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  • Who can handle me?

    Who can handle me?

    « Your face sits in my periphery like a treeline street. Nothing is ours to keep. Saya you don’t have to conform. Place your knees on the ceiling and the ceiling will turn into the floor ».

    « My ADHD means I cannot focus on more than one thing at a time ».

    People tend to expect continuity in the attention they receive from us. I’m incapable of such continuity, are you?

    Everyone is so focused on their lives, the overwhelming nature of them, that they get lost in the maze of expectations, self-imposed or not.

    Crush artistique instantané pour l’univers musical de Saya Gray.

    Je peux être intense, tant dans ma présence que dans mon absence. Des mondes voyagent en moi, m’absorbent et me recrachent.

    Toute impression de ma stabilité est une illusion

    Amas de cellules en mouvement perpétuel, shaker d’atomes monté sur une centrifugeuse.

    La vie, un terrain d’expérimentation, de rencontres, d’existences à passer comme autant de costumes. La création comme un moyen de vivre plus vaste, plus large, plus ouvert, plus vite, plus profond, plus loin.

    Fragment par fragment, comme les pièces d’un puzzle qui trouvent leur place, une image de moi se constitue. À quoi ressemble-t-elle sinon au flou du mouvement continu qui m’agite ?

    « So if it’s ok, if it’s alright with you I’d like to give you a piece of mine, oh, just for peace of mind ».

    Aident à me rassembler : la solitude le silence les portes fermées la musique le parfum de l’encens le vol libre des corneilles le vent dans les voiles la dérive patiente des nuages ton parfum ta main sur ma nuque marcher dans la montagne sans croiser personne.

    Qui peut supporter the mess of me?

    Photo de Jr Korpa sur Unsplash

  • Certains jours, les mots

    Certains jours, les mots

    Rouillés.

    Réfractaires.

    Synapses paresseuses.

    Pourquoi une telle haine des phrases nominales ?

    Tout un livre en phrases nominales.

    Aucun verbe, mais des mots, des choses, des images, des sensations, le langage en passerelle vers l’expérience sensible.

    Absence de verbe, absence de point de vue ? Non.

    Le filtre d’une subjectivité derrière le choix des impressions et des mots.

    Parfum entêtant de l’encens.

    Fragments d’existence pour impressionnisme radical.

    Aussi peu de déterminants que possible.

    Libre cours de l’imaginaire. Flottement. Apesanteur. Soudain, un flash comme un rayon de soleil dans la dentelle d’un nuage orageux.

    Vieux thé surinfusé à la saveur passée de photo sepia.

    Du mouvement sans action. Coup de vent glacial dans les rideaux.

    L’articulation souple de la poignée d’une fenêtre.

    Tranches vieillies des livres en ligne sur leur étagère. Classification par collection. Désordre alphabétique. Désordre des tailles. Tas de livres sur le plancher, sur la table basse, dans un frigo désaffecté, volumes à l’horizontale dans les tiroirs. Boulimie de mots et d’histoires.

    Pourtant certains jours, l’anémie lexicale. Pas tant lexicale, d’ailleurs, que de destination ou d’itinéraire. Ou les deux.

    Alors, un fer à repasser rouillé. Un grille-pain grillé. Une sculpture éventrée. Une plante avachie. Un bouquet desséché. Une épave échouée dans le cerveau et dans le corps et dans la pièce et sur la page.

    Certains jours, les mots.

    Photo de Francesco Ungaro sur Unsplash

  • Hippodrame

    Hippodrame

    Rien à raconter sur ce titre, mais je voulais le consigner quelque part parce qu’en lisant de travers « hippodrome », j’ai senti l’étincelle de quelque chose. Un drame équestre, un mélodrame en calèche ? Ou une version plus métaphorique, comme un drame lancé au galop. Hippodrame, donc.

    Je m’interroge sur la légèreté et la complexité. Peut-on vivre légèrement une situation complexe ? Quand on dit « c’est compliqué », est-ce d’abord parce que ça manque de légèreté ?

