J’aime être seul. Le silence, l’énergie posée, mes pensées peuvent se déployer en toute tranquillité, à leur rythme et en suivant leur mélodie. Si quelqu’un occupe le même espace que moi, ça devient difficile. Je reste à la surface des choses et mon système nerveux s’affole. Ça me stresse, la présence de quelqu’un, ça me maintient en alerte. Je guette. Je m’attends à être sollicité à tout moment et être sollicité me sort de ma plongée dans mon intériorité. C’est douloureux. Physiquement et psychiquement. Et coûteux. Les efforts que ça me demande de descendre au niveau où mes pensées se forment sont importants. Ils exigent de la concentration et de la vigilance. Si j’en suis arraché, c’est coûteux de redescendre. Je ne peux pas le faire à l’infini dans une même journée. Il y a des paliers à respecter comme dans une plongée en apnée. Si je ne respecte pas ça, je me crame. Je ne peux pas être contraint par le temps des autres, la descente obéit à sa propre temporalité. Je ne peux pas fonctionner à la fois en surface et en profondeur. La solitude m’offre le luxe d’être disponible pour les moments où la descente m’appelle. C’est ça, mon travail, rester disponible et si l’appel résonne, y répondre. Si je ne suis pas là au moment de l’appel, quelque chose ne sera pas exprimé, quelque chose restera ignoré. Je ne sais pas ce que c’est : un truc de mon psychisme, un truc chimique, quelque chose comme l’inconscient collectif ou un truc plus bizarre comme l’univers cherchant à s’expérimenter d’une façon particulière, mais si je rate trop d’appels, je tombe malade. Littéralement. D’abord émotionnellement, puis physiologiquement. C’est mon câblage, je peux lutter contre, mais il finit par me rappeler qu’il est le boss. J’ai appris à me mettre à son service, mais pour ça je dois veiller à maintenir des circonstances favorables et c’est un casse-tête impossible. Je dois doser la présence des autres, l’amour, la solitude, le divertissement, l’effort physique, mon attention, ma nutrition. Ça n’a rien d’une science, je bricole. Je vois ce qui marche et j’essaie de m’y tenir, puis ça cesse de marcher ou je perds en discipline et tout est à recommencer. Le silence et un lieu vide de présence humaine sont des constantes.