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* cliquez ici si vous préférez lire ce message dans votre navigateur * Si ce mail vous est utile, transférez-le aux auteurs de votre entourage ou offrez-moi un café. Bonjour, Exercice d’échauffementComparez deux textes sur le même sujet, choisissez un sujet banal, rien de trop pointu ni de trop sujet à débat, pour éviter de vous concentrer sur de trop grandes différences dans l’angle avec lequel le sujet est traité.
Maintenant, réécrivez chaque texte en les optimisant pour la clarté du contenu. Une fois que vous aurez fait l’exercice, lisez la newsletter de cette semaine : Constat d’uniformisationVous l’avez vu, vos newsletters préférées commencent à toutes sonner pareil. Même cadence, même souffle faussement intime — trois phrases courtes, une image tiède, une révélation en kit. Ce n’est pas une voix, c’est un moule. Ce n’est pas une pensée en train de naître, c’est une pensée optimisée. On reconnaît les comparaisons un peu brumeuses, les rythmes ternaires bien sages, les em-dashes plantés comme des clignotants — ici une nuance, ici une vulnérabilité, ici une promesse. Ce n’est pas maladroit, c’est lisse. Ce n’est pas faux, c’est interchangeable. On lit, on hoche la tête, on oublie. Comme ces appartements témoins où rien ne dépasse. Comme ces cafés de coworking où tout est en bois clair. Comme ces visages filtrés qui ont la texture d’un écran. Ce n’est pas que les auteurs n’ont plus rien à dire — c’est qu’entre eux et la phrase, il y a désormais une machine qui sait très bien dire à leur place. L’idée n’est pas le plus importantPour enfoncer le clou, j’ai utilisé un chatbot pour écrire l’introduction du mail. Quelle meilleure illustration de mon propos que de vous faire expérimenter ce dont je veux parler aujourd’hui ? Alors attendez, d’abord je secoue le phrasé hypnotique de l’IA hors de mes doigts. Je ne sais pas vous, mais quand je lis trop longtemps des textes écrits par la machine, il y a quelque chose qui s’insinue dans mon esprit et qui vient polluer mon style au point que je me mets à écrire comme un robot. Robot qui a d’ailleurs bien résumé le problème : « ce n’est pas que les auteurs n’ont plus rien à dire, [c’est que la] machine [sait] très bien dire à leur place ». La racine du problème vient de ce que l’on croit que c’est l’idée qui est importante. La manière de l’exprimer devient une contrainte, on a l’impression que le vocabulaire nous manque et que si nous parvenions à dire simplement ce que nous pensons, alors le job serait fait. On pense que le fond prime sur la forme alors qu’ils sont indissociables. Djian le dit à sa manière dans plusieurs interviews : l’histoire n’est pas importante, toutes les histoires sont les mêmes, c’est le style qui compte. Jean-Marie Roth, au CEEA, nous répétait : « tout a déjà été écrit, mais pas par vous ». En perdant la singularité des voix, que perdons-nous ?C’est ce que cette généralisation de l’IA rend apparent, que la personne qui écrit, la voix qui s’exprime, compte plus que ce qu’elle raconte. Des newsletters que je lisais avec plaisir m’horripilent et je me surprends à perdre mon intérêt pour les sujets qu’elles abordent ou par chercher d’autres sources auxquelles me former ou m’informer sur ces sujets. Je réalise que mon expérience s’enrichit autant (et peut-être même plus) de la manière dont le sujet est raconté que du contenu lui-même. C’est peut-être une déformation professionnelle ? Il y a sûrement en jeu quelque chose de l’ordre du relationnel et de l’émotionnel, mais je soupçonne que ça va plus loin que ça, et que l’IA, en uniformisant le discours, gomme les subtilités du regard humain. Des subtilités dont l’auteur n’a peut-être pas confiance, qui apparaissent dans le rythme de son texte, dans la sensibilité poétique avec laquelle il développe un champ lexical sans s’en rendre compte, dans les détails de la narration que l’IA gomme parce que « pas optimisés » ou « pas efficaces » ou je-ne-sais-quel critère rationnel hérité du taylorisme. C’est souvent dans ces espaces mal définis, parfois maladroits, que je capte les contours fins d’un concept ou d’une idée. Les newsletters écrites ou co-écrites avec la machine ont tendance à être trop rigides. La machine, en introduction, disait « lisse », mais je crois que c’est autre chose, quelque chose en lien avec une forme de linéarité qui échappe aux méandres de la pensée. Or c’est dans le cheminement sinueux de la pensée en train de se construire que l’on apprend le plus. Je crois. Méandres et création de sensJe la vois, cette importance du méandre, dans les textes présentés dans le cycle d’ateliers que j’anime en ce moment sur « rendre les textes intéressants ». Nous avons travaillé, ces deux dernières semaines, à l’échelle de la phrase. En semaine 1, nous demandons : « que fait le texte ? » et en semaine 2 « que me fait le texte ? ». La distinction est de taille. D’abord nous regardons le texte d’un point de vue mécanique. Par exemple, qu’est-ce que cela évoque quand j’écris « le ciel est bleu » ou « l’homme avance le dos courbé » ou « était-ce à cela qu’A. rêvait désormais ? ». Derrière le contenu visible, le sens évident de la phrase, il y a tout un imaginaire nourri des associations d’idées et de mots évoqués par la formulation, mais aussi par l’émotion dont est implicitement chargée la phrase. Il y a aussi le contexte, c’est-à-dire la place de cette phrase dans le texte, les phrases qui l’entourent, et leur manière de prolonger ou de bifurquer, de contredire ou de confirmer, de créer de la continuité ou du paradoxe, de colorer ou d’éteindre une intensité. Ces méandres dont je parlais tout à l’heure. En faisant ce travail, on réalise qu’une phrase contient beaucoup plus que son contenu. Un mot contient beaucoup plus que sa définition. Il contient une émotion, un imaginaire, un champ lexical, des mots associés, des expressions, un inconscient collectif qui nous permet de l’utiliser comme force d’évocation. Que, soi-même, l’on aime ou pas le soleil, on sait qu’un ciel bleu et dégagé évoque collectivement la bonne humeur, une