Le réel a souvent pour moi une dimension à la fois décevante, inquiétante, excitante, un mélange de « ce n’est que ça » et de « c’est tout ça ». J’oscille de l’un à l’autre, dévoré par une sorte d’idéal impossible. Mon imagination hyperactive m’ouvre de nombreux portails vers d’autres mondes. Je ne m’y perds pas, en général, même si cela me demande d’arpenter un fil étroit.
Une vie passée dans les histoires tend à brouiller la frontière de la réalité. Surtout quand ton métier c’est de prendre un rêve et de lui donner une forme physique. Les histoires que j’ai publiées font désormais partie du tissu de la réalité. Elles vivent dans les souvenirs de leurs lectrices, les personnages sont gravés dans un coin de leur exitence.
Ligne après ligne je tente d’insinuer des idées, des souvenirs, des sensations, des émotions, dans le tissu du monde. J’espère que ce sont ajouts de beauté plutôt que de détresse. De la douceur, un sentiment d’acceptation.
Quand je perds le sens du réel, je retourne dans le monde. Je m’occupe de quelque chose de très terre à terre comme de faire un repas ou de régler un truc administratif.
Méditer, travailler les bases de mon butō, du qi-gong, du clown, y contribue aussi.