Ça va bientôt être le temps de faire un bilan de mi année, pour voir ce que j’ai réalisé, ce que j’ai appris, et décider de la direction que j’ai envie de prendre pour après.
Où est la spontanéité là-dedans ?
La spontanéité est overrated.
Si je veux gravir l’échelle de ma propre réussite (vivre en tournée, écrire, publier, donner du plaisir aux gens) je dois garder les yeux sur la ligne d’horizon.
Abandonner sans scrupule le lest qui me retient au sol. Être prompt à prendre des décisions et à réaliser mes idées.
Warhol disait « ne te préoccupe pas de savoir si ton art est bon ou mauvais. Fais de l’art et pendant que les autres débattent pour décider s’il est bon ou non, fais davantage d’art ».
J’aime quand ça va vite. J’ai eu des périodes plus rapides que maintenant. C’est ok. Ça reviendra.
De mille à l’heure je suis passé à cent à l’heure. C’est toujours mieux que mes périodes arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence.
Je reprends de la vitesse. Regardez-moi m’élancer sur le runway. Regardez bien, je m’apprête à décoller.
Progress : 38/100
Outside : je ne sais plus que c’est que l’extérieur
Soundtrack : le silence et les bruits de pas dans l’appart du dessus.
PS : Certains chapitres de l’aventure durent dix ans. La route s’arrête pendant une décennie, puis reprend. Ça ne fait jamais qu’un chapitre.
Je ne sais pas comment c’est pour les autres mais chaque jour je voyage dans mon cerveau à la recherche du spot où se trouve ma concentration.
C’est un endroit particulier. Je ne sais pas s’il se déplace ou si c’est le chemin pour y aller qui est en mouvement mais certains jours je me perds à essayer de le trouver.
Quand j’y suis, je me sens bien. Posé. Home.
J’ai vraiment cette sensation d’un lieu physique. C’est probablement le cas. Je me demande si ma conscience est comme un petit bonhomme qui se promène dans les méandres de mes synapses, une lampe de poche à la main, un plan froissé sur du papier jauni par le temps (ou un GPS ??) dans l’autre.
Une bonne partie de mes journées consiste à trouver cet endroit. Une fois que j’y suis (les jours où je le trouve), tout est fluide.
Pour trouver ce chemin, je dois filtrer les sollicitations qui agitent mon cerveau : les sons, les lumières, le mouvement, les idées. Privation sensorielle, privation médiatique. Casquette bien enfoncée sur la tête, écouteurs dans les oreilles, média bloqués par plusieurs couches de plugins qui rendent mon ordinateur étanche au bruit du monde. Là je peux espérer trouver un fil de pensée qui soit le mien et le dérouler.
Le café aide.
Bx. 29.5.23
Projet Alfred [wppb progress= »37/100″ option= »candystripe orange » location=inside]
Outside il fait chaud, les gens sont à la plage. Hier l’orage a grondé. Tonné. Le vent a soufflé à disperser des pétales de fleurs partout sur la terrasse. Il a à peine plu.
Inside j’ai ôté mon pull. C’est frais. Les mots reviennent.
J’envoie de temps en temps des récits de mes voyages intérieurs par email. Et des histoires, aussi.
Le vide d’après, c’est une bonne source de procrastination, ça.
Là je sais ce que j’ai. Le projet en attente. Le projet qui va prendre du temps. Le projet qui pourrait être fini en un mois si je me bougeais. Rien ne m’empêche en fait de m’y mettre à fond. De m’enfermer dans ma bulle, pas d’internet, pas de distraction, juste moi et le projet et 3-4000 mots par jour. Hop, 100.000 en un mois. Un petit mois de réécriture. Fin de l’histoire.
Mais je n’aime pas cette version. C’est pas que ce soit difficile de faire ça. C’est que c’est difficile de me dire qu’après c’est back to square one. Back to uncertainty. Une autre incertitude. Celle de savoir sur quoi je travaille maintenant, comment j’avance, dans quelle direction.
Je ne pensais pas que ça me pesait autant. Je veux dire, je sais que l’incertitude me pèse. J’ai choisi cet inconfort, pas de problème. J’aime pas mais c’est un maigre désagrément pour la liberté qu’elle permet. C’est plus que ça m’a surpris de ressentir avec autant d’évidence que, oui, c’est une source d’évitement. Que là, je suis bien. Je vis ma meilleure vie comme on dit. Il y a un éditeur qui attend mon texte, je suis payé pour. C’est assez idéal.