certaine légèreté, des émotions plutôt joyeuses. Dire qu’il fait beau ou qu’il pleut, cela teinte immanquablement une scène. Ce que l’on fait de cette teinte reste libre. Nous pouvons décider d’aller dans le sens de la joie ou à son encontre pour jouer sur du contraste. Les deux expériences sont valables et la décision relève de la vision artistique qui est la nôtre pour ce morceau précis de ce projet précis. Ce qui, pour revenir à l’IA, rend l’outil dangereux pour les auteurs, c’est qu’il concentre leur attention sur le contenu de surface plutôt que sur le contenu profond du texte. Quand vous écrivez « il fait beau » uniquement pour évoquer le soleil et le ciel bleu, vous passez à côté de votre propre texte. À chaque phrase son intentionLa semaine dernière, j’étais en stage de création butō et notre metteuse en scène a prononcé cette phrase : « chaque geste doit raconter une histoire. Chaque geste doit avoir une intention ». Autrement dit, la forme seule ne suffit pas. Pour la charger, il faut regarder sous la surface. J’utilise l’IA comme un support pour développer une notion d’écriture qui dépasse la problématique de l’IA. Ne vous dites pas « je n’utilise pas d’IA, ça ne me concerne pas », parce qu’aucun des textes d’atelier dont j’ai parlé aujourd’hui n’est passé par l’IA, mais tous posent la même question à leurs autrices : quelle est mon intention ? « Qu’est-ce que je fais quand je rédige cette phrase ? Qu’est-ce que je dis ? Qu’est-ce que j’évoque ? » C’est dans l’intériorité que ça se passe. Il y a une émotion qui se construit, il y a une progression vers un certain personnage, vers une certaine tension dramatique. Il y a l’approfondissement d’un thème ou son évolution. Apprenez à voir cela et vous écrirez de meilleurs textes, à partir de n’importe quel contenu. Il reste 3 semaines à ce cycle d’ateliers, puis j’ouvrirai une nouvelle session. Si vous souhaitez être informé·e de cette session en avant-première, cliquez sur ce lien. À très bientôt, *** Si ce mail vous a été utile, transférez-le aux auteurs de votre entourage ou offrez-moi un café. |
Catégorie : Ateliers d’écriture
Depuis 2007 j’accompagne les auteurs dans leurs projets d’écriture. Sur cette page, vous trouverez les différentes formations ou formules d’accompagnement que je propose ainsi que plusieurs articles présentant les principes qui sous-tendent ma pédagogie.
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[1pàlf] La forme EST le contenu
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[1pàlf] D’où écrivez-vous ?
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Bonjour !
Exercice d’échauffement
Imaginez le livre que vous aimeriez écrire et rédigez-en une description : est-ce un roman, une nouvelle, un recueil, un fixup ? Dans quel genre ? Pour quel public ? Qui sont les personnages (donnez-nous des détails inattendus à leur sujet) ? Quelle(s) intrigue(s) s’y déroule(nt) ? Où se passe-t-il (développez la singularité de l’univers choisi) ? Quelles émotions provoque-t-il ? Comment y est travaillée la langue ? Comment définiriez-vous son style ? Quel thème traite-t-il et avec quel point de vue ? Y développez-vous des arcs relationnels particuliers ? Lesquels ? Comment ?
Ne cherchez pas à répondre à toutes les questions d’un coup, picorez.
Ne cherchez pas la description parfaite, jouez avec différentes façons de le décrire.
Amusez-vous et découvrez de nouvelles facettes de votre projet à chaque fois que vous faites cet exercice.
Méthodes d’écriture
J’utilise un pluriel parce qu’il s’agit plutôt d’un ensemble d’outils que vous choisissez d’employer, dans un ordre variable, dans une visée pragmatique : amener le texte à sa prochaine étape d’aboutissement.
Plutôt que de chercher LA méthode qui fonctionnera à tous les coups (elle n’existe pas), familiarisez-vous avec les différents aspects de l’histoire et apprenez comment vous pouvez agir sur eux.
Votre objectif est toujours d’arriver à la version la plus aboutie de l’histoire (qui n’est en aucun cas une version parfaite, mais la meilleure version possible dans votre contexte).
D’où part votre écriture ?
Je parle souvent d’écrire à partir du corps.
Puis quand je parle de techniques, je donne l’impression de dire qu’on écrit avec le mental et la logique.
Cette question de savoir d’où part le texte est cruciale. Elle nous aide à savoir comment travailler, quels rituels mettre en place pour nous rendre disponible au texte.
Elle nous donne aussi des critères pour déterminer si un projet nous correspond, ou pas.
Écrire à partir du corps
Le mental, la pensée, la réflexion articulée logique, appelez-la comme vous voulez, est un espace bruyant.
On y trouve nos propres idées, mais aussi celles auxquelles nous exposent les médias, les réseaux sociaux, nos lectures, nos discussions, nos humeurs, la météo, la saison…
On y trouve beaucoup d’automatismes de pensée, qui sont comme des disques rayés que nous ne reconnaissons plus comme tels.
Écrire à partir du corps est une manière de nous relier à un noyau plus intime, plus singulier, je ne veux pas dire plus « vrai », parce que ce serait schématique mais disons (un peu) moins parasité de notre être-au-monde.
Quand les auteurs me demandent comment être originaux, je leur réponds d’écrire de manière plus singulière.
L’originalité ne vient pas d’un effet stylistique, ni d’une idée inédite. Elle vient du regard que vous portez sur le monde, des nuances de votre expérience que vous prenez le temps de remarquer et de déceler dans votre façon de ressentir une situation, une relation, un lieu, un élan qui vous met en mouvement.
Ces nuances s’expriment dans votre expérience directe : vos perceptions, les tensions et détentes de vos muscles, les courants qui traversent votre système nerveux, les choses que cela vous fait que d’être là, à vivre cette expérience.
En affinant notre présence à soi, en gagnant en finesse dans la perception de nos réactions corporelles, nous gagnons en précision émotionnelle. Il y a quelque chose à raconter. Quelque chose de singulier et de subtil. Un regard. Une manière de projeter de la lumière.
