Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • De meilleurs problèmes

    De meilleurs problèmes

    Tony Robbins, je crois que c’est dans Pouvoir Illimité, dit que le but de la vie n’est pas de cesser d’avoir des problèmes mais d’avoir de meilleurs problèmes.

    Je suis content d’avoir les problèmes que j’ai et content qu’ils ouvrent le chemin vers d’encore meilleurs problèmes.

    C’est un bon paradigme à adopter, qui oriente vers une pensée active et qui focalise sur le positif et la gratitude, libérant le système nerveux de ses tensions pour mieux activer les états de ressources dont nous sommes capables.

    Eric avait du mal à écrire un livre. Maintenant il ne sait pas comment réagir à sa sélection au concours du pitch d’Amazon au Salon du Livre. Meilleur problème.

    Voir le problème comme une bonne chose, comme une tension qui sollicite notre créativité et notre inventivité pour être dépassée, c’est ouvrir la voie à notre propre croissance.

    Avoir de meilleurs problèmes, cela présuppose que nous oeuvrions à la résolution de nos problèmes actuels pour ouvrir le champ aux suivants, ceux qui porteront de nouvelles tensions, des tensions qui nous permettront d’aller plus loin dans la découverte de notre potentiel.

    De quoi nous sommes vraiment capables nous l’ignorons tant que nous ne nous sommes pas frottés à la réalité. Le problème c’est que notre culture nous enseigne à fuir la difficultés, à voir le problème comme un gros nuage noir qui nous distrait de cet équilibre que nous passons notre temps à tenter de maintenir.

    Je dis « tenter » parce que c’est tout ce que nous pouvons faire, jusqu’au moment où nous intégrons que tout ce que nous sommes est changeant et que l’équilibre se trouve – paradoxalement – dans le déséquilibre.

    Accueillir le monde, accueillir la vie, demande de se préparer au changement. Tout le temps.

    « Se préparer » pas de façon défensive mais d’entraîner sa flexibilité, d’utiliser au maximum la plasticité dont est capable notre neurologie, pour surfer avec élégance sur les ondes de l’existence.

    Apprendre quelque chose de nouveau

    Le plus court chemin vers la plasticité, c’est d’apprendre une nouvelle discipline. Le mieux je crois, c’est d’apprendre une nouvelle langue, parce qu’en plus de développer de nouvelles synapses, nous acquerrons une toute nouvelle vision du monde.

    Chaque langue porte sa culture, sa représentation de la réalité. La grammaire postule certains prédicats, le vocabulaire et les familles de mots, certaines associations conceptuelles qui sont différentes de celles avec lesquelles nous fonctionnons dans notre langue maternelle.

    Sans aller jusqu’à apprendre une nouvelle langue, demandez-vous chaque semaine ce que vous pouvez apprendre à faire que vous ne savez pas faire. Et chaque année attaquez-vous à un chantier plus important.

    Certains apprentissages peuvent révéler des vocations en vous et changer radicalement la direction que vous décidez de donner à votre vie.

    Donnez-vous des objectifs, créez de nouvelles choses

    Se donner des objectifs c’est identifier les problèmes sur lesquels vous voulez travailler. Si vous saviez faire, vous n’auriez pas besoin d’un objectif, vous le feriez. Je ne me donne pas pour objectif de faire la vaisselle après chaque repas. Je ne me donne pas non plus pour objectif de publier ici chaque semaine. C’est quelque chose que je sais faire, dont j’ai décidé que c’était bon pour moi, alors je le fais.

    J’ai décidé, il y a quelques années, de prendre soin de moi et de faire les choses qui sont importantes et bonnes pour moi et de faire moins celles qui ne le sont pas. Si je ne publie pas ici, je me sens mal et cela pèse sur mes épaules. Ce n’est pas un objectif, c’est une discipline de vie.

    Non, je parle de faire des choses que vous ne savez pas encore faire et que vous voudriez réaliser. Il peut s’agir de choses importantes pour votre vie ou de petites choses, de réalisations qui peuvent changer votre destin ou de simples curiosités.

    La clef ici c’est: « je ne sais pas faire, je veux le faire, comment je m’y prends ? »

    C’est un bon problème à avoir, de ne pas encore savoir comment faire ce que vous souhaitez faire.

    A mesure que vous vous habituez à cette discipline – faire des choses nouvelles, apprendre des choses nouvelles – vous vous habituez à recevoir les problèmes non plus dans leur connotation négative mais comme des opportunités de croissance, des tensions qui vous permettent de restructurer votre perception du monde et de vous-même de façon à progresser vers d’autres possibles.

    Ayez des conversations plus audacieuses

    En pratiquant une communication propre, bienveillante et adulte (= je porte la responsabilité de mes propres vécus émotionnels, et je n’attends pas de l’autre qu’il les endosse ou les résolve pour moi), que se passe-t-il lorsque vous avez les conversations dont vous redoutez l’issue ?

    Oser dire les choses nous révèle une partie du sens de notre aspiration à être ensemble, de notre désir de rencontrer l’Autre. En exprimant ce que nous avons sur le coeur, en-travers de la gorge ou nous traverse l’esprit, nous invitons l’Autre à éveiller le changement en nous.

