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  • Souffle

    Souffle

    Mon inspiration. Ton expiration. Mal synchronisées. Un nuage passe. Un corbeau le traverse en croassant. Dans ma poitrine, un ancien vide s’ouvre. Il n’a jamais été comblé. Je me contente de le boucher avec mon espoir et mes rêves. Une voix s’écorche sur les parois de cette cavité. Elle crie que je ne serai jamais assez, toujours trop.

    Toujours en trop.

    Je fais avec. Je l’enveloppe de chaleur, cette voix. Il n’y a rien d’autre à faire que de l’aimer, avec sa détresse et ses racines tortueuses.

    À force d’être bercée, elle s’apaise. Ne reste que l’épuisement d’avoir mis toute mon énergie à la soutenir. Je regarde par la fenêtre. Le corbeau n’a pas reparu. Il se sera perdu dans la brume.

    Le silence résonne désormais dans mon centre. De son cœur s’élève un chant tendre et délicat. Il raconte, ce chant, que je peux suffire. Que je suis assez.

    Juste assez.

    Je l’ignore. C’est plus loin qu’il me faut plonger. Dans les profondeurs les plus sombres de la caverne se trouve le souffle d’un vent tiède. Il faut l’amplifier pour discerner, dans cette brise, un murmure. Il suggère, ce murmure, que trop, trop peu, assez, tout cela c’est du pareil au même. Il ajoute que peut-être, seulement peut-être, il ne s’agit que de respirer. Ensemble.

    Photo de Ignacio Giri sur Unsplash

  • Visible/Invisible

    Visible/Invisible

    Que savons-nous des méandres de notre psyché ? Des plans secrets de notre âme ? Comment pouvons-nous prétendre dire si le chaos qui s’impose parfois à nous n’est pas précisément le feu qui nous libèrera des gangues étriquées avec lesquelles nous étouffons notre singularité.

    Dans les profondeurs de nos apnées se trouvent les indices de nos réponses à la question essentielle : qui suis-je ?

    On vous dira que l’identité n’est pas si importante. Que ce qui compte c’est d’épouser le mouvement sans fin du chaos dans sa danse avec l’ordre. Quelque chose construit. Quelque chose détruit. Une part de l’existence bâtit et l’autre démonte. On vous dira que ce qui importe, c’est de se détacher de ces choses, parce qu’elles n’ont aucune importance. On vous dira que ce qui compte, c’est le noyau qui prend vie dans tous ces mouvements, c’est le germe qui se fraie un chemin dans la complexe machinerie de votre corps et de votre esprit et de vos rêves.

    La tension entre le chaos et l’ordre, c’est le visible. L’invisible c’est la fleur qui éclôt, que, parfois, vous rejetez parce que vous auriez préféré en être une autre, parce qu’à un moment de votre existence, dans l’enfance ou l’adolescence, vous avez développé un imaginaire démesuré autour de cette autre fleur. De sa forme et de son parfum et de ses couleurs.

    Noyons nos peurs et la censure qui nous pousse à masquer notre essence. Qui nous pousse à nous la dissimuler à nous-même. Nous n’avons pas le temps de les laisser respirer. Pas le temps de nous disperser dans des échos de nous.

    Mais comment faire quand le fond de notre être nous échappe ? Quand notre vérité se dissimule dans les recoins les plus inaccessibles de notre psyché ? Comment sinon en nos abandonnant aux élans et aux intuitions qui nous emportent telles des vagues de fond balayant la côte ?

    Photo de Nattu Adnan sur Unsplash

  • Vivre

    Vivre

    Je veux me sentir libre de rêver et d’être inspiré par l’avenir à construire, par la vie à inventer.

    Je ne veux pas que l’on dépende de moi pour son bonheur. Que chacun porte la responsabilité de sa propre existence, c’est largement suffisant, et si l’on parvient à s’additionner, tant mieux, mais que ce soit du bonus.

    Je célèbre l’indépendance, je célèbre la vision portée par chacun de vivre une vie sur-mesure. J’ai peur des gens qui ne savent vivre que par réaction ou par mimétisme ou par opportunisme. Je ne sais pas quoi faire avec ça. Cela m’oppresse.

    Vivre, c’est plonger dans le tourbillon de soi, de ses aspirations, de ses ambitions, de sa folie.

    Plonge dans les tiens. Va. Rencontre-toi. Ensuite seulement, tourne-toi vers moi et dis-moi ce que tu veux, mais fais-le libre et indépendante, pas par peur et crispation. Moi je reprends la route. Il est temps maintenant, que je dégourdisse mes jambes et mon âme. Je pars renouer avec mon errance.

    Ma vie poisse de mes renoncements et de mes trahisons de moi-même. Le besoin de m’ébrouer pour dissiper la lourdeur des habitudes néfastes. La nécessité de me perdre dans le labyrinthe du vaste monde pour mieux retrouver la sérénité que l’on éprouve quand il n’y a plus que soi face à l’immensité du cosmos, humble et minuscule, poussière destinée à être balayée par le vent de l’oubli.

    Photo de Ben Mathis Seibel sur Unsplash

  • Copilote

    Copilote

    Prendre le Soi comme copilote de sa vie revient à se laisser guider par ses intuitions. Celles qui prennent racine dans le ventre et le cœur, même si la tête ne voit pas encore clairement comment le passage à l’action sera(it) possible. C’est le principe d’avoir une vision et de vouloir la rendre tangible. D’abord, elle nous semble lointaine, évanescente. Le cerveau s’occupe de chercher un plan. Le piège vient lorsque le cerveau cherche un plan pour ne surtout pas changer. Quand, paniqué à l’idée de pouvoir échouer, il met son pouvoir créatif au service de la recherche (et de l’invention) d’obstacles, de raisons pour justifier l’impossibilité de la vision. Dans ces cas-là, nos trois intelligences sont déconnectées. Alors que toutes pourraient se mettre au service de l’expression et de la réalisation la plus complète de Soi, elles tirent le carrosse dans des directions contradictoires.