Le travail d’écriture consiste donc en deux étapes : remarquer notre sensibilité, puis la restituer.
Le passage à la logique
Cette manière de restituer notre expérience nous offre une matière brute.
J’ouvre ici une parenthèse : auteurs de fiction, nous vivons expériences dans le monde et les traduisons ensuite dans l’univers de nos personnages inventés. L’expérience est de la même nature, mais c’est un·e autre qui la vit, dans sa réalité, en lui apportant ses propres nuances. Je parlerai une autre fois de ce que la fiction permet et des raisons qui en font un véhicule précieux.
Pour donner une forme à cette matière brute, nous devons prêter attention à l’effet de nos choix d’écriture sur, en vrac et sans exhaustivité, la clarté de notre discours, le plaisir de la langue, la densité du texte, la lisibilité du sous-texte, le rythme de la lecture, l’engagement du lecteur, la « vibration » des décors et des personnages.
C’est là que l’esprit analytique entre en jeu.
La maîtrise des outils de langage, de dramaturgie et de narration nous donnent de la marge et du jeu. Sans ces outils, nous sommes impuissants face à la matière brute offerte par notre corps.
Soit elle « fonctionne »
Soit elle ne fonctionne pas.
Soit elle nous paraît esthétique, émouvante, dense, claire.
Soit elle nous semble laide, indifférente, superficielle, confuse.
Sans outil pour analyser cette interprétation, nous restons passif face au texte.
Passer par la logique nous permet de tirer le fil d’une intention : Que veut dire le texte ? Que peut-il porter ? Qui sont les personnages ? Comment les rendre plus fidèles à eux-mêmes ? Y a-t-il une intrigue ? Un point de vue thématique ? Que raconte l’univers si je lui laisse la parole ?
À partir de cette intention, qui naît du texte et ne le précède pas, je peux penser une structure, un agencement des situations et des mots. Je peux créer des résonances, je peux choisir quoi couper, quoi amplifier.
Je peux prendre des décisions d’écriture éclairées parce que mon projet va maintenant quelque part au lieu de n’être qu’un surgissement vague et chaotique.
Intuition et intention
De là il découle une danse constante où la conscience de l’auteur alterne entre dévoilement et décision ; entre surgissement et agencement.
Une grande partie de notre art consiste à nous rendre disponible à la source de nos impulsions d’écriture (j’évite le mot « idées », trop restrictif, même si certaines impulsions prennent la forme d’idées), puis à ressentir à quel moment passer de l’impulsion à l’organisation.
Organiser s’applique ici aux idées, aux étapes du récit, aux manières d’être des personnages, à la forme du texte, à l’intrigue, à la vision globale du projet, à l’agencement du livre et de l’histoire, à tout ce qui fait, dans un projet d’écriture, l’objet d’une décision artistique.
C’est peut-être là qu’il faut commencer à travailler : quelle vision avez-vous pour votre projet ?
Souvent, les auteurs ne prennent pas le temps d’énoncer cette vision. Ils se laissent porter par les mots et surprendre par l’histoire. Ils sentent que le texte va quelque part, que quelque chose en eux est capable de jauger si l’état actuel du texte est en accord ou pas avec sa destination, mais sans s’intéresser à ce quelque chose.
Or, c’est là que se trouve la réponse à toutes vos questions.
Quand vous prenez le temps d’énoncer votre vision, c’est-à-dire que vous dites « voilà l’histoire que je raconte » ou « voilà le livre que j’écris ». « Ce sera de telle taille, avec tels personnages, sur tels thèmes, et je veux que ça ait telle texture, que le texte fasse ressentir telles émotions… », vous clarifiez ce que vous cherchez à réaliser.
Cet acte (et effort) d’énonciation, c’est le moment où l’intuition se transforme en intention.
En éclairant le texte de cette intention, vous repérez plus facilement ce qui va ou pas dans ce que vous avez fait et vous pouvez poser une question simple : comment rapprocher le texte de ce que je veux en faire ?
Alors, vos décisions ne sont plus ni aléatoires ni arbitraires mais elles se mettent au service d’une vision. Elles se nourrissent de votre imaginaire du livre et cherchent à le concrétiser.
C’est là la base d’une écriture durable et épanouie.
Anaël Verdier
PS : si vous avez besoin d’accompagnement pour traverser la confusion de votre travail, je propose des séances individuelles. Écrivez-moi en me présentant votre projet pour que je vous dise ce qui est possible.
Si vous aimez le travail collectif, le Mastermind peut accueillir quelques auteurs supplémentaires.
Le prochain cycle d’accompagnement de projets débutera en mars. Contactez-moi pour réserver votre place.
PPS : Si vous ne les avez pas encore lus, je recommande chaudement ces deux textes sur l’écriture, une méthode et une sorte d’essai technique :
Comment écrire un film en 21 jours, de Viki King. Malgré son titre racoleur et l’accent mis sur l’écriture audiovisuelle, l’approche de Viki King vous sensibilisera aux différences d’approche entre premier jet et réécriture. Elle offre aussi un découpage approfondi de la structure classique et vous explique pourquoi cette structure est en réalité le reflet de l’évolution des personnages.
Consider This, de Chuck Palanhiuk (en anglais uniquement). L’auteur de Fight Club partage anecdotes et techniques d’écriture. Il partage, par exemple, d’astuces narratives pour donner de l’autorité au narrateur, de l’importance de choisir les détails de l’histoire. C’est technique sans excès, littéraire sans être vague. Ici, il n’est pas question de structure d’intrigue mais d’impact narratif.
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![[1pàlf] Écrire une nouvelle : la méthode (partie 1)](https://anaelverdier.com/wp-content/uploads/gEkqq5MmXE3w83pgTfkU3r.jpg)
[1pàlf] Écrire une nouvelle : la méthode (partie 1)
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Bonjour,
il y a 8 jours, je travaillais avec 6 auteurs sur la méthode d’écriture de la nouvelle.
La nouvelle, telle que je la définis, c’est une histoire courte, qui n’a pas besoin de se contraindre dans des règles trop étriquées comme « avoir une chute » ou « peu de personnages ».