Je n’avais pas compute que de l’autre côté, quand le texte sera rendu et le contrat rempli, ce sera le vide. Je ne sais pas s’il y aura un autre projet avec lui. Peut-être, peut-être pas. Je ne sais pas quand. Je sais juste qu’une fois ce projet rendu, je redeviens un auteur en prospection avec cette question latente, toujours : « et si je ne trouve rien d’autre ? » qui, pour absurde qu’elle soit, m’empêche de dormir sereinement.
J’ai fait un grand pas ce matin en mettant le doigt là-dessus.
Parce que maintenant je peux travailler sur cette sensation. J’allais dire cette crainte. Ce n’est pas juste une crainte, c’est une expérience que je connais bien, cette expérience d’être « en prospection ». Je ne sais pas encore ce que je vais faire pour me la rendre moins bloquante, cette période qui s’annonce. Je trouverai. Je trouve toujours.
Ce dont je suis curieux maintenant c’est de savoir si cette réalisation (et le travail d’apaisement qui va suivre) vont changer ma manière de travailler, ma rapidité et mon efficacité. Je me demandais pourquoi j’étais si lent. Si distrait. Je sentais bien que ce n’était pas le projet le problème, le projet est cool, l’histoire est claire, les persos bien définis, ma méthode solide.
À suivre.
Projet Alfred : [wppb progress= »35/100 épisodes » location=inside]
Dehors : Le printemps n’en finit pas.
Inscrivez-vous à ma newsletter pour des emails exclusifs (et irréguliers) :
Je ne suis pas satisfait de ma vie en ce moment et je ne sais pas ce qui pourrait me rendre satisfait.
En vrai je me dis que ce n’est pas grave de ne pas être satisfait.
Que je peux accepter de ne pas l’être.
Ce n’est pas un problème que d’être insatisfait, pas plus que la souffrance (liée au désir (cf. Bouddha)) ne l’est. Le problème vient de ce que j’en fais un problème. Je pourrais dire « voilà où j’en suis objectivement. Et voilà ce que je ressens (de l’insatisfaction) ». Simple constat.
Mais je suis là à me dire « je ne devrais pas être insatisfait » alors que… pourquoi ne pas l’être ? c’est amusant d’être insatisfait, ça fait plein de choses dans le corps. Des sensations. Des frissons. Des tensions de ressort qui attend de jaillir.
Non, le problème c’est de ne pas avancer vers mes objectifs. D’avoir conscience de mes échéances et des points ambitieux que je veux atteindre, et d’avoir l’énergie de la distraction, de la dispersion (probablement parce que j’ai trop de priorités en compétition).
Une part de moi voudrait ne rien faire. S’allonger au soleil et laisser passer les jours.
Et une autre voudrait briller. Recevoir des accolades de la société.
Et une autre souhaite qu’on la laisse tranquille.
Une partie voudrait être déjà morte. L’autre voudrait être immortelle.
Note que ces deux envies sont deux manières d’échapper au passage du temps, à l’insupportable urgence qui accompagne la vie.
Trop courte, elle ne laisse que peu de place à la flânerie, au temps perdu. Si l’on veut finir sa vie en se disant que l’on a bien vécu [mais peut-être que vivre, c’est déjà bien vivre. (Peut-être que bien vivre, c’est s’affranchir des ambitions fabriquées socialement. {On n’est pas là pour « devenir quelqu’un » mais pour profiter de l’instant, profiter des saisons et du soleil. Pas pour s’acharner à faire quelque chose de son temps sur Terre mais simplement pour traverser ce temps. Il n’y a pas d’autre accomplissement à souhaiter que celui d’avoir été.})]
L’humain est une créature paradoxale. Faire tenir ces paradoxes exige une attention et une volonté constantes. On ne maintient pas le paradoxe sans effort parce que le mental veut les résoudre. Il dit « c’est comme ça », à l’exclusion de tout ce qui contredit « ça ». Il dit « je suis ambitieux » et exclut toutes les parts de soi qui aspirent à la détente et à envoyer balader les accolades. Il ne sait pas dire « je suis ambitieux et paresseux et satisfait et frustré et libre et contraint… »
C’est pourtant là qu’est là clé à toutes nos peines. Dans l’acceptation de notre nature paradoxale. « Je désire et je ne désire pas. J’aime et je n’aime pas ». En même temps.