    Mais lorsque, par peur de l’inconnu et du changement, nous gardons pour nous ce qui nous écrase et nous étouffe, alors nous commençons à nous ratatiner. Recroquevillés sur nos sensations comme sur de rares secrets, nous gardons jalousement nos peurs et nos besoins d’éclaircissements.

    Alors les émotions, ne trouvant pas de porte de sortie, s’enflamment et enflamment notre système nerveux. Mon fils, inquiet d’une réunion parent-prof, s’est renfrogné et mis en colère. Il a fallu toute mon attention pour comprendre et désamorcer et lui expliquer que cette réunion ne représentait aucune menace pour lui.

    Oser parler. Oser dire: « En ce moment, je préfère être seul » ou « J’ai peur quand tu fais ou dis ça » ou « Je ne veux pas de ça dans ma vie en ce moment », ne devrait pas être source d’inquiétude mais d’apaisement et d’enthousiasme. En exprimant ce qui est important pour nous, nous offrons à l’Autre la plus belle des fenêtres sur notre intimité – et n’est-ce pas le but de la rencontre ?

    Accueillir les émotions de l’Autre, ce n’est pas chercher à l’en protéger. En nous protégeant (mutuellement) du vécu émotionnel, nous nous privons (individuellement) des apprentissages qui nous permettront de grandir, de prendre mieux soin de nous, de gagner en responsabilité individuelle.

    Ces conversations sont source de tensions et ces tensions sont positives, pas conflictuelles. Elles sont surtout source et preuve d’attention (si je te livre mon intimité c’est parce que j’ai foi en ta capacité à la recevoir et à lui permettre de s’épanouir).

    En tant que coach, tout mon travail consiste à avoir ces conversations mais cela vaut autant dans la vie quotidienne où l’audace, parfois, c’est simplement de prendre la parole, de s’intéresser à un(e) inconnu(e).

    Expérimenter et explorer et s’amuser

    Aborder les problèmes en sachant quels sont leurs termes (les deux pôles de la tension) et en comprenant comment ils nous permettent de sortir de notre stagnation, comment ils nous élèvent, aide à adopter ce paradigme: avoir des problèmes est une bonne chose.

    La finalité n’est pas de savoir où vous allez, c’est justement de ne pas savoir où vous allez… mais toujours dans le respect de vous-même (en suivant la boussole intérieure que sont vos sensations corporelles).

    Le paradigme du meilleur problème induit une vision différente du bonheur, où être heureux ça n’est pas cette dissolution des tensions mais une recherche consciente et délibérée de meilleures tensions, de ces mises en questions permanentes qui permettent à l’individu de repousser sans cesse ce qu’il croit possible, ce qu’il peut faire et accomplir et obtenir de sa vie.

    La plupart des systèmes de croyances (religieux, spirituels, philosophiques) sont-ils autre chose qu’une recherche de la vie vécue hors des tensions alors que les tensions, les paradoxes sont l’outil qu’emploie la vie pour se développer.

    Plutôt que de voir ces tensions comme des problèmes, et si nous décidions de les voir comme des opportunités ? Quelles tensions vivez-vous en ce moment ? Comment peuvent-elles vous enrichir, révéler votre plus grand potentiel ?

  • De l’utilité de la mélancolie

    De l’utilité de la mélancolie

    Je n’aime pas les Dimanche.

    Chaque dimanche soir, je m’enfonce dans les noirs abîmes de mon angoisse existentielle. J’appelle ça mes mini burnouts.

    Je me rappelle des vers de l’Ecclesiaste:

    Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.
    Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?
    Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

    Et je me souviens de tout ce que j’ai fait et de tout ce que je n’ai pas fait: « Je perds au jeu de la vie », je dis aux oreilles qui traînent aux alentours.

    J’ajoute: « j’en ai assez d’être complaisant avec moi-même. Ce que j’ai fait, ce n’est rien à l’échelle de ce que je veux faire et moins encore à l’échelle de ce que je peux faire ».

    Je me roule en boule et je grogne. Littéralement. Ma gorge émet des sons gutturaux pour manifester la frustration, l’épuisement, le débordement.

    Je déteste les Dimanche parce que je n’aime pas me sentir comme ça, impuissant, affaibli, dépassé par la vie.

    Pourtant je ne change pas cette habitude. Je pourrais. J’ai les outils pour. Je me surprends parfois à sourire, le Dimanche soir, pas dupe du jeu auquel je me livre. Au fond, je ne crois pas que mes actions soient vaines ou que mes efforts soient voués à l’échec. Je n’ai pas réellement envie de m’enfermer dans une grotte et d’en sortir dans dix ans, pas plus que je n’ai envie de tout brûler pour recommencer à zéro.

    Non, pourquoi changerais-je une habitude aussi utile et importante que celle-ci ?

    J’ai compris au fil du temps, à force de ces descentes dans les profondeurs de ma psyché, descentes qui ont persisté malgré mes multiples changements de vie, malgré l’acquisition de nouveaux outils m’aidant à être plus flexible dans mes états émotionnels, malgré la solidification de mes racines et de mon ancrage dans le réel, malgré la présence de mes amis, de mes conseillers et de mes coachs, j’ai compris que mon cerveau, dans son infinie sagesse, faisait de lui-même, à la fin de chaque semaine, la vidange et l’état des lieux de ses désirs, ses besoins, ses émotions.