La seule règle, qui est purement mécanique, c’est que pour faire un texte court, il faut un nœud d’histoire simple. Juste parce que plus le nœud de l’histoire est compliqué, plus il faut de temps pour le présenter et le dénouer.
C’est assez logique, mais c’est difficile de faire simple. Très vite nos cerveaux essaient de compliquer les histoires de crainte que « simple » ne soit pas intéressant.
Ce qui fait l’intérêt d’une histoire, c’est un sujet qui prendrait des heures et des heures à explorer sans que l’on ne parvienne à l’épuiser mais une chose est sûre : ce n’est ni sa complexité, ni sa longueur.
Sinon, toutes les histoires compliquées et longues seraient passionnantes. Or, nous avons tous en tête des histoires terriblement prise de tête et ennuyantes à cause de leur manque de simplicité et de leur tendance à s’étaler.
Vous pouvez tout de suite oublier l’idée qu’il faut compliquer les choses pour les rendre dignes d’intérêt.
Au contraire, plus vous faites simple pour vous vous donnez les moyens d’écrire avec clarté. Et croyez-moi, écrire avec clarté, même une histoire simple, c’est déjà bien assez difficile comme ça !
Forts de cette définition, sur quoi avons-nous travaillé ce weekend ?
J’entre toujours dans un stage avec cette attention : je suis là pour m’adapter à ce dont les auteurs présents ont besoin, pas pour imposer une matière que j’aurais choisie arbitrairement.
J’ai assez écrit d’histoires pour savoir qu’on peut entrer dans un projet par plein de portes différentes, et que celles-ci dépendent davantage du projet que de l’auteur. Je pensais qu’on parlerait personnages et décors, on a surtout parlé construction de scènes et passage de l’imaginaire à la page.
Passer de l’idée que vous vous faites d’une histoire à sa réalisation sur le papier, c’est l’acte le plus décisif et le plus difficile du travail créatif.
Dans notre esprit, toutes les versions possibles de l’histoire existent. Nous pouvons changer les détails, ne pas les définir, rester très générique et avoir la sensation que notre idée fonctionne.
Sur le papier ou sur l’écran, il n’existe qu’une seule version de notre idée. Celle que matérialisent les mots que nous avons choisis. Cette version donne une image unique de l’idée, que celle-ci se traduise dans une scène, une action, une réplique, une intrigue, l’attitude d’un personnage ou n’importe quel autre aspect du texte.
Nous avons vite fait de fantasmer une version idéalisée de notre idée et pour cette raison, il est essentiel que nous passions rapidement à la réalisation.
Quand le texte est sur la page, il peut ne pas nous plaire, il peut manquer de densité ou de profondeur, il peut être maladroit, incomplet, mais au moins, il existe. Un texte, nous pouvons l’annoter, le raturer, le surligner, le réagencer, l’analyser, le corriger…
L’idée qui est dans notre tête, nous pouvons seulement la faire enfler ou la contraindre.
Alors la première étape de tout projet, c’est de décider d’une porte d’entrée et de se mettre à écrire.
Cette porte d’entrée peut être un personnage, un concept, un décor, un univers, une intrigue, une fin, un milieu, un début, une scène forte, une relation entre des personnages, une transformation.
Il n’y a pas une bonne manière de commencer, il n’y a que l’acte de commencer.
Le plus récent projet auquel j’ai collaboré a commencé par un échange de réflexions personnelles autour du sujet autour duquel nous voulions écrire. De là est née une envie d’univers, puis, dans l’écriture, deux personnages. L’intrigue a découlé des personnages.
Bloom, que j’ai écrit en résidence à Rochefort au printemps, est né de la rencontre entre mon expérience sensible d’une exposition et d’une ville et l’envie d’explorer différentes formes textuelles (le fragment, le journal et la microfiction).
Le seul point commun méthodologique entre tous les livres que vous avez lus c’est qu’une personne a décidé de poser des mots sur une page.
Le reste vient après.
Choisissez un point d’entrée, à partir de ce qui vous intrigue ou vous excite, à partir de ce qui est mûr ou de ce que vous avez besoin de mûrir :
- un concept
- un personnage
- un décor
- un univers
- une histoire
- une scène
- une transformation
- un problème vécu par un personnage
- une fin
- un début
- une phrase dont la sonorité vous plaît
- un rêve
- …
Quand je travaille en atelier, pour éviter le vertige du choix, je propose trois options seulement :
- personnage,
- décor ou
- intrigue
Ce sont les trois ingrédients de base de n’importe quelle nouvelle
La proportion dans laquelle chacun est présent fera varier l’expérience du texte, mais tous seront présents.
La langue (le style, le rythme) viendra en second, quand le contenu sera posé.
Alors écrivez. 5 à 10 minutes sur l’un de ces trois axes. Pour vous échauffer. Sans lever le stylo pour réfléchir. Votre main sait déjà où elle veut aller, faites lui confiance. Laissez votre mental se reposer.
C’est fait ?
C’est l’étape la plus importante de la méthode. Si vous perdez le fil, si vous oubliez d’écrire, si vous ne savez plus où emmener votre histoire, revenez à cette étape, elle vous reconnectera avec votre projet.
À partir de ce premier texte, extrayez une envie d’histoire.
Dans ce que vous avez écrit, dans ce qui est apparu sur le papier comme dans ce qui manque, qu’est-ce qui vous attire ? Qu’avez-vous envie de créer ? Dans quelle histoire voulez-vous nous embarquer ?
Imaginez que vous ne puissiez nous montrer cette histoire qu’en 5 moments.
5 étapes, 5 scènes qui, mises bout à bout suffisent à nous raconter l’histoire.
Listez-les.
Quand vous aurez vos 5 étapes, vous aurez le cadre de vos 5 scènes, et il ne vous restera plus qu’à les écrire pour avoir votre première version de nouvelle.
Cinq c’est à la fois peu et beaucoup.
Cela permet de déployer une transformation complète et en même temps cela oblige à éliminer le superflu.
Vous vous rendez vite compte si votre histoire se répète, si elle peine à progresser, si elle tombe dans le syndrome du « ventre mou », si la fin laisse à désirer.
