Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • [1pàlf] Ce petit frisson qui ressemble à de la peur

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    Bonjour,

    Exercice d’échauffement

    Écrivez un texte à partir de ce que vous ressentez là, tout de suite. Je ne veux pas un texte autoréférentiel mais une fiction qui part de quelqu’un qui ressent quelque chose. Vous pouvez changer le décor, changer le sexe et l’âge et même l’espèce de la personne ou de l’objet ou de l’animal qui ressent quelque chose, mais pas le ressenti. Ce ressenti c’est le socle de votre texte et c’est ce qui lui donne sa vérité.

    Prenez 15~20 minutes et voyez comment ça se transforme.

    Les passages les plus intéressants à écrire sont aussi les plus terrifiants

    Hier, j’étais en plateau et le clown qui me visite en ce moment était au rendez-vous. Il a plusieurs fois éclaté de colère. Je l’ai laissé faire mais à la fin, quand le clown est reparti, je me suis senti honteux et un « pardon » m’a échappé.

    Il est bizarre, ce « pardon », parce qu’on est là pour ça : pour s’exprimer, pour explorer, pour jouer à faire semblant. En plateau comme sur la page sortent des aspects de l’humanité auxquels on ne veut pas forcément s’identifier. Quand je dis « on », j’entends soi, « je », ce masque que nous prenons pour notre identité.

    Moi, Anaël, je n’étais pas à l’aise avec les débordements du clown, mais pour ce personnage-là, à ce moment-là, c’était juste.

    C’est un obstacle, cette image que l’on veut renvoyer et cette honte quand on sort du cadre. Un obstacle à notre créativité et à la liberté d’expression qui rend l’art intéressant.

    L’intertitre que j’ai donné à cette partie est une paraphrase d’un mail que m’a envoyé une participante à l’atelier du mardi suite à un retour que j’ai fait sur son projet.

    Je disais : mon hypothèse c’est que tu ne vas pas assez dans les failles du personnage, et elle m’a répondu, en substance et sans rien révéler du projet : je le sens, je sens aussi que ce serait ce qu’il y a de plus intéressant à faire. Et ce qu’il y a de plus terrifiant.

    Dépasser la peur

    La peur, en ce qui me concerne et dans ce que je crois observer chez les auteurs que j’accompagne, ce que je retrouve dans beaucoup de livres sur l’acte créatif, la peur donc, est multiple.

    C’est la peur de déborder que j’évoquais juste avant.

    C’est la peur de ce que l’on va devoir traverser intérieurement si l’ »on y va ».

    Ça peut être la peur de ce que l’on va découvrir de ce qui nous traverse (je ne dis volontairement pas « ce que l’on est » ou « ce qui nous habite », les personnages et les histoires nous traversent, on n’a pas besoin d’en faire un sujet psychanalytique, des fois c’est juste le résultat d’une écoute un peu trop fine du monde et des courants qui agitent l’humain en général).

    Ça peut être la peur de ne pas savoir quoi faire de ce qui sort.

    La peur est paralysante quand on ne sait pas de quoi elle parle.

    Vous ne travaillerez pas pareil si vous avez peur du débordement ou si vous avez peur de ne pas savoir quoi faire de ce qui sortira.

    Avoir peur n’est pas un problème. D’ailleurs, est-ce réellement de la peur ?

    C’est peut-être le trac de s’exprimer et de ne pas savoir ce qui va sortir.

    Ou le vertige avant de se jeter dans le vide.

    Ou le petit frisson d’excitation que l’on ressent au moment de pousser une certaine porte pour la première fois.

    Apprivoisez cette sensation et reconnaissez-la pour l’invitation qu’elle vous tend.

    L’invitation au jeu et à l’audace du vrai

    Écrire, c’est s’exprimer. S’exprimer c’est s’amuser et c’est se dire.

    On ne se dit pas au sens autobiographique, mais au sens où l’on puise à notre expérience intime pour nourrir le texte, même si sa forme (ce qu’il raconte et comment il le raconte) n’a rien à voir du tout avec nous.

    Ça peut être l’histoire d’un petit galet qui fait des ricochet et parler de notre vie en rebonds successifs. Ou de notre sentiment de rester à la surface des choses. Ou de notre sens de l’aventure.

    La plupart du temps, on est obsédé par l’histoire : qu’est-ce que je raconte ? Où ça se passe ? Avec quels personnages ?

    Et si, ce qui compte, c’était plutôt ce dont ça parle ?

    Quand nous écrivons à partir de ça, du truc qui s’agite quand on écrit, de la manière dont ça parle de notre expérience du monde, de ce que ça nous fait d’être humain, d’exister, d’avoir vécu peut-être un moment précis de notre histoire, le reste a tendance à se mettre en place tout seul et même les maladresses d’écriture deviennent touchantes.

    Si on se détache de la forme, une forme s’invite.

    C’est peut-être ça le plus dur, accueillir la forme qui se présente et lui donner de la place, se décentrer de soi et se mettre au service de la forme.

    Ce n’est pas mon idée de ce que doit être l’écriture, de ce qui est noble, des formes qui valent le coup, qui compte.

    Ce qui compte c’est ce qui est là et comment je l’écoute et je l’entends et je l’aide à s’exprimer pleinement.

    Mais pour ça, il faut oser se faire un allié de ce petit frisson qui ressemble à de la peur et qui est aussi de l’excitation. Et jouer avec.