    Comme les rêves nous font assimiler chaque nuit nos expériences de la journée, mon état mélancolique du Dimanche me permet d’assimiler les expériences de la semaine et de me reconfigurer en profondeur avant d’engager la semaine suivante.

    Loin d’être néfastes, ces plongées abyssales me permettent au contraire d’émerger avec une plus grande clarté le lundi matin. Elles sont le symptôme, la manifestation conscience si vous voulez, du travail organique de mon cerveau.

    Depuis ma certification de praticien PNL de janvier, un poster orne le mur de mon appartement: « Trust the unconscious mind ». Cette idée que le cerveau fonctionne si vite que seule une infime portion de son activité est perçue par la conscience m’est familière. Je l’utilise depuis des années quand j’écris, quand j’ai besoin de retrouver quelque chose (je m’en suis encore servi cette semaine pour retrouver ma carte vitale), quand je dois prendre une décision.

    Depuis que j’ai commencé à être coach, j’enseigne aux gens à accepter leurs émotions. Toutes leurs émotions. La tristesse – dont mes descentes dominicales sont cousines – est l’émotion de l’introspection. Elle nous permet d’assimiler les expériences de notre vie, de mieux les intégrer en nous tournant vers l’intérieur, en fermant en partie nos sens aux informations venues de l’extérieur.

    En me concentrant sur ce qui n’est pas encore exactement comme je le voudrais dans ma vie, en laissant s’exprimer ma frustration, je peux décider si j’en ai toujours envie ou si je peux passer à autre chose. Si j’en ai envie, je renforce ma motivation et mon désir et automatiquement, de façon organique, je hiérarchise les ressources dont j’ai besoin pour réaliser cette envie. J’ordonne mes compétences en fonction de leur utilité pour ce que j’entreprends.

    En même temps je purge les frustrations de la semaine en les autorisant à s’exprimer sans frein pendant une soirée. Il suffit parfois d’un bon feu pour tout purifier.

    Le lundi, je suis plein d’une énergie propre, neuve, purifiée par la purge de la veille, ma vision s’est clarifiée et mes ressources sont en ligne pour être employée comme j’en ai besoin.

    A trop prêter attention à nos symptômes, nous en oublions tout ce qui est en jeu sous la surface. La vérité c’est que nous fonctionnons parfaitement et que nos cerveaux ont mis en place exactement les processus dont nous avons besoin. En apprenant à voir sous la surface, à entendre cliqueter les rouages de notre inconscient, nous pouvons apprendre à avancer plus vite et à aller plus loin puisque nous cessons de lutter contre nous-même.

    Robert Fritz parle du Chemin de la moindre résistance lorsqu’il explique que nos énergies (nos actions, nos intentions) suivent le chemin naturel imposé par les structures de notre pensée (la représentation du monde et de nous-mêmes que nous avons intégrée depuis l’enfance).

    Certaines de ces structures sont bénéfiques et d’autres nous limitent. Trop souvent, pour distinguer les unes des autres, nous nous basons sur le plaisir des émotions qu’elles nous font ressentir quand, en réalité, nous devrions regarder leur rôle et leur fonction.

    Comme le médicament amer que nous devons parfois avaler, il suffit de patienter. Et d’apprendre à aimer l’amertume, habituer son palais à des goûts plus nuancés.

    La descente est suivie d’une remontée et c’est les mains chargées de vieux trésors que je fais surface.

    Une plus grande clarté, une meilleure détermination, une idée mieux définie de ce que je veux sont le fruit de mes phases introspectives.

    D’autres font leur point hebdomadaire uniquement avec leur conscience réflexive. En laissant mon inconscient prendre les commandes, je le laisse utiliser toutes les ressources dont il a besoin. #LâcherPrise

    Le principal message de la philosophie et du développement personnel, c’est d’utiliser vos meilleures ressources pour répondre à vos besoins. Si nos émotions sont des ressources, alors la mélancolie est la meilleure émotion pour répondre à ce besoin de vidange des frustrations et de réorganisation des désirs et des priorités. Elle occupe le mental conscient et lui évite de faire des plans inappropriés. Et pendant ce temps, le reste du cerveau s’occupe de tout le travail de réagencement. Parfait!

  • Swedish memories

    Swedish memories

    Jonköpping me fait penser à Forbach. Aucun lien. Aucune ressemblance. Probablement juste le contexte dans lequel j’y vais. Et le fait que chacune de ces petites villes ait vu naître quelqu’un de connu.

    La neige, bleue dans le ciel sombre du milieu d’après-midi. Les trajets en bus. Beaucoup de trajets en bus. Pour aller à Beauvais, pour aller de Stockholm à Jonköpping. Puis de la gare routière à la cité U d’Aurélia.

    La douche à l’italienne de l’appart. Les repas de crevettes. Les colocs. Les soirées, les virées. La neige. Les cinammon rolls et ces pâtisseries remplies de crème dont le nom m’échappe, là, tout de suite, mais que j’ai longtemps retenu.

    Le lac.

