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Y aurait-il toujours une part de sa vie que l’on subit ? Quand ce n’est pas la famille, c’est la santé, l’argent, la politique, le climat… La réponse n’est peut-être pas de vouloir avoir la main sur tout (où serait le plaisir là-dedans) mais d’œuvrer à augmenter constamment sa marge de manœuvre et sa capacité d’action.

En ce moment, j’écris un début de roman (je crois, je ne sais pas encore, j’ai 3900 mots, écrits selon la règle des 265 mots, qui dépeignent un personnage et un univers, et un début d’enjeux. Pas encore d’objectif clair, c’est-à-dire pas encore d’intrigue, mais jusque là, rien d’anormal), j’écris ici, j’écris un nouvel essai sur l’écriture, où j’explore la question de la fluidité. En gros : c’est possible d’écrire un roman sans avoir le temps.

Une grosse partie de mon travail consiste à aider des auteurs émergents (ou pas si émergents que ça) à trouver le chemin de leur livre, à se délester de toutes les croyances limitantes sur leur écriture. Tout ce qui peut enlever de la friction à nos pratiques est bienvenu. Ensuite viendra le temps de l’édition et de la vente, mais d’abord : pratiquer, pour soi, et ne plus vivre cette frustration intenable des mots qui ne sortent pas, des histoires qui nous échappent.

Je travaille aussi à une nouvelle écriture du corps érotique, sur scène. J’ajoute un peu d’escalade, des stages de butō et un club de clowns. La vie continue. Je suis artiste. Je me débrouille pour survivre matériellement, et je monte des trucs. Ça ne ressemble à rien de chatoyant, ce n’est pas rempli de paillettes et de champagne, mais c’est une bonne vie.

Reste à m’occuper des parties que je subis un peu trop. À me débarrasser, aussi, de certaines idées sur moi-même, de certains rêves dans lesquels je ne me reconnais plus (ou plus autant), ou que j’ai décidés de remiser parce que d’autres sont devenus plus importants.

Et puis ma vie n’est qu’à sa moitié (probablement), j’ai encore beaucoup de marges de manœuvre et d’action. Une certaine urgence à ne pas (trop) gaspiller mon temps. Une certaine envie de dire fuck à tout ce qui ne rend pas le chemin fluide. Un certain discernement qui m’aide à repérer ce qui compte vraiment et ce qui est mouais. Peut-être est-là le début d’une meilleure marge d’action.

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