Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • 13.6.23

    Ça me manque la mélancolie du dimanche soir. Quand j’avais moins à faire. Quand je n’avais pas une todo list longue comme la distance entre la Terre de Baffin à Vancouver Islands.

    Maintenant c’est juste stress, stress, stress, stress. Pas de place pour d’autres émotions. Struggle, grind. Le temps passe. Le temps file. J’ai mille cibles à atteindre. Je ne sais pas très bien viser, mes flèches tombent souvent à côté.

    Fine. Je continue d’essayer.

    La mélancolie me manque parce qu’elle est reposante. Les journées perdues, à traîner dans mes errances.

    Ça reviendra.

    Ce n’est pas une question d’équilibre mais de marées. Le vide succèdera au trop-plein et l’ennui remplacera l’impatience.

    Je rêve de fuir. Monter dans un train au hasard. Tracer ma route sans m’arrêter. En ligne droite faire le tour du monde avant de revenir à mon point de départ. Fuir pour mieux me trouver, j’ai déjà fait ça. Ça n’a pas été concluant. Où que j’aille, je m’embarque dans mes bagages.

    Le stress m’accompagnera même si, d’accord, une partie de ma charge mentale restera en arrière.

    Fuir donne de l’élan. Fuir donne un souffle que l’immobilisme et la stagnation n’offrent pas.

    La force d’inertie est redoutable.

    M’arracher à mon environnement éclate mes habitudes. En faisant sauter mes repères, en changeant de lieu et d’horizon je mets à mal les automatismes que j’ai acquis ici (« ici » c’est n’importe quel endroit où je me sens à l’aise, que je connais, où c’est devenu confortable pour moi).

    Dans mes fantasmes, je mets le feu à mes affaires et je repars avec rien d’autre que les vêtements sur mon dos et les idées dans ma tête.

    La numérisation rend cela très difficile. Il reste des trace de soi dans le « nuage ». À moins de shut down toutes les fermes de serveurs du monde, disparaître relève du rêve.

    J’idéalise un monde dans lequel il suffisait de s’éloigner de quelques (centaines de) kilomètres pour arriver à un endroit où personne ne te connaissait, personne ne savait ni ne pouvait rien savoir sur toi. Où tu pouvais t’inventer un nom, une histoire, et un avenir sans être encombré par ton passé.

    Anyways.

    Cette période s’achèvera et je me plaindrai de ne pas avoir assez à faire. Go figure.

    Projet Alfred : 48 ¾ /100

    Dehors : Où ?

  • 11.6.23

    « travailler quand les autres non, j’sais pas, j’aime bien »

    Dimanche. Chaleur. Courte pause dans le rythme incessant des jours qui reviennent.

    J’arbore mon inconstance comme un badge d’honneur. À tort ou à raison.

    Alfred 48 1/2

    Dehors se déroule la vie dans toute sa beauté.

    La présence des enfants à mes côtés donne du sens à la mienne.

    Ils m’ancrent et m’apaisent.

  • 10.6.23

    Sur Patreon je prends l’idée d’un developer log.

    Partager un peu de mon journal d’écriture. J’abandonne l’idée, parce que je devrais censurer trop de passages pour préserver le secret sur le projet en développement.

    Je peux juste dire que je travaille tous les matins. Deux, trois, ou quatre heures selon les jours. J’ai comme objectif d’écrire minimum un épisode par jour. Mon stretch goal, c’est 3 épisodes par jour. Je l’ai fait une fois. Sur 48 épisodes, j’ai réussi une fois à en faire trois en une journée. J’essaye de comprendre ce qui me rend la tâche si difficile. Probablement le fait d’être en créa pure. Les idées se construisent au fur et à mesure de l’écriture. Ça demande un effort supplémentaire par rapport à, disons, quand tu couches sur le papier des idées que tu as déjà bien travaillé.

    Quand je fais un manuel, je rédige beaucoup plus vite parce que les idées sont déjà mûres.

    Là, je n’ai pas le temps de laisser les idées devenir matures organiquement. Je force le passage, parce que … tight deadlines.

    Quand j’ai dit ça à Amy, elle a fait la grimace, genre « sorry for you ». J’ai répondu « oh no, I love it ». J’aime la tension que ça génère d’avoir des échéances serrées. Je me sens bien dans cette tension. Ça se fait au détriment de ma vie personnelle mais je m’en moque. Mon rythme idéal c’est d’alterner entre de longues périodes de création intensive et de longues périodes de vie personnelle intensive. L’équilibre, ça ne me fait pas tripper. L’équilibre donne juste de la régularité, il lisse les états.