    Je réinvestis mon écriture. Après une année presque et demie de jachère, je retrouve l’élan quand je tombe sur un appel à textes ou un simple mot, comme aujourd’hui. Je continue à rêver des paysages complètement fous. La nuit dernière, en avion, je longeais d’immenses murailles mi minérales (façonnées) mi végétales.

    J’ai goûté un café très floral. Le sakura de chez Books & Coffee. Et un autre dont je n’arrive pas à dire s’il me plaît tant ses arômes sont prononcés. Je ne l’ai pas sous la main, c’est un café de Colombie supposé porter des notes de fruits cuits, cerise et cardamome. Je les cherche. Ma mouture était trop grosse ce matin. Je réessaierai.

    Je m’interroge sur ce nouvel impératif social de protéger les gens contre ce qui pourrait les perturber. Contre la vie, quoi. Il y a vingt ans, pour un projet d’animation au conservatoire, j’imaginais un monde de surprotection dans lequel les humains vivaient à l’intérieur de bulles en plastique qui absorbaient tous les chocs. À force de vivre sans aucune perturbation, ils se transformaient en crevettes. Il est peut-être temps de dépoussiérer ce projet.

    Être dérangé, c’est l’essence même d’être vivant. Sinon, on ne sortirait pas de la matrice originelle. Et encore, même dans le ventre maternel, il y a des agressions et des dérangements. C’est ce qui nous façonne. Je me demande à quoi ressemblerait une société du confort total. À part à une société de crevettes. On en a des prémices dans Judge Dredd. Le thème n’est pas nouveau. Je tire une ligne au moment où l’on veut rendre l’art inoffensif.

    Lu dans un article aujourd’hui : « Ces indications permettent aux lecteurs de prendre des décisions éclairées quant à la pertinence du livre en fonction de leurs besoins, préférences ou considérations personnelles. Ils [aident à] éviter des expériences de lecture potentiellement inconfortables ou inappropriées tout en respectant la diversité des sensibilités et des attentes des lecteurs. Les avertissements […] sont étroitement liés au concept de safe space« .

    Le livre est un « safe space » par essence. L’endroit insécurisé qui est révélé par la lecture, c’est notre propre psyché. La littérature, l’art en général, doit s’attacher à sa liberté d’offrir des expériences inconfortables, impertinentes, inappropriées, indifférentes aux préférences et considérations personnelles des lecteurs. L’art, s’il doit avoir une fonction sociale (et c’est discutable), peut être un espace de perturbation du statu quo, en particulier le statu quo internalisé du lecteur. L’art nous sort de nous.

    Si nous l’utilisons uniquement pour qu’il conforte nos biais et croyances et visions du monde préexistants, pour qu’il nous maintienne dans le paradigme que nous connaissons déjà, il n’est qu’un produit de consommation comme un autre, destiné à répéter le discours dominant, outil de propagande passive. L’ont bien compris les grands patrons impérialistes des grands groupes éditoriaux.

    Je lis (et écris !), de temps en temps, des livres confortables, mais je ne me leurre pas à leur sujet. Il leur manque cette capacité à éclairer pour moi le monde sous un jour nouveau.

    Il ne s’agit pas de perturber gratuitement, de choquer pour choquer, mais de produire une œuvre sincère et vulnérable, et d’accepter que l’Autre, qui reçoit notre vérité la plus crue, puisse la trouver inconfortable. C’est à mon sens là, dans ces espaces de friction entre soi et le monde, entre soi et l’altérité, que l’on peut réellement grandir, et que l’existence trouve un semblant de sens.

    Échapper à l’inconfort, s’enfermer, collectivement, dans l’injonction à ne pas déranger, c’est peut-être là le plus cavalcadant des hippodrames.

