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  • Atelier d’écriture

    Marquant le mi-parcours de ma résidence, l’atelier que j’animais à Rochefort a eu lieu cet après-midi.

    Dynamique, vivant, les participantes et participants se sont jetés à l’eau avec entrain, dans un esprit joyeux et convivial. Comme d’habitude, j’ai débordé sur mon programme. La densité, l’énergie, j’essaye de donner tout ce que je peux, au risque d’en perdre certain en route. Je m’efforce de les repêcher, ceux dont les cerveaux saturent, de leur redire que c’est le lot du travail créatif que d’atteindre ces moments où le mental décroche, que c’est là qu’il se passe quelque chose, dans la perte de contrôle et l’état de surprise qui en découle.

    Je crois que tout le monde a appris quelque chose, ce qui est mon intention première, que les participants repartent avec un outil en plus, une expérience qu’ils vont pouvoir réitérer chez eux.

    Ces quatre heures m’ont fait sortir de ma bulle de production et voir du monde et interagir et revoir quelques visages familiers. J’avais peur de ne plus savoir faire, l’interaction sociale, à force de vivre reclus, et finalement, ça été.

    Dehors le vent souffle à en faire trembler les fenêtres. La nuit dernière, j’ai rêvé de la Charente (il faut le faire, rêver d’un fleuve). Ce soir, éreinté, j’essaie de me motiver à sortir voir un spectacle d’impro avant de repartir dans l’immersion dans le texte et la production.

  • Sémaphores

    Je suis en vie.

    Disparu des radars. Un télégramme en morse de temps en temps pour signifier mon existence depuis l’intérieur de mon ermitage.

    Messages intermittents. Temps de réponse imprévisibles. Dépendent des courants et des revirements de l’air.

    Voilà, cette semaine, c’est tout : je suis là, dans mon sous-marin. Tout va bien.

  • Prendre le rythme

    Prendre le rythme

    long boulevard de solitude

    pas d’interruption

    pas de conversation, de découverte, d’interaction avec le monde extérieur

    nécessaire pour connexion avec le monde intérieur

    j’ai déjà tout ce dont j’ai besoin : les impressions et les images et les histoires

    le rythme de l’isolement — arrêter de sortir — faire des vivres — vivre en huis clos — marin immobile (pour le parallèle) — comme une danse hypnotique rassurante pour les génies qui président à la création

    faire silence en moi, apaisé le rythme de mon souffle, de mon sang, pour entendre la voix qui murmure à mon oreille

    scaphandrier en excursion. loin du monde. même si en apparence je suis là je n’y suis pas vraiment. coquille vide. rien à l’intérieur. personne à la maison. l’esprit ailleurs, parti dans un entrelacs de fil. il y en a de partout : des pelotes, des rejets, des segments noués, des bouts de broderie, du tricot, des trucs de tous côtés. ça marche bien, cette métaphore, pour le travail que je fais à Rochefort. je fabrique une corde de texte.

    bref

    pas la peine de m’appeler, j’ai perdu volontairement mon téléphone, coupé les liens avec le rivage j’ai pris le large.

    Photo de Raimond Klavins sur Unsplash

  • Seuil

    Seuil

    Au début, il y a une texture, une densité ou sa promesse. L’impression de ne rien toucher de tangible. Une sensation fugace. Des mots évanescents. La sensation de devoir avancer à pas feutrés, comme pour ne pas effaroucher le texte qui se tient là, à l’orée d’une clairière ou dans la pénombre d’un sous-bois de l’inconscient. À force de silence, les traits de sa silhouette se précisent. Ce n’est pas encore une forme, plutôt un contour souple, encore fragile, prêt à s’effondrer sur lui-même ou à s’effilocher au vent. Poser des mots, n’importe quels mots tant qu’ils sont chargés de la texture que j’évoquais tout à l’heure.

    C’est cela, le seuil, l’entrée dans le texte. J’ose à peine dire « dans mon processus créatif », puisqu’on n’en est pas encore là. Pour l’instant, il s’agit de collecter. Des impressions. De la matière. Des mots dont certains « iront » et d’autres pas, pour des raisons qui m’échappent et m’intéressent peu. Le temps passé à renforcer l’approche analytique n’est pas un temps passé à ouvrir les portes de la perception fine, celles qui sortent de soi et nous branchent à l’inconscient collectif, à sa sensibilité, à sa complainte, à ses espoirs et ses rêves et ses cauchemars et ses désirs secrets et ses espaces de vulnérabilité.

    Ce projet, Bloom, se tiendra juste là, sur la ligne fragile de ce qui relie le visible et l’invisible, le tangible et l’intangible, la lumière et la pénombre, la surface et les profondeurs. La première étape du travail consiste à la tendre, cette ligne, la tendre en moi, dans la durée, pour pouvoir ensuite funambuler sur elle le temps de dizaines de milliers de mots, d’une poignée de visages et de graphies anonymes ; d’histoires, d’impressions et de sensations et d’émotions restituées tantôt à l’horizontale, tantôt à la verticale – quelque forme que cette idée dessine.

    Au début, il est trop tôt pour parler d’histoire, de ligne d’action, de personnages, de genre, d’univers, de style. Au début, c’est sensuel et sensoriel et impossible à communiquer parce que cela n’existe qu’à la lisière de la perception, trop fugace pour être traduit en mots. Tout reste à construire, à découvrir, à explorer, puis à trier.

    Photo de Slava Jamm sur Unsplash

  • Journal Rochefort

    La résidence débute le 10 mars 2025.