Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 31.5.23

    C’est l’anniversaire de Sophie. Je ne l’ai pas revue depuis presque 20 ans. Pourquoi je me souviens de la date ? Mon cerveau retient des trucs des fois… Je sais pas…

    Je fixe la quarantaine dans le blanc des yeux comme le début de ma vie.

    Tout est encore à vivre, à découvrir, à inventer, à construire, à détruire, puis recommencer.

  • 30.5.23

    Fuck. 30 mai, déjà !

    Ça va bientôt être le temps de faire un bilan de mi année, pour voir ce que j’ai réalisé, ce que j’ai appris, et décider de la direction que j’ai envie de prendre pour après.

    Où est la spontanéité là-dedans ?

    La spontanéité est overrated.

    Si je veux gravir l’échelle de ma propre réussite (vivre en tournée, écrire, publier, donner du plaisir aux gens) je dois garder les yeux sur la ligne d’horizon.

    Abandonner sans scrupule le lest qui me retient au sol. Être prompt à prendre des décisions et à réaliser mes idées.

    Warhol disait « ne te préoccupe pas de savoir si ton art est bon ou mauvais. Fais de l’art et pendant que les autres débattent pour décider s’il est bon ou non, fais davantage d’art ».

    J’aime quand ça va vite. J’ai eu des périodes plus rapides que maintenant. C’est ok. Ça reviendra.

    De mille à l’heure je suis passé à cent à l’heure. C’est toujours mieux que mes périodes arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence.

    Je reprends de la vitesse. Regardez-moi m’élancer sur le runway. Regardez bien, je m’apprête à décoller.

    Progress : 38/100

    Outside : je ne sais plus que c’est que l’extérieur

    Soundtrack : le silence et les bruits de pas dans l’appart du dessus.

    PS : Certains chapitres de l’aventure durent dix ans. La route s’arrête pendant une décennie, puis reprend. Ça ne fait jamais qu’un chapitre.

  • Voyager dans mon crâne

    Je ne sais pas comment c’est pour les autres mais chaque jour je voyage dans mon cerveau à la recherche du spot où se trouve ma concentration.

    C’est un endroit particulier. Je ne sais pas s’il se déplace ou si c’est le chemin pour y aller qui est en mouvement mais certains jours je me perds à essayer de le trouver.

    Quand j’y suis, je me sens bien. Posé. Home.

    J’ai vraiment cette sensation d’un lieu physique. C’est probablement le cas. Je me demande si ma conscience est comme un petit bonhomme qui se promène dans les méandres de mes synapses, une lampe de poche à la main, un plan froissé sur du papier jauni par le temps (ou un GPS ??) dans l’autre.

    Une bonne partie de mes journées consiste à trouver cet endroit. Une fois que j’y suis (les jours où je le trouve), tout est fluide.

    Pour trouver ce chemin, je dois filtrer les sollicitations qui agitent mon cerveau : les sons, les lumières, le mouvement, les idées. Privation sensorielle, privation médiatique. Casquette bien enfoncée sur la tête, écouteurs dans les oreilles, média bloqués par plusieurs couches de plugins qui rendent mon ordinateur étanche au bruit du monde. Là je peux espérer trouver un fil de pensée qui soit le mien et le dérouler.

    Le café aide.

    Bx. 29.5.23


    Projet Alfred [wppb progress= »37/100″ option= »candystripe orange » location=inside]

    Outside il fait chaud, les gens sont à la plage. Hier l’orage a grondé. Tonné. Le vent a soufflé à disperser des pétales de fleurs partout sur la terrasse. Il a à peine plu.

    Inside j’ai ôté mon pull. C’est frais. Les mots reviennent.

    J’envoie de temps en temps des récits de mes voyages intérieurs par email. Et des histoires, aussi.

  • 27.5.23

    Ce matin. Réveillé à 9h30. Full là.

    Pas assez dormi. Plus de café. Plus de beurre, plus de confiture, plus d’argent. Je mange une pomme. Il me reste des bananes. Deux sachets de thé. Lundi, c’est férié. Une poignée de pâtes et un paquet de lentilles. Et l’argent du livre qui n’arrive pas.

