La pratique comme chemin de vie. Do/Dao, traduis en français par « la voie », en fait une réalité plus complexe. Parler de la pratique s’avère rapidement difficile. Aucun discours ne peut résumer ni rendre compte de l’expérience intérieure qui découle du fait de répéter les mêmes actions, le même focus vers son intériorité, jour après jour, pendant des décennies.
De l’extérieur, cela ressemble à une série de mouvements, mais l’important est à l’intérieur. C’est dans la conscience et la présence exigées, dans la décision chaque jour renouvelée de son engagement dans la pratique, dans la responsabilité et la fermeté de caractère que cet engagement renforce, dans l’humilité de découvrir qu’on est à la merci d’une mauvaise journée pour perdre le fil, de l’humilité, toujours, nécessaire pour reprendre le fil quand on l’a perdu sans tourner en boucle, sans s’apitoyer, sans se décourager.
La pratique nous pousse au-delà de l’espoir et du désespoir, dans une temporalité infinie. Il n’y existe que l’instant présent de cette pratique ce jour-là, mais c’est un présent qui sera répété demain, et le jour d’après, pour l’éternité.
La pratique n’est pas liée à un projet même si des projets peuvent y naître. Il serait faux de dire qu’elle est le projet, ce serait nous détourner du fait qu’elle est sa propre finalité. Pourquoi pratique-t-on ? Pour pratiquer. Parce qu’il n’y a pas de façon plus profonde de vivre. La pratique est le fruit d’une décision. Parfois elle naît d’une rencontre avec un objet d’étude, parfois elle émerge de manière organique de l’individu lui-même, elle peut surgir suite à une expérience difficile ou comme réponse à la question « pourquoi suis-je là ? » ; « à quoi ai-je envie de consacrer mon temps ? »
La pratique ne trouve sa raison d’être dans les bénéfices qu’on en tire, même si ces bénéfices sont bien là, tangibles et plaisants, et même s’ils ont des répercussions sur le reste de la vie du pratiquant. La pratique est sa propre raison d’être. Pourquoi j’écris ? Pour écrire. Pourquoi je médite ? Pour méditer. Pourquoi je marche ? Pour marcher.
Chaque jour, la même décision : me mettre en action.