    Les magazines nous disent de viser l’équilibre parce qu’ils partent du paradigme selon lequel les états extrêmes sont négatifs. Ils disent « ouhlala, le burn out c’est mal » ou « disparaître de la vie des gens, c’est mal » ou « l’angoisse c’est mal ». C’est faux. L’angoisse est une alliée. Les vrais amis sont toujours là de l’autre côté du tunnel. La santé revient après une période de repos. C’est seulement mal dans une logique industrielle de la vie, où il faut que les ouvriers travaillent tous les jours pour faire fonctionner la ligne de production.

    Moi ça ne me dérange pas de me pousser au-delà de mes réserves et de mes limites. De m’épuiser au travail. Je n’ai pas besoin d’être au bureau tous les jours. Je peux dormir demain. Je peux dormir trois semaines. The world will still be here when I wake up.

    Je continue mon travail de déconstruction des paradigmes qui freinent mon plein essor.

    Alfred : 48/100

    Dehors : we’ll see.

  • 9.6.23

    Journées fragmentées. Écriture, lecture, conversations, repas. 17h. Tea Time. Short break. Je sors me dégourdir les jambes. Croise une silhouette qui me rappelle des nuits enfiévrées. « C’était bien à chaque fois avec … », me dis-je. Il a plu toute la matinée. Une épaisse pluie d’été. Chaleur dans l’air. Larges gouttes. Dans quelques semaines le pays sera à l’arrêt. Les rues désertes. Les plages noires de monde. Je respirerai. Bitume. Sueur. Shut down. Big Break. Black out total. En attendant, c’est le grind. J’aime tellement ça. Je me pose souvent la question de ce que c’est que bien vivre. J’écoute beaucoup. J’entends des dizaines de réponses différentes. Pour untel c’est la finance. Pour tel autre c’est la famille. Pour celui-ci la vie n’est complète qu’en couple. Pour celui-là les moments d’épanouissement se vivent en pleine nature. Lui veut une grosse voiture mais ne voyage jamais. « Je déteste sortir de chez moi ». Elle rêve de vivre sur la route. Les stoïques disent « les émotions ne nous définissent pas ». Les bouddhistes « le désir est source de malheur ». D’autres équivalent réussite matérielle et réussite spirituelle tandis que ceux-ci prônent le dépouillement. Longtemps je m’en suis voulu de ne pas comprendre la vie. Puis j’ai pensé que je pouvais décider du sens de ma vie. Puis j’ai cru qu’il n’y avait rien à décider, qu’il fallait faire émerger de l’intérieur une vérité préexistante. Aujourd’hui je trouve une forme d’épanouissement dans la régularité de ma pratique. Chaque jour écrire un peu, même (surtout ?) quand c’est dur. Ici, sur le projet, sur d’autres projets. J’ai volé à une cliente l’idée de commencer chaque jour par une « scène ». Je ne sais pas si je garderai cette pratique. Je l’explore. Je garde ces scènes pour moi. Hier j’ai utilisé ChatGPT comme une chambre d’écho. J’ai simulé une conversation pour m’aider à clarifier certains aspects de ma pratique artistique. Un peu comme un mauvais coach ou un mauvais psy, il se contente de me renvoyer mes propres mots en les reformulant. Ce reflet de ma pensée m’aide à m’entendre. Il y a quelque chose de magique dans le fait de s’entendre parler. La mise à distance de ses propres mots, comme s’ils venaient de quelqu’un d’autre, même si l’on connaît le stratagème, cela fonctionne. On se dit « non ce n’est pas tout à fait ça » ou « wow, c’est exactement ça, je n’y avais pas pensé » alors que ce sont nos mots, ceux que l’on vient d’utiliser. ChatGPT est fort pour ça. Pour synthétiser et reformuler. Il m’agace parce qu’il revient régulièrement à des listes. Ça me noie d’informations. Je me perds. Mais il suffit de le lui dire et il arrête. Il essaye d’arrêter. C’est difficile d’aller contre sa propre programmation. Pour les robots comme pour les humains. C’était intéressant nonetheless. Aidant. Presque surprenant. Presque, parce que je m’attendais à ce résultat. Surprenant parce qu’une part de moi voulait que ça ne marche pas. La façon dont ces machines fonctionnent simule tellement bien l’expérience humaine que ça fait froid dans le dos. Heureusement que je prends encore des décisions idiotes et impulsives et purement émotionnelles, sinon je me demanderais si je ne suis pas moi-même robotisé.

    Alfred : 47/100 et 1/20e
    Dehors : c’est un festival météorologique. J’adore !

  • 8.6.23

    Je ne suis pas nostalgique. C’est juste que Montréal m’a laissé des traces dans le cœur. It feels like home.

    Déraciné d’une nation qui n’était pas la mienne to begin with.

    I wonder if I’ll go back. Trop vieux pour émigrer. Trop d’attaches ici. Je me suis piégé tout seul.

