de sirène. Elle a d’autres choses sur lesquelles elle veut que je travaille, d’autres histoires en réserve pour moi.

    Je lui dis: « Je veux faire un truc pour déconner, juste une bêtise »

    Elle n’est pas d’accord, je crois.

    Je ne suis pas sûr d’avoir le choix.

    Écrire, c’est parler à l’invisible dont les mains nous saisissent et nous façonnent dans les nuages que l’on traverse à mille à l’heure, sans parachute ni filet.

    En chute libre.