    Photo de Morgan Housel sur Unsplash

  • Tracer sa route

    Tracer sa route

    Nombreux sont ceux que les chemins balisés aux pavés bien alignés rassurent. Je les ai en horreur. Je préfère la sente qui s’échappe entre les arbres, dont on ne sait dire si c’est une trace laissée par un animal ou le dessin esquissé par une coulée d’eau ou une simple illusion d’optique. Il se dégage une certaine forme de passivité chez les arpenteurs de routes préétablies. Tant que la route n’existe pas, ils n’osent pas se lancer. La peur les paralyse. Peur de se perdre ou de finir bloqué par une falaise, obligé de faire demi-tour.

    Pour les traceurs de chemins inédits, l’idée de se perdre euphorise. La falaise invite à l’escalade. L’excitation de découvrir des territoires vierges, d’espaces inédits, l’emporte sur les risques. Ce n’est pas pour défier la mort, pas pour la gloire de la découverte, c’est pour la joie de suivre sa propre route, y compris lorsqu’elle s’enfonce dans les fourrés griffus et qu’ils prélèvent leur taxe sanglante.

    Loin des clichés véhiculés par les dictons vides de sens, je vais plus loin et plus vite seul qu’accompagné. Mon attention moins distraite par les bavardages des compagnons de route, moins ralenti par leurs besoins de faire des pauses ou du tourisme, me voilà libre de fondre sur mon cap. La fatigue et l’épuisement viennent des autres, toujours. De leurs priorités qui se heurtent aux miennes.

    J’apprends.

    Que le silence parfois pesant de la forêt est un maigre prix à payer pour ouvrir la route à ceux qui suivront. Qu’il ne s’agit pas de s’enorgueillir d’être devant. Qu’être éclaireur signifie aussi être à l’écart, en marge. Que cela veut dire que la majorité des conseils de « bon sens » ne s’appliquent pas à vous (le « bon sens », c’est celui qui a été entériné par la tradition, c’est-à-dire qu’une masse suffisante a suivi cette voie pour arriver à destination, ce qui est l’opposé de notre démarche).

    À m’éclairer à la faible lueur d’une torche fatiguée laissée là par l’un de mes rares prédécesseurs. Ils sont durs à trouver les témoignages des autres éclaireurs. Ils ne bénéficient pas de l’éclat médiatique des chantres de la voie établie. Leurs journaux se passent de la main à la main, entre voyageurs. La rencontre de hasard, la bonne fortune et ses revers, tout cela fait office de compagnie pendant le voyage, d’indice de route à emprunter, de chemin tracé de cailloux blancs brillants sous la lumière de la lune.

    On se reconnaît entre nous. À notre humilité face à l’existence. Au frisson qui nous traverse quand le vent se lève. À notre volonté sans faille de plonger dans le vide, les bras ouverts à la rencontre du moment où l’air nous soulèvera, où nos ailes se déploieront. Comprendra qui peut.

    Photo de Andy Mai sur Unsplash

  • Silence

    Silence

    C’est dans le silence offert par une solitude prolongée que la pensée peut se former. Dans une société du bruit omniprésent, où tout est pensé pour court-circuiter ce rapport privilégié à soi-même, ces espaces doivent être façonnés avec soin et protégés avec la détermination qu’un animal sauvage met à défendre son territoire. Les frontières ne doivent pas seulement être tracées sur une carte mais des douves doivent être creusées et remplies de lave maintenue à température de fusion.

    Ce n’est que la première étape. Le premier squatteur du silence, c’est l’ennui. Il se comporte mal. Il est du genre à soupirer fort pour que l’on perçoive bien qu’il est mécontent. Il donne des coups de pieds dans les murs, jongle avec une cannette vide, trouve que le silence, c’est trop vide et trop inerte. Il faut le laisser faire. Ignorer ses récriminations autant que possible. Tolérer ses impatiences. Passer outre. Le traverser comme on traverse une ruelle sans éclairage une nuit de nouvelle lune, un pas après l’autre, tête rentrée dans les épaules, sans s’attarder.