    Le bonneteau dans les rues du vieux Stockholm.

    Göteborg. Le musée des vikings. Le café où nous prenons nos petits déjeuners, et le comic shop juste en-dessous.

    La relève de la garde.

    Les trajets de nuit dans le bus, avec la musique et l’ordi.

    Un moineau dans un souterrain. Une statue de Pippi Longstocking. Une librairie, bien sûr.

    Un port. De l’eau. Des arbres.

    De la réglisse salée.

    Et l’absence de direction de ma vie. L’absence de présence aussi. Je suis là sans y être. Dans ma vie, je veux dire.

    C’était il y a bientôt dix ans. Déjà.

    J’ai envie de retourner en Suède, pour la vibration du pays, pour le goût de l’air. Pour les sonorités de la langue. Pour dire « Tak » et « Hej ».

    Pour la neige.

    Et peut-être pour retrouver un fantôme de moi, parler avec lui, lui dire que c’est cool ce qu’il vit et que ce que je vis l’est encore plus, même si je n’ai pas envie de comparer. Pas vraiment. Ou alors juste pour voir, en contraste, comme ma vie a changé.

    Aujourd’hui j’ai retrouvé une lettre que j’ai écrite cette année à mon moi de 16 ans. Ça commence par « Tu lis cette lettre en 1998. Je te l’écris en 2017 »

    J’avais oublié que j’avais écrit cette lettre. En la lisant, j’ai été ému de tout le chemin parcouru, toute cette lutte que j’ai décidé de ne plus mener entre ce que je voulais être et ce que je veux être.

    A quelle fréquence oublions-nous que nos rêves aussi ont le droit de changer. Que ce qui avait du sens à vingt ans, ces aspirations qui faisaient le sens de nos existences, ne sont pas toujours pertinentes à trente. Pas de la même façon. Pas sous la même forme. Ou juste pas du tout.

    Il s’en passe des choses en vingt ans. Assez pour commencer une nouvelle vie, avec de nouveaux besoins, de nouvelles envies, de nouveaux désirs.

    J’ai fait les choses à l’envers de la plupart des hommes. J’ai construit ma famille avant de m’intéresser à ma carrière. J’ai réalisé mes rêves avant d’écouter la voix de la raison. J’ai tendance à être fasciné par ces vies qui commencent à se réaliser à cinquante ans, ces hommes et ces femmes qui poussent la porte de mon bureau, s’installent et me disent: après toutes ces années à vivre pour les autres, j’ai décidé de faire attention à moi.

    J’imagine que nous faisons tous ça, d’une certaine manière. Pourtant j’ai l’impression d’avoir beaucoup vécu pour moi et d’avoir davantage à faire attention aux autres aujourd’hui. Ca ne veut pas dire de cesser de faire attention à moi mais j’ai développé une puissante sécurité interne.

    Je sais que je peux m’appuyer sur moi. J’ai travaillé pour arriver à cette confiance. Et si, d’un point de vue extérieure, je peux sembler vivre une vie d’équilibriste, en réalité j’ai des fondations solides, je suis ancré profondément dans le sol, les pieds verrouillés dans le béton de mon expérience. Je vacille, je vacille, mais je ne bouge pas. Ou peu. Et parce que je l’ai choisi.

    Ce qui est amusant c’est que les gens qui me connaissent vraiment voient mes hauts et mes bas. Je peux d’autant mieux m’abandonner à mon nihilisme, à ma vision pessimiste de l’avenir, que je suis solide. Je peux jouer avec mes états sans les prendre vraiment au sérieux.

    Quand je compte le temps qu’il me reste à vivre, je souris, je me dis « ce serait bien que j’arrive à cent ans, et pourquoi pas plus loin encore ? » et je réalise toutes les vies que je peux inventer dans ce temps et je le réalise d’autant mieux que je peux voir, de façon très factuelle, toutes celles que j’ai déjà vécues.

    Il y a un certain vertige à me dire que je ne sais pas où je serai dans deux, trois, dix, vingt ans, et c’est un vertige excitant. Il y a quatorze ans j’ouvrais mon premier livre de PNL, sans le finir. Je me disais: « je pourrais devenir praticien » mais sans trop y croire et sans que ce soit un vrai projet.

    Et aujourd’hui, je suis praticien certifié. Je continue de me former. Ce matin encore j’écoutais des enregistrements pour aller plus loin. La semaine dernière, je coachais, en étant supervisé, un de mes compagnons d’apprentissage. Et hier, en réfléchissant à ce que j’allais faire ces cinq prochaines années, j’ai réalisé que je voulais continuer à construire mon expertise de cette discipline et que je n’ai envie d’être nulle part ailleurs que là, à faire ça, et à voir le changement chez mes clients.

    Qui sait où la vie nous mène ?

    Alors j’ai envie de retourner en Suède, pour voir ces paysages et redécouvrir ces lieux et sentir le froid. Je veux marcher dans mes propres pas et ressentir ces changements dans chaque cellule de mon corps, et sourire au passé et à l’avenir parce que mon présent est la parfaite charnière entre les deux.

    Et que cette charnière, aujourd’hui, est délicieuse, exactement telle qu’elle doit être.