Parce que cinq étapes, ça ressemble à ça :
- Présentation de l’héroïne
- Présentation de l’univers
- Là je pose le problème qui lance l’intrigue
- Là je ne sais pas trop
- Résolution du problème.
En un clin d’œil vous voyez que le début traîne en longueur. Deux cinquième du projet pour des présentations, c’est trop. On va s’ennuyer, on a envie de savoir rapidement dans quoi on embarque.
Vous voyez aussi tout de suite que votre idée n’est pas aussi solide que vous l’imaginiez puisque vous ne savez pas comment vous passez du problème à sa résolution.
Si vos cinq étapes ressemblent à ça, n’en faites pas un problème.
Découvrir son histoire en l’écrivant, que vous soyez du genre à planifier à l’excès ou à vous lancer dans le vide de l’impro avec un bandeau sur les yeux, c’est la règle.
Poser des mots et se rendre compte qu’il y a plein d’aspects auxquels vous n’avez pas encore pensé, ce n’est pas le signe d’un problème, c’est le processus.
Donc si vous écrivez vos cinq étapes et qu’elles ressemblent à mon exemple, ne paniquez pas, c’est simplement une indication de là où vous devez mettre votre attention pour la prochaine étape du travail.
Par exemple :
- Comment est-ce que je peux présenter l’univers ET le protagoniste dans la même scène ? (et remonter d’un cran le reste de mon plan)
- Comment je peux déterminer ce qu’il va se passer au milieu de mon histoire ?
C’est ce travail d’allers-retours entre le macro (votre vision globale de votre idée/histoire/envie) et le micro (un plan, une scène, un passage rédigé) qui vous permettra de réaliser votre nouvelle (c’est valable aussi pour des textes plus longs, avec quelques aspects techniques en plus).
Et ça c’est la partie que je ne peux pas systématiser du travail d’atelier : les discussions avec les auteurs pour tirer les fils de leur projet et donner une forme plus aboutie à leur histoire.
Pour certains, ce sera une question de hiérarchie des informations dans la scène, pour d’autres une question de point de vue, ça peut être la question du rythme ou celle de mieux caractériser un personnage et son paradoxe, ou de prendre le temps d’installer une ambiance.
Vous devrez faire ça par vous-même, l’analyse de votre prochaine étape de travail, mais souvenez-vous qu’en cas de doute, mieux vaut écrire et interroger le texte que de rester dans votre tête.
Et maintenant ?
Je devrais finaliser courant août une séquence de mail de 31 petits exercices pour faciliter ce passage à l’écriture, j’en parlerai ici quand elle sera prête.
Suite au stage, l’une des participantes a repéré un concours de nouvelles auquel elle a eu envie de participer. Elle a déjà écrit 1500 mots d’un texte pour ce concours. « En ne suivant aucune méthode », m’a-t-elle dit.
Il arrive qu’un concours serve d’encouragement extérieur bienvenu pour nous lancer dans une envie d’écrire.
Pourquoi n’iriez-vous pas voir les concours ouverts en ce moment (une simple recherche Google vous en donnera une liste) pour mettre à l’essai la méthode que je vous ai exposée aujourd’hui ?
N’hésitez pas à me dire comment cela s’est passé !
Dans mon prochain mail, je partagerai avec vous quelques points d’attention que je vous encourage à prendre en compte lorsque vous écrirez les scènes de votre histoire.
D’ici là, écrivez bien,
Anaël
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![[1pàlf] Justesse & texture en pratique](https://anaelverdier.com/wp-content/uploads/nonhymyaBvXgkVpJHxbxxW.jpg)
[1pàlf] Justesse & texture en pratique
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Annonce : pour la première fois depuis 2023, j’anime cet été un stage d’écriture de nouvelles pour 6 auteurs. Détails ici.
Bonjour,En ce moment, je lis La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur, de Suzanne Collins, et je râle face aux facilités d’écriture qui composent ce texte : antagonistes et personnages secondaires caricaturaux, enjeux du protagoniste artificiels, personnages dont les actions peinent à dessiner des individus vraisemblables…
L’effet « marionnettiste »
Je sens la main de l’autrice, je sens qu’elle est derrière chaque mot comme une marionnettiste qui ne réussit pas à me faire oublier les pantins et les fils qui les agitent.
L’écriture est facile et il y a un personnage dont j’ai envie de connaître l’histoire, un seul sur la totalité du roman, un personnage qui n’apparaît que rarement dans la narration, dont je guette les apparitions… et je crois bien que je vais être déçu par l’issue de tout ça.
Je suis aux deux tiers de l’histoire et même ce personnage-là, qui semblait pourtant avoir une colonne vertébrale solide, même ce personnage-là a été posé là dans les postures qui arrangent l’autrice.
Je m’accroche à l’espoir que je vais être surpris, qu’un retournement final va me montrer que les personnages ont davantage de densité que ce qui a été donné à voir jusqu’à présent, que c’est le point de vue du narrateur qui nous maintient dans l’illusion qu’ils sont superficiels.
Mais plus j’avance, plus je doute que cet espoir sera satisfait.
En effet, plus j’avance, moins il y a de place pour un renversement de point de vue qui ne semble pas forcé.
Et c’est le problème quand on travaille sur des projets trop longs (le livre compte 600 pages), c’est le problème quand nous pensons à la globalité du projet au détriment de la logique de chaque instant.
Ce qui rend une histoire intéressante, c’est…
Une histoire se construit dans l’imaginaire du lecteur, dans ses réactions émotionnelles, scène par scène, action par action, phrase par phrase. Une histoire ne devient une expérience globale qu’après coup, quand le lecteur est arrivé au bout (s’il y arrive).
Ce qui intéresse le lecteur, c’est l’expérience que nous lui offrons ici et maintenant, sur la page qu’il est en train de lire. S’il s’ennuie, s’il ne perçoit pas la logique, si les ficelles sont trop grosses, si les personnages manquent de chair, si les décors flottent trop, le lecteur risque de décrocher… et de ne pas raccrocher.