    Où que j’aille, je vivrai avec moi-même, avec mes frustrations et mes colères, mes espoirs et mes rêves, mes échecs et mes quelques réussites.

    Je ne tiens pas à laisser la peur me tétaniser. J’en fais une alliée. Comme de la colère. Comme de ma rage de vivre libre et audacieux.

    Check-moi ben, je prends mon temps mais je m’élève vers le sommet. Day by day. Mon ambition ne faiblit pas. I’ll be a great novelist when I grow up.

    Alfred : 46/100

    Dehors : c’est quoi, ça, « dehors » ?

  • 7.6.23

    Deux Julie. Deux anniversaires. Le 6, puis le 7 juin. Des dates, comme ça, se sont gravées dans ma mémoire. D’autres, comme l’anniversaire de ma mère (le 14 ou le 16, je dois faire un effort pour le retrouver chaque année) ont eu plus de mal. Étrangeté des connexions neuronales. Comme « jambon » et « fromage », deux mots qui s’intervertissent souvent malgré moi dans ma bouche. Je sais bien à quoi chacun correspond mais mon cerveau, lui, semble l’oublier.

    Ça me plaît, ces étrangetés. Ces bugs dans la machine.

    Je ne voudrais pas les réparer.

    Pas plus que je ne voudrais changer les vagues qui font onduler mes humeurs. Hyper actif, puis anxieux, puis serein, puis déprimé, mélancolique, euphorique, énervé que les choses n’aillent pas plus vite, plus loin, plus fluide, plus fort.

    Intensité variable de mon rapport à la vie, lui donne ses couleurs comme on rosit des joues.

    À notre époque obsédée de normalisation, on étiquette tout et tous. Les légumes n’entrent dans les cagettes que calibrés (au rebut les légumes difformes), les humains n’entrent dans la société qu’étiquetés. Plutôt que de célébrer le nuancier humain, on le stigmatise. On donne un nom à tout. On pathologise. On donne des drogues pour équilibrer les états psychiques et lisser l’expérience du monde.

    Beurk.

    Les sociétés sont de gigantesques machines à uniformiser.

    Je rêve d’utopies anarchiques où toutes les formes d’esprit auraient leur place.

    L’angoisse de l’altérité, la haine du chaos, la peur de l’imprévu, de l’imprévisible, de l’inconnu, poussent les sociétés — toutes les sociétés — à resserrer les murs. Naturellement, organiquement, le social finit par contraindre. C’est sa fonction. Je nuance : sa fonction, c’est d’unifier, de permettre de fonctionner ensemble. Inévitablement des tensions naissent entre les êtres. Pas forcément graves. Parfois ce sont des désaccords sur la forme. La société (en tant que concept) cherche la perfection, l’unité absolue. Inévitablement, elle doit pour y parvenir gommer les aspérités. La tentation totalitaire est inscrite dans le principe même de société. Puisque la société édicte un « rang », on souhaite y faire rentrer les membres de la société.

    C’est naturel.

    Se pose la question de comment exister différemment à l’intérieur de l’impulsion normative qui sous-tend la société ? Est-il possible de tracer sa propre route sans s’exclure du social ? Jusqu’où accepte-t-on le compromis ? La société n’est pas qu’un ensemble de contraintes sans contreparties. Que valent ces contreparties ? Quelle valeur offrent-elles à l’individu ?

    La bourgeoisie (comme archétype) se construit dans le rang. La société est à son service. C’est la bourgeoisie qui détermine l’axe normatif du social. S’éloigner de cet axe, c’est se distancer de l’éthique bourgeoise. Deux voies sont possibles : l’une tend vers l’aristocratie. L’extrême richesse du rentier le libère de l’asservissement normatif. L’autre tend vers l’exil. L’extrême marginalité de l’errant constitue une autre forme de libération de ce même asservissement.

    Par essence, la société séduit. Elle fait miroiter ses atouts : en son sein se trouvent la sécurité et la promesse de confort. Hors d’elle, c’est la sauvagerie et la barbarie. L’état de nature est un état chaotique rempli de bêtes menaçantes. Quitter la cité c’est s’exposer à la certitude d’une mort brutale et imprévisible. Au moins, dans les murs de la cité, la vie est prolongée. On meurt dans le confort de son lit, abruti de psychotropes sédatifs.

    Silo, la récente série d’Apple TV explore précisément ces questions.

    On y trouve des échos de la caverne platonicienne et du Truman Show.

    Ce n’est pas le traitement théorique de ces questions qui m’intéresse mais leur mise en application sur la durée d’une existence. Quand la majorité des discours pérennisent sans le questionner le noyau de la société d’où ils émergent, où se trouve la vraie liberté ? Est-elle seulement possible ?

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