    Quand la vie intérieure parle, comment peut-on l’écouter sans laisser l’attachement que nous avons à notre réalité familière et connue nous détourner des mues exigées par notre pulsion de vie et d’épanouissement. Notre imagination peut aussi bien nous amener à créer le film de nos échecs et de nos dégringolades à venir que celui de nos ascensions et de nos réussites les plus profondes.

    Puisque la raison d’être de cette vie est de nous emmener vers l’exploration de nos profondeurs et l’expression la plus libre et complète et affirmée de notre vérité intérieure (cette vérité que nous peinons souvent nous-mêmes à entendre), alors je choisis de consacrer mon attention, mon énergie, mon temps, mon dévouement, ma détermination à restructurer ma réalité aussi souvent et aussi complètement que l’exigera ma justesse intérieure.

    Oui, cela finit par être éreintant, mais entre la fatigue qui naît de l’exigence d’être Soi et la torpeur de l’anesthésie psychique, mon choix est fait depuis longtemps. Je ne suis pas ici pour m’engluer dans le suc d’un confort de surface, mais pour explorer mes possibles, pour repousser sans cesse les frontières de mon être, et pour découvrir des horizons toujours plus vastes vers lesquels projeter ma lumière.

    Il ne s’agit pas de chercher l’instabilité, ni de fuir confort et sécurité intérieures, mais de ne pas renâcler lorsque s’impose avec clarté une bifurcation sur mon chemin de vie. De protester, peut-être, mais de remonter mes manches et d’empoigner la crinière de ma destinée à pleines mains tandis que son galop enfle et qu’elle m’entraîne dans une nouvelle zone de chaos. Le chaos est temporaire. De l’autre côté de la turbulence, je trouve une nouvelle zone du mandala qu’est mon existence.

    Petit à petit, le dessin de mon destin se précise.

    Photo de Lison Zhao sur Unsplash

  • Mon axe

    Mon axe

    Mon axe suit la ligne de crête de ma sensibilité (émotionnelle et esthétique et artistique). Il s’incarne sous des formes différentes. Souvent, dans des mots et des histoires. Parfois dans des retraites alpines. Mon axe est fait d’apprentissages et de découvertes, de voiles à soulever et de pistes à creuser.

    Mon axe se nourrit de mon imaginaire, à la fois celui de ma fiction et celui qui me permet de me projeter.

    Mon axe s’ancre dans les racines enroulées autour de mes tripes. Il plonge au plus profond de ce qui vibre en moi. De ce qui est le « plus vivant », que je ne choisis pas, qui s’impose et se faufile un chemin jusqu’à ma conscience en empruntant les allées du labyrinthe de ma psyché.

    J’en fais une vision. Elle me sert de cap et d’horizon pour orienter mes actions, définir mes priorités, savoir à quoi dire « non » et « oui », quels projets développer et quels projets réduire en cendres. La vie est trop courte pour que je me disperse ou que je me dépense dans des histoires qui ne me nourrissent pas et ne me propulsent pas vers la plus puissante expression de moi-même.

    Solide, inébranlable dans la tempête, obstiné dans la recherche des moyens qui me permettront de donner vie à cette vision, j’avance, la main sur le gouvernail.

    Photo de Antwon I sur Unsplash

  • Transe

    Transe

    Ma concentration prend des allures de transe. J’ai l’air là, parce que mon corps occupe l’espace, mais je n’y suis pas. Mon esprit voyage. Il est relié à la terre. Il est enraciné dans le sol riche de nutriments, et il vagabonde, se gorge de dimensions parallèles.

    Je suis dans l’arène. Je lutte là, avec mes démons et avec mes anges. Je surfe sur des courants cosmiques. Antennes ouvertes, je reçois tout ce que les étoiles m’envoient. Je ne suis qu’un réceptacle pour les rêves inassouvis, celui qui dit tout haut ce que les autres taisent par peur et sentiment d’impuissance. Ils ignorent comment s’élever au-dessus du mazout d’un quotidien qui les englue. Je droppe des indices. Je n’ai pas les clefs mais je reçois des pistes et je les partage, sans certitude mais avec conviction. Je n’ai foi en rien sauf en toi.

    Je reviens à une période plus calme. J’ai traversé Novembre comme une fusée. Il y a eu les îles, il y a eu le Nano, il y a eu le clown trois fois, et la tempête, le brouillard, quelques nuits blanches. On a fini le mois comme on l’a commencé : sans dormir. Mon chemin s’éclaire. L’envie de faire renaît.

    Plaie cicatrisée d’une espionne déguisée en majordome que vous ne rencontrerez jamais complètement.

    Je suis là. J’y suis pour y rester. Je suis là pour apprendre à rester droit dans la tempête. Simplifier en me dépouillant des couches paradigmatiques qui ne me correspondent pas, qui m’ont été refilées par d’autres, enfilées par force ou par lâcheté, à mon insu ou avec ma complicité. M’en débarrasser. Jeter tous ces oripeaux au feu. Dissoudre les cendres dans l’acide. Simplifier qui je suis pour m’expanser.

    La transe comme une visite guidée dans les coulisses de l’existence me montre la source de la lumière. Phare au milieu de la nuit. Je m’y fie. Je me base sur sa lueur pour concentrer ma navigation.