    Je me réveille au son des « je devrais… »

    Je devrais écrire tous les jours

    Je devrais publier des articles hebdomadaires sur l’écriture

    Je devrais être régulier dans l’envoi de mes contenus

    Je devrais construire une plateforme

    Je devrais me plier aux règles du système.

    Je me dis : « je ferais bien du jeu vidéo, il y a de l’argent. » Puis, « c’est un autre système d’exploitation auquel je n’ai pas envie de participer ».

    Le problème est là. Où que je regarde, je suis cerné. Partout c’est exploitation ou auto-exploitation. S’astreindre à des objectifs quantifiables (SMART), c’est s’autosurveiller, s’autoexploiter. On s’humilie soi-même à grands renforts de sentiment d’échec, de sentiment d’imposture. On adhère à une histoire qui perpétue les valeurs du système qui nous détruit, réduisant l’humain à sa capacité de production.

    Comment y échapper ? Ne pas produire, c’est disparaître sous la vague des notifications, des breaking news, des articles de blog, des épisodes de podcaste. Barrage constant de contenu qui balaie le contenu précédent.

    Le sens n’a pas le temps de se construire.

    Le cerveau ne s’accroche qu’à des courants d’air, à des gouttes égarées tombées ou expulsées d’un nuage où l’on ne voulait plus d’elles.

    « Il pleut là ? » « Je ne sens rien, moi » *hausse les épaules*

    Seuls s’imposent quelques œuvres capables de capter notre attention et de toucher notre humanité. Un film de Jim Jarmusch, un roman de Coupland, une chanson de Jean Leloup, un poème d’Émile Nelligan.

    On y est, dans Idiocracy.

    Assiégés par les écrans.

    Consommant nos vies sans les vivre.

    La tyrannie des chiffres et du quantifiable comme un moyen de chasser l’angoisse de la mort, de l’incertitude, du chaos, pour fuir l’ennui de notre propre inertie, pour jeter le voile du déni sur notre complaisance avec des vies qui ne sont que l’ombre d’elles-mêmes.

    Vivre, ça n’est pas produire.

    Vivre, c’est vibrer, aimer, espérer, souffrir.

    *

    Pourquoi l’Homme s’est mis en tête de contrôler une mécanique aussi parfaite que celle-ci, je ne comprends pas. Enfin, je comprends le vertige de ne rien contrôler, l’outrage face à la mort, je comprends le sentiment rassurant de se dire « je peux prédire l’avenir » parce que l’on a à ce point bétonné, canalisé, verrouillé, planifié, mesuré, que l’on pense pouvoir laisser l’imprévu dehors, at bay.

    Mais le chaos s’infiltre par la plus infime des brèches. Il est présent en chacun de nous. Il est ce qui permet au monde d’exister. Sans chaos, il n’y a pas de vie.

    On peut prédire que le chêne donnera des glands. Que de ces glands naîtront d’autres chênes. On ne peut pas savoir lequel des glands germera, lequel des germes survivra à la sécheresse, aux inondations, à la biche en quête de tendre nourriture, aux parasites, aux maladies…

    On peut le rationaliser en disant : « c’est un système de sélection naturelle. Seuls les plus forts survivent et assurent ainsi la préservation de l’espèce ».

    Ça n’enlève rien à la brutalité de la réalité.

    Le chaos est la règle.

    Notre guerre pour le contrôle (l’hypercontrôle) est perdue d’avance. Pourquoi ne pas nous en épargner le coût et nous autoriser à vivre ?

    Le coût, c’est notre plaisir, notre décontraction, notre plénitude, notre insouciance, notre émerveillement, notre paresse, nos sentiments, nos folles passions amoureuses, nos coups de tête joyeux.

    Le système nous punit pour notre légèreté. Les moralistes nous préviennent à longueur de fable : « Vous chantiez ? Et bien dansez maintenant ».

    Le système récompense les bons petits soldats, les bons élèves, ceux qui rentrent dans le rang et se plient à ses attentes.

    Il cherche sa propre perpétuation.

    C’est pourquoi il est si dur de s’arracher à lui, d’échapper à l’exploitation. C’est pourquoi, dans un twist formidable, le système a réussi à faire de nous nos propres exploiteurs. L’industrie du « développement personnel » en est le fer de lance. On y apprend à se surveiller, à se quantifier, à se prévoir, on y crée le cadre de notre propre sujétion aux impératifs de la vie quantifiée, quantifiable, planifiable.