  • Ce truc que j’appelle ma vie

    Ce truc que j’appelle ma vie

    Il y a des jours où j’aimerais trouver le bouton reset de mon existence.

    Recommencer au début du jeu, tout reprendre à zéro. Faire mieux, cette fois.

    La vérité c’est que je ne sais pas encore si la vie est une grande aventure exaltante ou une vaste supercherie. J’oscille entre la certitude qu’elle a du sens et la conviction qu’elle est vaine.

    Je me dis qu’en reprenant au départ je pourrais faire d’autres choix et trouver une vie plus paisible que ce brouillon d’existence que je me suis bricolé.

    Quelle direction prendre ? Quel but suivre ? On me dit que les objectifs sont structurels, je les crois arbitraires.

    On me dit de trouver mon essence, ma mission, mon âme et je ne découvre que des accidents: né ici, à cette époque, dans ce milieu, je suis imprégné d’une culture qui m’est tombée dessus par hasard.

    Je regarde autour de moi tous les gens qui ont l’air de savoir ce qu’est la vie, qui savent distinguer les « winners » des « losers » et je me dis qu’ils ont de la chance de vivre avec de tels niveaux de certitude mais je ne vois pas comment les rejoindre sans perdre pied avec la réalité.

    Naïvement, enfant, je croyais que quelque chose se mettait en place quand on devenait adulte, qu’un interrupteur s’enclenchait et que d’un seul coup la lumière se faisait. Elles avaient l’air de savoir ce qu’elles faisaient, les « grandes personnes ». Force m’a été de constater que ce n’était pas le cas, que les histoires que je lisais dans les romans n’étaient pas de simples jeux de l’esprit mais l’expression d’une détresse existentielle qui, pour autant que je puisse en juger, est à la fois terriblement réelle et universelle.

    Quel est ce jeu tordu dans lequel nous projette notre naissance ? Quel esprit pervers en a inventé les règles ? La conscience de soi passe pour être la plus grande innovation de la nature mais c’est aussi la plus cruelle.

    Être projeté dans sa vie et la traverser, comme en apesanteur

    Être jeté dans cette arène sans entraînement ni équipement, voir passer le temps et les émotions, voir le monde qui avance entre les mains des autres et se sentir dépossédé de son expérience, tenter malgré tout de laisser sa marque ou de créer quelque chose de remarquable… ou abandonner.

    Ils sont nombreux les naufragés résignés.

    Malgré tout je m’accroche. Je tiens bon, comme Ulysse avant qu’il ne s’échoue sur l’île de Nausicaa.

    Redémarrer. Recommencer à zéro. C’est tentant.

    Il paraît que la vie n’est pas une question d’avoir les bonnes cartes en main mais de jouer la meilleure partie possible avec celles qui nous sont données. Mais selon quels critères ? Où est caché le livret de règles ?

    Je me demande s’il ne me manque pas une pièce, s’il n’y a pas quelque chose d’irrémédiablement défaillant en moi, en tout cas pour ce monde.

    Et puis je me souviens de cette phrase d’Alice: « Mais alors si la vie n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ? »  et je me dis que non, il ne me manque rien et que dans ces moments-là, c’est juste le vertige d’avoir la possibilité de choisir mes règles qui me prend à la gorge. Parce que cette conscience aiguë de l’arbitraire de la vie c’est aussi la conscience de son incroyable plasticité.

    Inventer ses règles

    Inventer ses règles c’est n’attendre de personne la permission d’être soi, n’attendre de personne la définition de soi. C’est s’affranchir des structures imposées par les accidents de la naissance et de la culture et se poser la question de ce que l’on veut puis, ayant élucidé celle-ci, se demander: quelles structures dois-je créer dans ma vie pour obtenir ce résultat ?

    Changer de croyances, changer l’organisation de l’espace, de la matière, de son temps. Prévoir un emploi du temps qui colle avec ses objectifs, se déshabituer pour faire davantage de place à de nouveaux rituels, plus adaptés à ce que l’on souhaite devenir.

    Et devenir quoi au juste ? Ce que l’on décide.

    Si la vie est un grand terrain de jeu, une grande expérience destinée à nous faire progresser et avancer dans l’existence, alors nous devons en profiter pour l’explorer aussi loin que possible.

    « Aussi loin que possible » ne signifie pas de croire que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, et surtout pas que l’on ne sera bien qu’une fois que l’on sera arrivé (où ça d’ailleurs ?), ni de se demander sans cesse comment ce serait, autrement.

    Aussi loin que possible c’est se mettre en expansion, s’ouvrir à la vulnérabilité. Cesser de chercher le sens des choses c’est accepter qu’il n’y ait rien à trouver à part soi. Et qu’y a-t-il une fois qu’on en est là ?

    S’écouter, comprendre ses besoins, les exprimer. Cesser de chercher hors de soi ce qui ne peut venir que de l’intérieur, du courage d’être seul et de celui d’aller vers l’autre. Rencontrer l’altérité et s’ouvrir à elle.

    « Je crois que j’ai trouvé ma place: ni envahissant ni négligent », je dis à Marie et Sofia. « J’ai aussi compris que pour être à cette juste place, il me suffisait de demander à l’Autre ce qu’il voulait ».