    De l’autre côté de l’ennui, les premières pensées font surface. Maladroites, elles suscitent notre indignation, masque de notre honte d’avoir aussi peu de jugeote ou d’originalité, ou les deux. D’autres squatteurs s’invitent dans notre silence. Ce sont nos jugements. Souvent accompagnés du souvenir de nos humiliations passées, ils censurent nos pensées à peine esquissées. Ils tentent de museler nos idées en étouffant leurs murmures pourtant timides. Ceux-là, on les baffe quand ils surgissent. Il ne sert à rien de raisonner avec eux, ils sont d’une mauvaise foi sans égale et réduiront à néant la moindre de nos argumentations. À la limite, leur dire qu’ils ont peur de fantômes, que nos anciennes humiliations ne présagent pas de celles à venir.

    Après tous ces efforts, une voix nous suggère que nous avons bien mérité une pause : une petite détente ou un léger casse-croûte. On se laisse facilement convaincre et c’est sans conséquence si l’on ne profite pas de cette pause pour inviter le bruit du monde dans notre bulle de silence si chèrement conquise. Évitons, donc, de consulter les infos, de lancer une série ou un jeu, d’ouvrir un livre ou de lancer un album de musique. Interdiction absolue de passer un coup de fil ou d’ouvrir une application de réseau social. Les mails sont périlleux. La fenêtre (physique) passe encore.

    La pause passée, il est temps de s’y mettre. Les pensées qui s’expriment une fois les jugements muselés se révèlent souvent plus robustes et mieux formées, parce que plus matures, plus éprouvées, que les esquisses des premières heures. Il aura fallu du temps et de la rigueur pour parvenir ici. Quelques mots donneront les prémices d’une forme à notre pensée. Écrire pour avoir de la matière à réécrire. Ce n’est possible que dans cet espace précieux et fragile que l’on aura bâti et préservé avec une sauvagerie bestiale, jour après jour.

    Oui, parce que le silence n’est jamais acquis. Chaque jour, il nous faut recommencer. Repartir de zéro, ou de zéro point zéro zéro zéro un. Nos victoires du jour nous offrent une avance mineure le lendemain. C’est fastidieux et épuisant, mais c’est à ce prix que l’esprit se consolide, que notre singularité se fait jour, que nos œuvres naissent et qu’elles ont quelque chose à dire du monde et de l’expérience humaine.

  • Rythmes

    Rythmes

    Parfois la vie à 1000 à l’heure. Parfois plus lent qu’un escargot. Un pas en avant nous rapproche même s’il est minuscule.

    Au théâtre, l’autre jour, on a fait cet exercice : sans jamais rester immobile, être le dernier à arriver au bout du plateau. Puis, sans jamais courir, être le premier à arriver au bout.

    Atteindre l’objectif, gagner, ça ne se fait pas toujours en étant le plus rapide.

    Il y a quoi à apprendre dans la lenteur ? Pas juste la patience, mais aussi une meilleure écoute de nos réels désirs, de nos vrais besoins, des paradigmes et des postulats qui nous en éloignent. Dans la lenteur, j’apprends à renforcer mes ancrages. Je me rends plus solide. Pour mon futur, pour mon présent. Pour toi.

    Dans la lenteur, je resserre mon axe. Je concentre mon essence. J’élague ma vie. C’est dingue, quand on y pense, cette nécessité que l’on ressent à régulièrement faire le tri dans l’existence. On dégage des trucs qui nous ont servi, qui ne le font plus. On a grandi, c’est pour ça. Le vent de l’existence nous a tordu, il faut nous adapter. Pousser les murs, changer d’environnement. Couper les liens qui ne nous soutiennent plus.

    Avancer lentement, c’est l’opportunité de laisser nos racines creuser la terre. De s’enrouler autour du cœur magmatique de la planète, qui est la source de notre pulsation primaire.

    C’est aussi dans la lenteur que peut se reconstruire patiemment le bonheur.

    Photo de Nikola Tasic sur Unsplash