    On valorise la constance au détriment de la surprise.

    On valorise la régularité au détriment de l’impulsion.

    On dit don’t snooze quand il est si doux, ce moment d’entre-deux du réveil. Ni tout à fait là ni tout à fait parti. Le corps alangui, détendu, à la parfaite température. L’esprit savourant encore ses rêves, commençant à étirer ses tentacules vers la journée qui s’offre.

    *

    Je suis coupable.

    Coupable d’avoir bu les paroles des prophètes qui promettent une vie sur mesure (mais se gardent bien de dire qui prend les mesures).

    Coupable d’avoir été séduit par les promesses d’une vie sans mauvaise surprise. D’un contrôle total sur le tourbillon de mes émotions.

    Coupable d’avoir réduit mon existence à une série de chiffres.

    D’avoir mesuré ma valeur à l’aune de leurs critères.

    D’avoir évalué ma réussite et mon succès selon les définitions que d’autres ont établies.

    Platon nous avait pourtant prévenus.

    Dans la grotte, ils se donnent des prix et des accolades pour leur aptitude à nommer rapidement les ombres.

    *

    Je veux être un amant du chaos.

    Un trickster.

    Un clown.

    Un bouffon.

    Ni totalement dans le système ni tout à fait en-dehors.

    C’est un travail d’équilibriste.

    Une discipline mentale exigeante. Savoir garder son intégrité, cultiver la surprise et le chaos. Se rappeler que l’inconfort et la faim font aussi parfois partie du deal. Que l’incertitude est la règle.

    *
    Lire Illich

  • 24.5.23

    Le vide d’après, c’est une bonne source de procrastination, ça.

    Là je sais ce que j’ai. Le projet en attente. Le projet qui va prendre du temps. Le projet qui pourrait être fini en un mois si je me bougeais. Rien ne m’empêche en fait de m’y mettre à fond. De m’enfermer dans ma bulle, pas d’internet, pas de distraction, juste moi et le projet et 3-4000 mots par jour. Hop, 100.000 en un mois. Un petit mois de réécriture. Fin de l’histoire.

    Mais je n’aime pas cette version. C’est pas que ce soit difficile de faire ça. C’est que c’est difficile de me dire qu’après c’est back to square one. Back to uncertainty. Une autre incertitude. Celle de savoir sur quoi je travaille maintenant, comment j’avance, dans quelle direction.

    Je ne pensais pas que ça me pesait autant. Je veux dire, je sais que l’incertitude me pèse. J’ai choisi cet inconfort, pas de problème. J’aime pas mais c’est un maigre désagrément pour la liberté qu’elle permet. C’est plus que ça m’a surpris de ressentir avec autant d’évidence que, oui, c’est une source d’évitement. Que là, je suis bien. Je vis ma meilleure vie comme on dit. Il y a un éditeur qui attend mon texte, je suis payé pour. C’est assez idéal.

    Je n’avais pas compute que de l’autre côté, quand le texte sera rendu et le contrat rempli, ce sera le vide. Je ne sais pas s’il y aura un autre projet avec lui. Peut-être, peut-être pas. Je ne sais pas quand. Je sais juste qu’une fois ce projet rendu, je redeviens un auteur en prospection avec cette question latente, toujours : « et si je ne trouve rien d’autre ? » qui, pour absurde qu’elle soit, m’empêche de dormir sereinement.

    J’ai fait un grand pas ce matin en mettant le doigt là-dessus.

    Parce que maintenant je peux travailler sur cette sensation. J’allais dire cette crainte. Ce n’est pas juste une crainte, c’est une expérience que je connais bien, cette expérience d’être « en prospection ». Je ne sais pas encore ce que je vais faire pour me la rendre moins bloquante, cette période qui s’annonce. Je trouverai. Je trouve toujours.

    Ce dont je suis curieux maintenant c’est de savoir si cette réalisation (et le travail d’apaisement qui va suivre) vont changer ma manière de travailler, ma rapidité et mon efficacité. Je me demandais pourquoi j’étais si lent. Si distrait. Je sentais bien que ce n’était pas le projet le problème, le projet est cool, l’histoire est claire, les persos bien définis, ma méthode solide.