    Avant je cherchais à deviner. Comme s’il y avait de la faiblesse dans le fait de poser des questions, dans le fait de s’intéresser avec générosité et curiosité: « tu veux quoi ? » ; « Quelle place tu veux que je prenne ? »

    Quand tu me racontes tes doutes, je me demande si je dois intervenir alors je te le dis: « je ne sais pas si je dois te donner un conseil ou juste t’écouter et acquiescer ». Tu me réponds: « Je crois que j’avais juste besoin de m’épancher, de partager ce que j’avais sur le coeur ».

    Je souris.

    Se pourrait-il que le sens de la vie soit aussi simple: s’autoriser à être soi et encourager l’Autre à faire de même ?

    Finalement, ce n’est pas le bouton reset que je cherche, c’est d’arrêter de m’acharner frénétiquement sur toutes les touches de la télécommande et de me contenter d’appuyer sur « Play ».

     

  • Être perfectible

    Être perfectible

    Au cours d’une intéressante discussion avec mon père est arrivée cette question de la légitimité de l’artiste. Quand je lui ai dit que je continuais à beaucoup lire et apprendre sur l’écriture, il a dit: « mais alors c’est que tu n’es pas bon ». Choc paradigmatique.

    « Reconnaître que je suis perfectible ne veut pas dire que je ne suis pas bon », lui ai-je dit.

    Depuis un an, je travaille à un livre dont le titre de travail est Humain en construction, et qui postule que tant que nous vivons nous sommes en train d’apprendre. Apprendre à communiquer, à aimer, à pratiquer nos métiers… Mon postulat c’est que cesser d’apprendre, c’est cesser de vivre.

    Le simple fait de pouvoir toujours apprendre n’empêche pas qu’en cours de route, par accident ou insistance, l’on se découvre quelques domaines d’expertise. Après tout, à force de répéter les mêmes gestes, certains automatismes apparaissent.

    Je réalise, en ayant des conversations sur l’art et sur la démarche créative, qu’il y a un bon paquet de paradigmes à partir desquels je n’opère plus. Je ne divise plus l’art en bon/mauvais. Il y a des oeuvres qui me touchent et des oeuvres qui ne me touchent pas. Vouloir qu’existe un canon esthétique à partir duquel évaluer la qualité des oeuvres (ou des gens) m’apparaît comme le vestige d’un idéal dans lequel le monde et l’expérience humaine peuvent être enfermés dans des cadres simplistes (masculin/féminin, enfant/adulte, ami/ennemi, bien/mal, beau/laid…).

    Ce serait pratique s’il suffisait de passer les choses, les gens, les événements, sous cette lentille magique. On pourrait alors les ranger dans l’une ou l’autre des deux piles au lieu de travailler à accueillir leur complexité, leur unicité, et de fournir les efforts pour s’adapter à chaque individu, chaque situation singulière, chaque oeuvre avec sa définition propre.

    Que pouvez-vous améliorer, même d'un simple pourcent ?
    Vivre, n’est-ce pas apprendre sans cesse ?

    « Créer est inutile si l’oeuvre ne rencontre pas le succès »

    Le succès est ici défini comme la reconnaissance par la masse ou par l’un des intermédiaires autoproclamés qui séparent artistes et public (éditeurs, producteurs, etc.)

    Mon seul critère pour savoir si ce que je fais est utile c’est de savoir si je touche quelqu’un. Si un de mes livres peut changer la vie d’une personne, j’ai eu raison de lui consacrer du temps et d’affronter ma résistance et mon critique interne pour qu’il existe. S’il touche mille, dix mille, cent mille personnes, c’est un simple effet collatéral de ma décision.

    Avec Renard nous discutons de ces artistes qui se sentent écrasés par la célébrité et préfèrent quitter la lumière des projecteurs pour préserver leur authenticité. « Il faut avoir un certain niveau pour que cette démarche soit vraiment impressionnante », précise-t-elle. Je crois que ça vaut le coup de se battre pour être authentique (donc vulnérable ? est-ce dissociable ?) et que la notoriété n’est qu’un accident que l’on décide de suivre ou non.

    A chacun son itinéraire, à chacun son rythme

    Un des autres paradigmes dont je me débarrasse de plus en plus c’est cette idée qu’il puisse être trop tard, que des opportunités puissent être manquées. Chaque pas est un choix déterminé par les besoins de la psyché à un moment précis. Peut-être qu’avant de pouvoir devenir romancier, photographe, comédien, il faut, comme Steven Pressfield ou Georges R.R. Martin, ou Ogilvy, en passer par une ou plusieurs décennies à faire d’autres choses.

    Il se construit, dans ces autres expériences, une force de caractère, une sensibilité, une écoute de soi et du monde, qui nourrissent le projet initial et qui alimentent le désir d’en découdre avec ses résistances internes.

    Le chant de vos sirènes

    Quelles sont les sirènes qui bercent les premières années de votre vie ? L’argent, le confort, la sécurité matérielle, l’autonomie émotionnelle, la liberté, … sont autant de mirages, des écrans de fumée dressés entre vous et votre ambition profonde, des distractions dont le seul but est de vous tester.

