Je fonctionne par élans. Ça me rend disponible par à-coups. Un élan, c’est quelques semaines, en général. Je peux tenir 6 à 8 semaines sur une lancée, le temps d’aller au bout d’un morceau de projet ou d’une exploration. Après, j’ai besoin de récupérer. 2, 3 semaines. Dans un monde idéal, je crois que j’aimerais ça épouser des cycles de 6 mois-3 mois.
La récupération n’est pas tant du repos qu’un retour dans le monde, une exploration de quelque chose de nouveau, une flânerie active. J’ai besoin de stimulation, alors je vais apprendre quelque chose, ou construire quelque chose. Je n’ai jamais été très branché par le tourisme et plus j’avance dans la vie, moins ça m’intéresse. Aller m’installer ailleurs, oui. Faire une résidence d’un mois ou deux ou trois ou d’un an dans un autre pays, partir en formation intensive, c’est comme ça que j’aime découvrir de nouveaux lieux. Je peux apprendre d’autres manières de le faire, mais la balance bénéfice/coût penche de plus en plus du mauvais côté.
L’Histoire et les pierres m’intéressent de manière marginale. Je peux trouver plaisante une architecture ou ma curiosité s’enthousiasmer d’une anecdote historique, mais je n’en tire pas grand chose dans la durée. C’est comme manger. Je peux apprécier un bon plat, mais ça n’impacte pas ma vie de manière significative comme d’autres personnes. C’est comme ça. J’apprends à faire avec.
Par contre, envoie-moi dans un stage où je vais rencontrer mon intériorité, découvrir de nouvelles disciplines, acquérir de nouveaux savoirs-faire ou savoirs-être, et je m’illumine. On me demandait récemment pourquoi j’apprenais le chinois alors que je n’ai aucun bénéfice tangible à en tirer. J’ai dû y réfléchir, mais c’est vraiment le plaisir de mettre mon cerveau à l’épreuve, la joie de me heurter à une tâche difficile, et la perspective d’élargir ma perception du monde. Chaque langue que j’apprends m’ouvre à une autre vision du monde, à une autre manière de nommer les choses, à de nouveaux concepts intraduisibles.
C’est ce qui m’intéresse le plus dans la vie, rencontrer des paradigmes. Peut-être parce que j’ai autant de mal à me sentir appartenir à un groupe, au sens de me reconnaître dans un ensemble de représentations collectives. J’essaie peut-être de cartographier les différentes manières de se représenter l’existence. Pour me repérer. Je ne dis plus pour comprendre, parce que je doute que la compréhension soit mon enjeu. Je n’ai pas besoin de comprendre, je suis émerveillé par la diversité de « vérités » qui coexistent dans le monde, qui sont en fait des manières d’interagir et de décider comment interpréter les événements et quoi en faire.
Apprendre à faire (parler une langue, pratiquer un art ou un sport, gagner de l’argent, gérer une entreprise…) est pour moi le plus court chemin vers une plus grande connaissance vécue de ces paradigmes. Je suis un amateur dans cette recherche, c’est plus un hobby qu’une vocation, mais c’est surtout un éclairage précieux sur la manière la plus optimale de vivre mes temps de récupération.