… de savourer l’instant
En parallèle, je lisais Kitchen, de Banana Yoshimoto. C’est peut-être moins spectaculaire, il y a moins de personnages, moins de rebondissements, mais chaque instant est chargé de vie, d’humanité, de vraie fragilité et de justesse.
Ce qui fait la différence, à mon avis, c’est le soin donné à chaque scène.Là où Suzanne Collins déroule les événements comme si elle avait besoin de vite franchir les étapes de son intrigue ; Yoshimoto savoure les instants.
Résultat : nous les savourons avec elle. L’histoire nous touche au-delà du divertissement qu’elle offre, et les personnages restent avec nous comme de vieux amis dont on se souvient avec nostalgique.
Ce résultat n’est pas magique, il repose sur une attention particulière pendant l’écriture, et cette attention s’apprend.
Elle repose sur un axe de questionnement centré sur le personnage : Qu’est-ce qui est en jeu pour ce personnage, dans cet instant ? Qu’est-ce qui importe ? Qu’est-ce qu’elle remarque dans son environnement ? Qu’est-ce que tout cela lui fait ressentir ? Comment ces émotions modulent son action ?
Ces questions sont valables aussi bien pour des histoires dites « plot-driven » (mues par leur intrigue) que pour des histoires « character-driven » (mues par leurs personnages). La différence sera que dans le premier cas, les événements provoqueront les réactions des personnages et les emporteront presque malgré eux dans l’intrigues. Dans le second cas, ce sont les états du personnages et ses moteurs d’action qui déclencheront la majorité des événements et qui donneront naissance à l’intrigue.
Même les intrigues fortes ont besoin de densité
On pourrait être tenté de se dire que dans les histoires à intrigue forte (policier, action, catastrophe, thriller…), l’intrigue est suffisante, mais ce serait oublier le fait que toutes les intrigues sont vécues par des personnages et que c’est cette lentille du personnage qui apporte de l’humanité et de la vraisemblance à une histoire.
On se souvient d’autant mieux des événements qu’ils n’ont pas été associés à une réaction signifiante d’un personnage (émotion, enjeux).
Ça ne veut pas dire qu’il faille tomber dans un excès de « psychologisation » des personnages. Une histoire n’est pas une psychanalyse. Il ne s’agit pas multiplier les espaces d’introspection, les voix internes.
La justesse d’un personnage se mesure à ce qu’il fait, pas à ce qu’il pense.La justesse se trouve dans la forme cohérente qui se dessine quand un personnage agit selon une ligne qui lui est propre, quand il réagit comme c’est pertinent en fonction de sa caractérisation, et pas comme c’est pratique ou arrangeant pour l’histoire.
Expérimenter scène par scène
Essayez dans une scène. Posez-vous la question de la relation entre les événements et le personnage.
Puis passez à une nouvelle et observez comment le fait de développer un récit plus complexe change votre rapport au personnage.
Vous pouvez ressentir que votre attention est tiraillée, voire écartelée, entre la nécessité de construire une histoire cohérente sur la durée et la nécessité de construire des situations justes dans chaque scène.
En effet, nous ne devons négliger aucun de ces aspects du texte. Ni la justesse immédiate ni la cohérence globale.Viser juste avant de viser grand
Si c’est déjà difficile sur une scène et plus difficile pour une nouvelle, imaginez comment cela devient quand vous abordez un projet plus complexe.
La complexité peut venir de la longueur du projet, du nombre de personnages, du nombre de péripéties, de la complexité des décors, de l’introduction d’intrigues multiples…).
C’est pourquoi je préconise de vous entraîner d’abord sur des textes simples avant de vous attaquer à des projets plus complexes.
Et si vous faites partie de ces auteurs qui vont spontanément vers des idées complexes, pas de souci. Découpez votre projet en unités simples et travaillez sur chacune séparément.
Je récapitule :
La texture d’un texte, ce qui le rend intéressant, c’est la qualité de ses scènes.
Celle-ci se mesure à l’attention que vous portez à la justesse des personnages, des décors, des événements, et au fait que vous n’utilisez pas ces éléments seulement à votre service, mais que vous vous mettez à leur service.
Une série de questions simples vous aidera à vérifier que vous êtes dans cette qualité d’attention. Vous pouvez utiliser ma liste ou créer la vôtre, tant que vous vérifiez la cohérence entre la caractérisation intime du personnage et ses actions (sa « justesse »).
Pratiquez cette approche avec moi
Le mieux pour intégrer cette façon de diriger son attention, c’est de l’expérimenter. Vous pouvez le faire sur vos projets dès maintenant, et vous pouvez me rejoindre les 12 et 13 juillet prochains pour un stage d’écriture de nouvelles (le premier depuis 18 mois).
Vous y développerez une histoire courte en suivant une méthode centrée sur la recherche sensible de la justesse des personnages et de l’incarnation du récit.
Et puis, ce sera fun !
AnaëlPS : je vous redonne ma liste de questions (non exhaustive). Utilisez-la pour développer votre propre grille d’écriture.
- Qu’est-ce qui est en jeu pour ce personnage, dans cet instant ?
- Qu’est-ce qui importe ?
- Qu’est-ce qu’elle remarque dans son environnement ?
- Qu’est-ce que tout cela lui fait ressentir ?
- Comment ces émotions modulent son action ?
PPS : Une histoire réussie repose sur la justesse immédiate de chaque scène, pas seulement sur une intrigue globale bien ficelée. Et cette justesse s’apprend. Je la travaillerai avec 6 auteurs les 12 et 13 juillet prochains à l’occasion de mon nouveau stage d’écriture de nouvelles.
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Quand vous serez prêt à travailler avec moi…
- découvrez ma formation aux décors, qui vous invitera à explorer les lieux de votre histoire avec curiosité et vous apprendra à vous relier à leur essence pour en tirer des personnages, des péripéties, peut-être même l’axe entier de votre récit — ✨ Cliquez ici pour rejoindre la formation ✨.
- Si vous cherchez plutôt une communauté de pairs et un accompagnement doux et malléable sur le long terme, le Mastermind est là pour vous. J’y accueille des auteurs de tous les niveaux et toutes les expériences, avec ou sans projet. Nous parlons de votre pratique et l’assouplissons pour que vous puissiez bâtir une méthode qui vous ressemble et écrire des livres empreints de votre singularité.