    Aucune de ces sirènes ne correspond à une réalité. Il n’y a là que constructions mentales, qu’abstractions intellectuelles. Il suffit de se souvenir que la vie est changement, que rien n’est jamais assuré et que votre prochaine épreuve vous attend au coin de la rue.

    Alors pourquoi attendre ? Il y a des raisons par poignées: l’éducation, les paradigmes culturels, le système qui est fait pour décourager les vocations singulières depuis les plus petites classes à l’école (qui a été inventée pour créer des ouvriers dociles), les doutes propres à l’existence elle-même, et plus encore.

    L’itinéraire qui est le vôtre vous est nécessaire

    Les chemins de traverse, les pas en arrière, les opportunités que vous n’avez pas choisies, vos hésitations, sont là pour révéler ces raisons, dévoiler leur caractère factice et les dissiper.

    Le piège se referme quand vous utilisez la longueur du chemin lui-même pour attiser le feu de vos doutes: « J’ai raté tellement de chances de réaliser ma vocation, c’est bien le signe que je n’y arriverai jamais ».

    C’est là que la plupart des gens arrêtent. Parce qu’ils décident qu’ils ont raté « leur » chance. Comme s’il n’y en avait qu’une.

    Mais il y a autant de chances que vous choisissez de vous en donner. En amour, en art, en affaires, en matière de finances, dans le choix de votre profession, autant de chances que vous décidez d’en créer. Ce n’est pas tant que « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir » que tant que vous êtes vivant, l’énergie créative vibre en vous pour que vous l’utilisiez.

    Vous n’avez jamais trébuché lorsque vous appreniez à marcher

    Je n’ai jamais compris cette histoire de première impression. Mon expérience à moi c’est que la première impression n’est presque jamais la meilleure et rarement celle qui compte vraiment. La mémoire est une bestiole amusante, elle réécrit les expériences comme ça l’arrange. Persévérez, réussissez, et personne ne se souviendra de vos premiers pas trébuchants.

    Tenez un journal. Pour avoir des traces de vos états et de vos idées et de ce que vous ressentez. Vous en aurez besoin dans le futur, quand vous voudrez vous souvenir du chemin, comme Conan, vous pourrez dire:

    « Quand j’ai renversé la vieille dynastie […] tout était simple, bien que sur le coup cela m’ait paru terriblement difficile. Quand je songe aujourd’hui au parcours sauvage qui a été le mien, toutes ces épreuves, ces intrigues, tous ces massacres et toutes ces aventures me paraissent n’avoir été qu’un rêve. »

    Commencez, allez au bout, un projet à la fois, un pas à la fois, et souvenez-vous que tant que vous avez du souffle, le combat continue, la résistance voudra vous couper les jambes et vous lui rirez à la face, parce que ce qui compte c’est votre oeuvre. Et au bout du compte, cette discipline qui vous semble si dure aujourd’hui, cette route qui vous paraît si incertaine, tout cela vous paraîtra simple une fois de l’autre côté du rideau de fumée.

    L’alternative ? A trop croire au chant des sirènes, vous risquez de vous lamenter un jour comme le Cimmérien:

    « Je n’ai pas rêvé assez loin, Prospero. Lorsque j’ai vu le roi Numedides mort à mes pieds et que j’ai arraché la couronne de sa tête ensanglantée pour la poser sur la mienne, j’ai atteint la limite ultime de mes rêves. Je m’étais préparé à prendre la couronne, pas à la conserver. Au bon vieux temps de ma liberté, tout ce que je voulais c’était une épée acérée et la voie libre pour aller frapper mes ennemis. Aujourd’hui, toutes les voies sont détournées et mon épée ne fait que rouiller. »

    (source: Conan le Cimmérien, par Robert E. Howard, trad. Patrice Louinet)

  • Respirer, marcher

    Respirer, marcher

    Dernièrement, j’ai retrouvé mon rythme. Couché à quatre heures du mat, debout à dix. Je me reconnais davantage dans ces horaires, dans ces humeurs, dans ce que je produis dans ces temps-là.

    En temps normal j’évite de me permettre ces horaires. L’école de mon fils apprécie moyennement mon air hébété quand je sonne une heure après le début de la classe, en grommelant une excuse bidon.

    Ma vie professionnelle idéale commence à dix-sept heures. Avant ça, je respire, je marche, je lis, je gribouille. Je vis et je remplis mon imaginaire de nouvelles idées.

    Ma réalité est différente mais c’est une autre histoire.

    Rêves

    Respirer, marcher, m’assoir à une terrasse pour regarder les gens passer et m’imprégner de l’atmosphère du monde. Ecrire un peu. Coacher un peu.

    J’ai tendance à prendre les rêves des autres pour mes rêves à moi et ça me donne la migraine de la précipitation. Pendant plusieurs années, ça me filait même des migraines à aura avec toute une brassée de symptômes dont je me serais passé, comme d’oublier les noms et l’amour que j’avais pour mes amis.

    C’est une torture étrange, d’être allongé là, le corps à moitié engourdi, à regarder l’image d’un visage à l’intérieur de son crâne, à savoir que l’on connaît cette personne, à savoir que c’est un ami mais à ne rien ressentir, comme si cette amitié, comme si cette affection n’avaient jamais existé. Et d’être de toute façon incapable de mettre un nom sur le visage. Et d’être de toute façon incapable de parler parce que les mots qui sortent de votre bouche sont des syllabes incohérentes.