L’absolutisme nous a coupés de la richesse de notre être.
D’une part de notre richesse devrais-je dire.
Du nuancier de nos expériences.
On ne devrait pas chercher à résoudre nos paradoxes mais les embrasser avec encore plus de détermination.
Oui, je suis paradoxal.
Oui, je suis inconstant.
Cette inconstance trouve mal sa place dans la société très ordonnée très carrée très optimisée et déterminée dans laquelle j’ai été jeté. Je ne me reconnais pas dans cette recherche de constance. Je m’y plie quand je suis fatigué de me justifier pour mes inconstances. « Mais tu avais dit que… » « Oui, et j’ai changé d’avis ».
Lundi je dis « j’irais bien voir ce film ». Jeudi, quand tu me proposes une séance, je dis « je n’ai pas envie de le voir ».
Je me force à la constance uniquement parce qu’elle facilite la communication. Mais c’est un masque, un artifice.
Projet Arthur 34 ½ /100 Dehors : le pollen me rougit les yeux.
Il y a une certaine dimension obsessionnelle dans n’importe quelle carrière artistique. Cet ardent désir de « percer », que ce soit en terminant son projet ou en accédant enfin à la reconnaissance qui nous semble importante — reconnaissance qui dépend de chacun et de chaque moment de vie. Cette reconnaissance, ça peut être un simple « Great job » ou le rire d’un ami pendant qu’il lit notre texte. Ça peut être un prix ou une place dans une liste de best sellers. Ça fluctue. On ne veut pas tous la reconnaissance médiatique et on ne la veut pas tout le temps.
La difficulté de nos métiers c’est la précarité des résultats. Chaque jour un combat contre nos résistances internes, contre la confusion qui accompagne chaque acte créatif, contre les sollicitations du monde extérieur, contre les plaisirs immédiats qui offrent de nous soulager de la tension qui sous-tend la création.
Créer exige de travailler sur soi tout le temps. Ce que je veux dire. Comment je veux le dire. À quelles références je m’accroche. Quelles références je lâche parce que je les ai outgrown. Comment je ne lâche rien sur mes exigences mais je lâche sur mon perfectionnisme, parce qu’il vaut mieux un livre imparfait publié qu’un livre pas publié mais il vaut mieux un bon livre publié qu’un livre médiocre publié. Évidemment, sinon ce serait trop simple, c’est subjectif « bon » ou « médiocre ».
Le même auteur fier de son premier roman le regardera avec une tendresse un poil méprisante quand il aura écrit son vingtième livre. C’est le prix à payer pour s’améliorer constamment, pour le développement de sa compétence et de sa maîtrise.
Je suis un très bon auteur et j’écris encore tous les jours de très mauvais textes. Ce qui me rend bon, c’est ma capacité à retravailler. À jeter. À ne garder que les 20% les meilleurs. Sauf ici. Ici je publie tout sans me relire. Sans trier. Presque sans trier. Il y a un peu de censure parce qu’il y a votre regard.
Chaque jour, j’ai un objectif : arracher 20 minutes de concentration totale.
Si je peux atteindre ça. Si pendant 20 minutes je peux m’absorber dans un texte à fond, y être immergé au point d’effacer de ma conscience tout ce qui n’est pas le texte, alors ma journée est bonne.
Certains jours je n’atteins pas cet objectif. Alors je suis bon à ramasser à la serpillère. Je me dissous. Je ne suis plus là pour rien. C’est un désastre.
La plupart des jours j’y arrive.
Les bons jours, je peux trouver jusqu’à une heure de cette concentration.
Les jours exceptionnels, peut-être deux heures.
C’est important parce que c’est dans ces moments de concentration-là que je progresse. Que le projet se solidifie. Que ma pratique se consolide.
Le reste du temps, je peux travailler, je peux coucher des mots. Ils n’ont pas la même précision. Pas la même force. C’est la plupart de mes mots. Ce sont ceux que je retravaille. Je ne peux les retravailler que parce que j’ai les autres, les solides.