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[1pàlf] Donner sens au monde
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Bonjour,Nous écrivons pour faire sens du monde et poser notre attention sur ces moments de nos vies qui sont les plus chargés de sens :
… un rêve,
… un morceau de notre imaginaire,
… une rencontre réconfortante,
… un moment pendant lequel nous échappons à la course inéluctable du quotidien,
… un personnage qui nous intrigue ou nous attire, que nous voudrions être ou qui nous permet d’explorer des parts secrètes de nous-même.
Nous écrivons pour suspendre le temps.
Nous écrivons par besoin, parce que notre équilibre émotionnel et mental en dépend.
Nous chargeons parfois notre écriture d’espoirs qui la dépassent : être publié, pouvoir ne faire qu’écrire.
Écrire, cependant, ne saurait se substituer à la vie.
Il nous faut d’abord vivre pour ressentir, pour avoir quelque chose à explorer. Ce peut-être le frisson causé par l’air du matin ou une plongée dans une faille que nous entre-apercevons dans les sous-sols de notre psyché.
Nous vivons d’abord, puis cela se change en images et en sensations sur lesquelles nous n’arrivons pas toujours à mettre des mots ou du sens. Écrire nous permet alors de tracer des contours plus précis à notre expérience et d’aller voir au-delà de ce que le réel nous a permis.
Certaines personnes y voient une fuite.
J’y vois au contraire un engagement, une manière de refuser les distractions et les injonctions à faire plus, à produire plus, à courir plus, à s’enivrer plus.
J’y vois un acte de résistance et de rébellion qui consiste à dire : je ralentis. Je prends le temps de laisser émerger de la conscience sans avoir besoin d’en faire quelque chose, juste raconter.
Alors la magie des histoires peut opérer, cette magie qui charge de sous-texte une trame simple, lisible. Cette magie qui raconte l’universel sous-couvert de parler du singulier.
C’est pour cela que j’écris.
Et vous ?
Anaël
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Il y a une croyance qui me remue le bide à chaque fois que je l’entends chez un auteur que j’accompagne. C’est l’idée que l’on doive se ranger dans un camp :
- Architecte ou jardinier
- Planificateur ou improvisateur
- Cerveau droit ou cerveau gauche
- Auteur de tel genre ou tel autre
- Défini par tel style ou tel autre
L’on aime bien catégoriser. Cela nous rassure en gommant une part de l’incertitude qui nous angoisse tellement.
Et catégoriser, c’est très bien pour, disons, aider un lecteur à comprendre le livre qu’on lui propose. Ou pour offrir des quiz sur Internet, dont on pourra ensuite diffuser le résultat sur les réseaux sociaux.
Ça l’est beaucoup moins pour fluidifier la créativité.
La créativité se nourrit de curiosité, d’agilité, de ponts tirés entre les différentes parts de soi, de facilité à jongler avec tous les outils qui sont mis à notre disposition.
On peut choisir de dessiner seulement en noir et blanc, parce que cela nous offre l’opportunité de travailler, par exemple, la valeur du trait et les ombrages, mais dire « je suis un dessinateur de noir et blanc », cela nous coupe toutes les nuances que la couleur pourrait apporter à notre dessin.
Il ne s’agit pas de tout faire, mais de cultiver l’envie d’aller voir « comment c’est quand… »
Comment c’est quand je tords le langage ?
Comment c’est quand j’écris un huis clos ?
Comment c’est quand je construis une épopée ?
Comment c’est quand je joue avec des personnages qui me ressemblent trait pour trait ?
Comment c’est quand mes personnages n’ont pas le même sexe, pas le même âge, pas les mêmes passions, et des valeurs opposées aux miennes ?
Comment c’est quand j’écris à partir de ma vie ? À partir de celle de mon voisin ?
Comment c’est quand j’invente de toute pièce au point de me demander d’où tout ça sort ?
Comment c’est quand j’écris le matin ? Quand j’écris la nuit ? Le midi ? Par tranches de cinq minutes ? Par blocs de 5 heures ? Pendant une nuit blanche ? Des histoires longues ? Des histoires courtes ? Des histoires très courtes ? Tellement courtes qu’on ne sait pas dire si ce sont vraiment des histoires ?
Juste ça, « comment c’est, quand… »
Cela demande de s’affranchir de l’attente d’un résultat et de concentrer son attention sur autre chose.
On pourrait dire qu’elle se concentre sur le plaisir d’écrire, sur la jouissance du texte, sur la dégustation des états de l’écriture, mais ce serait incomplet.
L’attention, quand elle est nourrie par la curiosité, se concentre sur le sens des possibles. C’est une expansion de son champ d’écriture mais aussi une expansion de soi.
On arrive à se surprendre soi-même : « wow ! je suis capable de faire ça ?! »
Dans cet espace de surprise, c’est un peu de notre rigidité qui s’effrite. Et si j’étais plus vaste que ce que je croyais ? Et s’il n’y avait pas de limite à ce que je peux m’autoriser ?
Et si c’était là, justement, dans cette exploration des frontières arbitraires par lesquelles je me définis, et par le fait de pousser plus loin l’exploration de moi-même, là justement que naissaient les œuvres d’art ?
Il y a des livres confortables. Ceux que l’on se sait capable d’écrire, parce qu’ils correspondent à l’auteur que nous pensons être. Ces ont des livres impeccables, très maîtrisés, d’une technicité au cordeau.
Et puis il y a les livres vrais. Ceux que l’on doute d’avoir su écrire, ceux qui nous maintiennent sur le cordeau de notre sensibilité et de notre vulnérabilité, ceux qui se nourrissent de notre curiosité et nous posent des défis que seule notre créativité la plus débridée peuvent résoudre.
Quand je parle de créativité débridée, je ne parle absolument pas de grande imagination. Ça c’est un raccourci cognitif qui évite de se confronter à la bonne question. La créativité, ce n’est pas la faculté d’imagination, c’est notre faculté à trouver des solutions sur-mesure à des problèmes qui semblent insolubles.