    Les examens cliniques n’ont montré aucun problème neurologique. Pas la moindre faille dans la mécanique. « Bug temporaire », ça aurait pu être le diagnostic. Moi j’ai compris que c’était la manière qu’avait mon inconscient de me dire: « il est temps que tu changes de vie ». C’est ce que j’ai fait. Et les migraines ont disparu.

    Quelques années plus tard, ce sont les crises d’angoisse qui les ont remplacées. Avec des douleurs à la poitrine à me demander si mon coeur s’était arrêté ou s’il allait exploser. Et les vertiges à me mettre au sol. Et Coralie qui disait: « t’en fais trop ». Et le vide dans mon corps et dans ma tête, le vide comme si l’existence toute entière était devenue un trou noir. Ça allait au-delà du sentiment d’absurdité ou de la peur de la mort, c’était la réalité vécue du vide.

    Là encore. Changé de vie. Crises d’angoisse disparues.

    Et là je sais qu’il faut que je franchisse un cap. Greg me dit: « le prochain pallier, tu y es déjà » et je sens qu’il faut que quelque cède dans ma tête, qu’une vieille connexion synaptique désuète craque pour que les nouvelles connexions prennent le relais. Mais ça ne craque pas.

    Alors je marche, je respire. Six secondes in, six secondes out. J’ai l’impression d’être de retour au dojo où je pratiquais le zazen pendant une heure tous les matins, il y a dix ans.

    Je marche et je laisse couler mes pensées dans mon sillage comme une brume usagée. Et on me dit: « comment fais-tu pour faire autant de choses ? » et je réponds: « quelles choses ? » parce que, sincèrement, je ne vois pas.

    Prendre le temps d’être, tout simplement. De m’installer au soleil et de sourire au monde, et à moi.

    Au fond, tout va bien. Guillaume pense que je suis torturé. Je me demande comment font les gens pour ne pas l’être. J’ai toujours pensé qu’ils faisaient semblant, parce que franchement, comment peut-on ne pas se poser vingt-mille questions existentielles face à cette expérience de dingue qu’est la vie ?

    Lucile, la chamane, m’a dit: « tu es là pour expérimenter, expérimente ». Si la vie est un grand terrain de jeu, je veux jouer ma partie du mieux que je peux et pour faire ça je suis content de pouvoir compter sur mon corps, parce qu’il sait, comme aime à me le rappeler Renard, et il le dit.

    Accepter de prendre le temps

    Tout est dans l’ordre des choses. Ce qui doit arriver arrive et l’esprit a sa temporalité à lui. Je relis Pressfield pour me le rappeler: chaque détour est une pièce du grand puzzle dans le cosmos de notre existence.

    Faire confiance au temps, agir, écouter les murmures subtils de l’inconscient et les messages moins subtils que le corps sait générer quand notre attention n’est pas bien affûtée.

    Marcher et respirer.

    A l’impatience des autres je réponds par un sourire. Il faut laisser le temps au système nerveux de s’ajuster, les révolutions paradigmatiques se font à l’échelle des générations, pas à celle des individus.

    A mon impatience je réponds par de l’agitation. Alors Sarah (c’est ma coach) sourit et me rappelle qu’il n’y a ni pause ni précipitation dans la nature, seulement la calme répétition des cycles saisonniers et que les choses changeront vraiment quand j’arrêterai de définir mes désirs à partir de moteurs superficiels et que je me reconnecterai à mon essence profonde.

     

    Et c’est simple en fait.

    La liste des peurs

    L’autre jour j’ai lu cette idée: établir une liste de vingt peurs et les affronter. J’ai commencé à mettre des trucs, pour voir, et puis rapidement, j’ai réalisé que certains des points de cette liste me laissaient indifférent en fait. Et ça m’a fait comme avec le culte de l’inconfort, l’effet d’un nuage de fumée.

    Avoir peur et être inconfortable ça n’a rien à voir avec l’intérêt. On dit: « sort de ta zone de confort », « affronte tes peurs », mais quand je regarde cette liste, il n’y a que cinq choses qui sont vraiment importantes et pour lesquelles j’ai vraiment envie d’investir du temps et de l’énergie.

    Le reste, ce serait du mouvement pour le mouvement, de l’agitation, de la frénésie. Ce serait me faire croire que je grandis alors que ce serait une nouvelle forme de fuite.

    « J’utilise la peur comme moteur: j’ai peur que si je n’ai plus peur, je ne sois plus motivé pour agir, » j’ai dit à Sarah en riant parce que je réalisais l’absurdité de cette phrase.

    « Qu’est-ce qu’il se passe si la peur disparaît ? » m’a-t-elle demandé.

    Et là, en écoutant mon corps, j’ai eu la surprise de me rendre compte qu’il y avait moi, l’essence de mon individualité, et qu’elle avait quelque chose à dire et à partager avec le monde. J’apprends à l’écouter et pour l’instant, ce qu’elle veut, c’est marcher et respirer.