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Quand on est habitué, voire enfermé dans un mode de fonctionnement, il est facile de se sentir contraint. Pour sortir de sa condition, il faut élargir son champ d’action, commencer par dégager le regard et retrouver le sens des possibles. C’est le plus difficile, sans doute. Cela exige de sortir d’une forme particulière d’inertie qui est l’inertie par reproduction de l’identique. Hamster en roue libre, on se tue à tourner en rond, emporté par un mouvement qui, déjà engagé, se reproduit lui-même. Il faut une force contraire — la volonté — pour s’arracher à la reproduction, pour penser autrement et voir autrement et agir autrement.

C’est le principe de la reproduction des schémas, c’est l’éternel Retour, notre difficulté à sortir d’un mouvement dans lequel nous sommes engagé. Il y a du biais d’investissement, là-dedans, le sophisme des coûts irrécupérables (puisque j’ai déjà mis mon énergie, mon argent, mon temps, mon identité dans une activité, je veux en « avoir pour mon argent », alors que l’investissement est perdu quoiqu’il en soit). Il n’y a rien à récupérer, rien à rentabiliser.

D’où l’importance d’agir pour l’action elle-même plutôt que pour ses résultats. En donnant du sens et en projetant de la conscience sur ce que nous faisons, nous ne déléguons pas la valeur de nos décisions à un futur hypothétique. En écriture, si je tire plaisir à l’écriture, si l’acte d’écrire est sa propre finalité, je n’attends pas qu’il soit lu ou édité ou vendu pour en tirer de la satisfaction. Le temps que j’ai passé à l’écrire n’a pas été vain juste parce que mon livre n’a pas trouvé sa place dans le paysage éditorial.

C’est une toute petite goutte dans le grand verre de la lutte contre l’enfermement paradigmatique, dans la narration identitaire (l’histoire que l’on se raconte sur qui l’on est). Chaque goutte compte. Tout comme compte l’entraînement à une certaine forme d’agilité, qui consiste à pouvoir changer de vision de soi et du monde au besoin.

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