Cela peut être aussi simple que de changer une tournure de phrase. Ou un décor. Ou de penser son roman comme un bouquet plutôt que comme une chronologie. Ou de trouver une manière de restituer un accent régional.
Oui, tous ces exemples viennent d’auteurs avec lesquels je travaille ou ai travaillé.
Notre travail n’est pas d’appliquer des techniques. Il n’est pas non plus de prendre position face à telle ou telle approche méthodologique.
Bien sûr, certaines nous viendront avec plus d’aisance. Certaines nous paraîtront évidentes et seront un match instantané. D’autres nous demanderont plus de travail et nous paraîtront plus laborieuses. Certaines réclameront un effort qui nous semblera plus important. Certaines nous sembleront vides de sens.
Notre travail est de ne pas nous arrêter à ces sensations mais de simplement les observer. De dire « d’accord, voilà comment ça me fait réagir quand j’aborde le projet de cette façon-là », et de continuer le travail.
Parce que si l’on ne sait jamais par où viendra la solution à un problème créatif, notre intuition sait nous guider. Si elle nous dit « change de modalité de travail », nous devons l’écouter.
Mais sa voix n’est pas plus élevée qu’un murmure tandis que les doutes, les râleries, l’angoisse du perfectionnisme, la rigidité des apprentissages (du « c’est comme ça que ça doit être fait), la peur du jugement des autres si l’on s’autorise à écrire ça, toutes ces voix s’expriment plus fort.
Il faut donc apprendre à ignorer la cacophonie pour mieux discerner la voix délicate qui sait, qui sent, même quand ce qu’elle a à nous dire ne nous plaît pas, même quand ce qu’elle nous souffle signifie qu’il va falloir redoubler d’efforts, rencontrer de nouveaux espaces d’incertitudes, aller au contact de notre vulnérabilité, assumer notre singularité.
C’est cet apprentissage du discernement que je vous propose à partir du 12 décembre, au cours d’un cycle d’ateliers d’un genre un peu différents :
- 8 séances préenregistrées d’écriture guidée : pendant 8 de 12 semaines, vous recevrez un enregistrement dans lequel j’accompagnerai votre écriture. Vous serez invité à écrire en m’écoutant, 5 fois par semaine, 5 fois la même guidance.
- 12 séances d’intégration en groupe. Une fois par semaine, nous échangerons sur votre pratique, vos séances, les sensations qui auront émergé, les questions que cela soulève, et la manière dont vous pouvez intégrer cette expérience à votre pratique en général
Vous développerez votre curiosité et rencontrerez vos espaces de résistance autant que vos espaces de confort.
Vous affinerez votre discernement.
Vous apprendrez à dissocier vos états pendant l’écriture du jugement que vous portez sur votre pratique.
Vous apprendrez à renforcer votre présence à l’écriture tout en cultivant une juste distance par rapport au texte.
À l’issue de ces 12 semaines de pratique, vous aurez gagné en expansion. Votre créativité sera moins rigide, plus libre de vous surprendre.
Vous gagnerez en curiosité et en discernement.
Votre écoute de votre intuition sera plus fine.
Vous garderez accès aux modules et pourrez ainsi poursuivre vos explorations en solo aussi longtemps que vous le souhaiterez.
Les 8 sessions guidées vous permettront d’explorer 8 modalités d’écriture différentes qui sont autant de piliers sur lesquelles asseoir solidement votre pratique.
Pour cette première cohorte, puisque je vais la construire avec vous et que vos retours me permettront de l’améliorer, le tarif sera de 397€.
Et si vous vous inscrivez avant le 30 Novembre (la formation commence le 12 Décembre), économisez 100€ de plus en profitant d’un tarif avancé de 297€.
Je travaille encore à la page de présentation et au lien de paiement. Vous pouvez vous inscrire par retour de mail, je vous donnerai tous les détails.
Si vous avez des questions sur le contenu de ce mail ou sur la formation, cliquez simplement sur « Répondre » 😉
Anaël Verdier
PS : Le 12 décembre commence une nouvelle formation destinée à construire votre confiance dans le processus créatif. Vous y explorerez plusieurs formes de scènes et ferez connaissance avec touuuuuuuus les états qui peuvent surgir pendant vos sessions d’écriture. En vous inscrivant avec le 30 novembre, vous économisez 100€ sur un tarif déjà réduit (c’est la première cohorte, on va le construire ensemble).
PPS : le Mastermind offre un espace d’accueil de votre écriture et d’exploration guidée de vos projets. Vous y rencontrez d’autres auteurs et normalisez l’acte d’écrire et ses étapes. Vous y trouvez de l’écoute en période de doute et des outils pour retrouver le fil de vos projets. Vous y recevez un accompagnement sur-mesure pour explorer les modalités de votre écriture et prendre vos marques à l’intérieur de votre quotidien d’auteur, où que vous en soyez de votre parcours. Et quand vous ne doutez pas, que la confiance est au rendez-vous, vous y recevez de quoi consolider votre pratique et votre méthode d’une manière qui vous ressemble et vous convienne.
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Si vous voulez travailler avec moi, plusieurs options :- Découvrez l’intégralité des formations Une Page à la Fois sur cette page. Les accompagnements en direct ne s’y trouvent pas.
- Si vous êtes sensible aux décors, apprenez comment ils peuvent vous ouvrir les portes de votre intrigue et de vos personnages. En vous concentrant sur les détails d’un lieu, vous pouvez donner vie à toute une histoire.
- Le mastermind s’adresse aux auteurs qui veulent apprendre, par la pratique, avec les contraintes de leur vie, sans faux-semblants ni fantasmes des conditions idéales de l’écriture. Une page à la fois, vous apprendrez à reconnaître les étapes de votre processus créatif, et vous les apprivoiserez.
- Si vous préférez entrer dans l’histoire par les personnages, apprenez comment leurs paradoxes, plus que n’importe quel élément de caractérisation visible, leur permettra de laisser une trace indélébile dans l’imaginaire de vos lecteurs.
Et toujours mon podcast et ma chaîne Youtube pour explorer votre relation à votre écriture.
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📚 Découvrez la quasi intégralité de mes livres sur cette page de référence.
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