Chaque jour, recommencer. Remettre la mise (mon temps) sur le tapis, peu importe la main qui m’a été distribuée (ma fatigue, les sollicitations externes, la clarté ou la confusion de mes idées, mes émotions, tout ce que je ne choisis pas), et espérer que j’arracherai mes 20 minutes de concentration totale.
Le reste. Le processus. La méthodologie. Les stratégies de projet. Le journal d’écriture. Le journal de bord. Même ce blog. Tout le reste est au service de ces 20 minutes, vise à les faciliter, à les rendre non seulement probables mais inévitables.
Inbox : 0 Projet Alfred :29 ¾ /100 Dehors : ciel bleu, bouchons attendus en fin de journée.
Je suis pas un family man, je trouve ben plate la notion de famille traditionnelle. Mais je suis un père. Ça oui. Ça me fait ben tripper d’être un papa.
J’aime que les enfants soient à la maison, être là pour eux, parler avec eux, leur donner de l’amour pour qu’ils se sentent forts quand ils vont partir dans vie.
Mais le couple, la famille avec ses rituels de dîner ensemble, ses dimanche ensemble, de dormir à deux tous les soirs, j’ai de la misère avec ça. C’est pas quelque chose qui me donne du bonheur. C’est pas quelque chose à quoi j’aspire.
Moi le dimanche, j’aime travailler seul dans mon coin.
Comme dans la chanson de Mazué : « travailler quand les autres non, chais pas, j’aime bien ».
On associe ça, pourtant, le couple et la parentalité. On peut aspirer à être parent sans aspirer à « fonder une famille » (je mets les guillemets pour insister sur toutes les représentations que porte avec elle cette expression).
On peut être co-parents sans être en couple ni même amis.
On peut faire famille sans entrer dans les cases, être le parent d’un enfant dont on n’est pas le géniteur.
J’ai eu un ami dans une autre vie, grandi dans communauté du lac Saint Jean. Il me disait « toute la communauté est ma famille. Chez nous, les enfants sont la responsabilité de tous les adultes ». Je trouvais ça génial, cette idée que les enfants aient non pas un foyer mais plein. Pas une influence (celle du couple parental) mais plusieurs (celles de tous les membres de la communauté). La richesse de valeurs que ça apporte !
Pour moi qui ai été élevé dans la notion de la famille comme un clan méfiant de l’extérieur et replié sur lui-même par défaut, c’était une ouverture formidable.
Il y a donc ce truc de bonheur dans la parentalité, d’épanouissement dans la parentalité au sens large.
Que je sépare de l’idée de couple. Parce que je n’ai pas cette aspiration-là.
L’amour et l’amitié, oui. Le couple, non.
C’est pas une question de liberté. Souvent on entend les gars dire « je tiens à ma liberté, je veux pas être enchaîné à quelqu’un » mais moi c’est pas une question de liberté. J’aime ça être relié. J’aime ça être en quelque sorte embarqués dans la même vie. En quelque sorte « partenaires » de vie, tu vois, copilotes d’une partie de notre route.
Ce n’est pas une question de liberté.
C’est plus une question de tempérament.
Qu’y a quelque chose qui me dit rien de trop dans ces choses qu’on associe à la vie de couple.
J’aime bien avoir des gens dans ma vie mais pas omniprésents.
Des amis qui passent, que je vois au hasard de mes déambulations et quand je m’enferme dans ma grotte, ben c’est pas que je les oublie, c’est que je suis ben comme ça.
Anyways.
Je me faisais cette réflexion qu’on n’a pas besoin de vouloir faire sa vie avec quelqu’un pour avoir envie d’être parent. Qu’il y a beaucoup à déconstruire de nos habitudes de pensées, de nos représentations devenues des automatismes.
Que dans le fait d’apprendre ses nuances intérieures, il y a tout un travail de reconnaissance des automatismes qu’on a hérités de notre culture et de notre éducation (au sens large, pas seulement celle des parents mais aussi ce qui nous a été refilé par la société).
inbox 0 On deck – Projet Alfred – 29½ / 100 Money Down the drain, red alert ‼️🔴 Mood Up and peaceful