    À très bientôt,
    Anaël Verdier

    ***

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  • 2026 03 10

    Journée hachée. Blocs dispersés. Attention en pointillés. Dentelle de concentration. Demain sera différent. Demain sera mieux. Plus concentré. Plus unifié. En attendant, je papillonne, je tâtonne, j’ânonne. Aujourd’hui, j’écoute les colocataires parler de ce qu’ils font, de comment ils le font. Je discute clown. Je discute écriture. Une journée de discussions, pas de production. Calmer l’animal fou dans ma tête qui cabre et souffle et se fâche et se cache. 谁是我?

    À quoi je passe mon temps ? À quoi je consacre ma vie ? « Je ne crois à rien. Il n’y a que l’inutile qui m’enchante » écrit Philippe Petit. Je note et renote cette citation, comme un signe de reconnaissance, comme une invitation à fabriquer du brouillard. Je dis passer ma vie à vouloir être compris, je crois qu’il est plus vrai que je fais tout pour ne pas l’être, parce qu’être compris cela me donne un sentiment d’enfermement, je préfère rester insaisissable, à commencer par moi.

    Le clown qui me visite en ce moment prend beaucoup de place. Se met vite en colère. Agresse un peu tout le monde sans que personne ne se sente agressé. C’est un drôle de personnage à vivre, ce personnage confrontant que le public accueille avec le sourire. Quand j’en sors, si je reste dans le contact, la relation avec le public change. Il accepte moins la créature. Que communiquent une voix, une posture ? Ce clown est comme un chien fou, une créature jetée dans le monde, qui s’agite sans relâche. J’avais annoncé « je fais calme, aujourd’hui ». J’ai fini en sueur et courbaturé, comme j’aime. Comme je préfère.

    Ce clown qui me visite me plaît. Il prend toute la place. Il veut toute la place. Il ne sait pas être seul. Je crois que seul, il tournerait en rond comme dans une cage, mais je ne dois pas livrer ça, ça appartient au travail de recherche. Au plateau. À l’intime du dévoilement progressif de la créature.

    Hier, c’était un jour avec lui. Aujourd’hui, il faut le contenir et revenir à mes autres activités. Résister à la tentation de me livrer à lui… ou y céder et retrouver de la liberté, n’en déplaise à la psy.

  • 2026 03 09

    Ah les saisons de la vie d’un homme, comme son cœur enfle et se rétracte à mesure que ses préoccupations dégonflent et enflent, comme son univers s’élargit ou se concentre à la largeur de son regard dans ce monde aux rivières d’argent aux horizons fiscaux plutôt qu’artistiques qu’il est difficile d’avoir l’âme d’un saltimbanque on vous demande si l’on peut rester bohème toute sa vie on vous reproche d’être allergique au confort bourgeois et de fuir tout ce qui ressemble au franchissement du monde des adultes sans voir que ce monde n’est qu’un autre modèle de trompe-l’œil peint sur la rétine des gens ah les saisons de la vie d’un homme quand les profondeurs des comptes en banque deviennent la mesure de toute chose que les innovations techniques supplantent l’émerveillement face au miracle d’être en vie heureusement il reste l’art il reste le clown il reste la poésie.

  • 2026 03 08

    Trop de priorités créent de la confusion. La hache tranche radicalement dans la masse. Dimanche maugréant devient dimanche centré. Plaisir et avancées notables. Je commande mon nouveau maquillage de clown. Bientôt, je pourrai jouer avec les formes et les visages, trouver l’apparence qui va le mieux à ma nouvelle créature. Il me reste tant et tant à explorer et à vivre !

  • 2026 03 07

    Passer une journée à faire le ménage offre quelque chose de reposant. L’odeur de savon noir qui s’attarde dans l’air, la façon dont la lumière rebondit sur les surfaces, indiciblement plus claire. Écouter un nouvel album de Saya Gray est toujours une expérience esthétique qui me transporte dans des espaces intéressants. Après un spectacle d’impro, je me perds dans l’hallucination d’un centre commercial du quartier. Hyperstimulation, marques et produits en excès, hypnose de la consommation exacerbée est-ce que j’ai besoin de ça de quoi d’autre ai-je besoin qu’est-ce qu’il me manque et si je testais ça oh les jolies couleurs tiens je ne connaissais pas cette variante labyrinthe où s’envole mon discernement. Au détour d’une allée une baie vitrée surprise de la lumière du jour frappant mes pupilles. Si je m’attendais ! pire qu’un gamin surexcité les ados obligés d’être mes gardes-fou. Drogué par l’excès. J’ai dépensé combien Mais j’ai acheté quoi, au juste ohnon j’ai oublié le liquide vaisselle on y retourne ?

    Non !

  • 2026 03 05

    Focus en bataille. Le problème c’est pas tant la douleur que le lieu et ses distractions. L’association géographique à une qualité d’attention est un vrai sujet. Avoir un bureau maintenant me canalise et m’ancre. J’évite de solliciter mon dos, mes épaules, alors pas question de transporter l’ordi et tout les périphériques pendant vingt minutes. J’en profite pour faire du ménage dans mes boîtes mail. Le printemps est au coin de la rue, disons que je prends de l’avance sur le Grand Ménage™saisonnier. C’était la pleine lune, il y a ce nettoyage-là en cours, aussi. La rupture physique ouvre le chemin à la circulation énergétique des profondeurs. Le mystère est mon allié. J’avance dans ma liste des projets à livrer. Je ne sais pas où ça m’amène. Le chemin se déroule sous mes pas, c’est déjà quelque chose.