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L’inconfort peut être source d’apprentissage et de transformation. Quand une société se dote des outils pour bannir l’inconfort, elle enferme les individus dans l’inertie. On y cherche la stabilité et la répétition. On y meurt de routine. On remplace l’inconfort psychique, vecteur de retour sur soi et de transmutation, par la pression à produire, à faire toujours plus et toujours mieux en fonction de critères extrinsèques arbitraires.

A trop vouloir nous préserver mutuellement de la nature parfois aride du réel, cette addiction au confort nous limite à l’expression narcissique d’un ego figé, hostile au changement, qui est, par nature inconfortable mais, par nature aussi, le seul vecteur constant de notre épanouissement.

Qu’il s’agisse d’une révolution de nos manières d’être, de nos métiers, de nos lieux de vie, de nos aspirations, de nos relations ou d’ajustements plus subtils et néanmoins exigeants (y a-t-il plus inconfortable que l’effort quotidien d’installer une nouvelle habitude ? Brrr, je frémis rien que d’y penser), l’épanouissement demande que l’on passe d’un état à un autre (de graine à germe, de germe à plante, à fleur, à fruit, à graine, et le cycle reprend ailleurs).

J’y pensais ce matin en me surprenant à regarder les commentaires d’utilisateurs d’une expérience qui m’attirait. Qu’est-ce que je cherche en consultat ces commentaires, sinon à me prémunir d’une déception possible ? La déception, comme la satisfaction, nourrit mon expérience humaine. Que j’aie une préférence pour l’une plutôt que l’autre me semble secondaire si mon but est de faire l’expérience de la vie la plus expansive possible.

On s’entend, je ne vais pas me mettre sciemment en danger, mais on est arrivés à un stade où le moindre gravillon dans une chaussure est devenu, pour nos systèmes nerveux déréglés, l’équivalent d’une situation périlleuse. Ça me dérangerait moins si le résultat de tout ça n’était une forme d’inertie généralisée : puisque rien n’est jamais sûr, nous n’osons pas assez.

Alors, osons.

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