    À suivre.

    Projet Alfred : [wppb progress= »35/100 épisodes » location=inside]

    Dehors : Le printemps n’en finit pas.

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  • 23.5.23

    Je ne suis pas satisfait de ma vie en ce moment et je ne sais pas ce qui pourrait me rendre satisfait.

    En vrai je me dis que ce n’est pas grave de ne pas être satisfait.

    Que je peux accepter de ne pas l’être.

    Ce n’est pas un problème que d’être insatisfait, pas plus que la souffrance (liée au désir (cf. Bouddha)) ne l’est. Le problème vient de ce que j’en fais un problème. Je pourrais dire « voilà où j’en suis objectivement. Et voilà ce que je ressens (de l’insatisfaction) ». Simple constat.

    Mais je suis là à me dire « je ne devrais pas être insatisfait » alors que… pourquoi ne pas l’être ? c’est amusant d’être insatisfait, ça fait plein de choses dans le corps. Des sensations. Des frissons. Des tensions de ressort qui attend de jaillir.

    Non, le problème c’est de ne pas avancer vers mes objectifs. D’avoir conscience de mes échéances et des points ambitieux que je veux atteindre, et d’avoir l’énergie de la distraction, de la dispersion (probablement parce que j’ai trop de priorités en compétition).

    Une part de moi voudrait ne rien faire. S’allonger au soleil et laisser passer les jours.

    Et une autre voudrait briller. Recevoir des accolades de la société.

    Et une autre souhaite qu’on la laisse tranquille.

    Une partie voudrait être déjà morte. L’autre voudrait être immortelle.

    Note que ces deux envies sont deux manières d’échapper au passage du temps, à l’insupportable urgence qui accompagne la vie.

    Trop courte, elle ne laisse que peu de place à la flânerie, au temps perdu. Si l’on veut finir sa vie en se disant que l’on a bien vécu [mais peut-être que vivre, c’est déjà bien vivre. (Peut-être que bien vivre, c’est s’affranchir des ambitions fabriquées socialement. {On n’est pas là pour « devenir quelqu’un » mais pour profiter de l’instant, profiter des saisons et du soleil. Pas pour s’acharner à faire quelque chose de son temps sur Terre mais simplement pour traverser ce temps. Il n’y a pas d’autre accomplissement à souhaiter que celui d’avoir été.})]

    L’humain est une créature paradoxale. Faire tenir ces paradoxes exige une attention et une volonté constantes. On ne maintient pas le paradoxe sans effort parce que le mental veut les résoudre. Il dit « c’est comme ça », à l’exclusion de tout ce qui contredit « ça ». Il dit « je suis ambitieux » et exclut toutes les parts de soi qui aspirent à la détente et à envoyer balader les accolades. Il ne sait pas dire « je suis ambitieux et paresseux et satisfait et frustré et libre et contraint… »

    C’est pourtant là qu’est là clé à toutes nos peines. Dans l’acceptation de notre nature paradoxale. « Je désire et je ne désire pas. J’aime et je n’aime pas ». En même temps.

    L’absolutisme nous a coupés de la richesse de notre être.

    D’une part de notre richesse devrais-je dire.

    Du nuancier de nos expériences.

    On ne devrait pas chercher à résoudre nos paradoxes mais les embrasser avec encore plus de détermination.

    Oui, je suis paradoxal.

    Oui, je suis inconstant.

    Cette inconstance trouve mal sa place dans la société très ordonnée très carrée très optimisée et déterminée dans laquelle j’ai été jeté. Je ne me reconnais pas dans cette recherche de constance. Je m’y plie quand je suis fatigué de me justifier pour mes inconstances. « Mais tu avais dit que… » « Oui, et j’ai changé d’avis ».

    Lundi je dis « j’irais bien voir ce film ». Jeudi, quand tu me proposes une séance, je dis « je n’ai pas envie de le voir ».

    Je me force à la constance uniquement parce qu’elle facilite la communication. Mais c’est un masque, un artifice.

    Projet Arthur 34 ½ /100
    Dehors : le pollen me rougit les yeux.