Catégorie : Journal

Ici, c’est un journal de bord, un outil pour garder pied et garder le cap.

  • Manifeste 2022 – 4

    Je veux raconter la joie de la rupture. La douceur d’être seul. Le plaisir d’être avec soi-même.

    Je veux écrire sur l’amour. Les femmes. La souffrance de ne pas les satisfaire. L’impossibilité d’être à elles, tout en n’étant qu’à elles.

    C’est un livre sans trame, pour l’instant. Il devrait avoir une histoire.

    Je sors des soucis de “voyez-moi, reconnaissez-moi” qu’il y avait dans les Zèbres. Je voudrais raconter une histoire qui touche les lecteurs, qui ne soit pas à mon sujet mais qui soit moi.

    Une histoire d’amour, sans doute. Ou avec des amours dedans.

    Quelque chose de triste.

    J’ai déjà écrit des choses joyeuses et légères pour Rocambole. C’est le boulot d’Adeline.

    Je voudrais qu’Anaël Verdier soit une marque qui évoque, oui, Biolay et Mazué.

    Pas parce que je suis un bonhomme triste, mais parce que je porte aussi cette tristesse existentielle. Et parce que je ne veux pas être un instrument de la culture du tout positif, tout joyeux, qui nie la valeur et la beauté des autres vibrations émotionnelles.

    Et puis parce que c’est beau, la tristesse.

    Mais je veux éviter d’être trop autoréférentiel. Ce n’est pas ma tristesse qui m’intéresse, c’est celle d’être vivant et de savoir que l’on va perdre une bonne partie des gens que l’on aime avant de soi-même mourir. Et que cela ne doit pas nous faire perdre de vue la joie de vivre, l’exaltation, l’envie de faire, et de vivre, et d’exister à fond.

  • Manifeste 2022 – 3

    Il y a des jours où j’ai envie de plonger dans le plaisir de la tristesse de vivre, cette mélancolie profonde qui me prend quand je pense à tout ce que j’aime dans cette existence, qui finira dans un instant, un an, ou trente. Un jour je serai mort. Un jour toutes ces belles choses qui m’exaltent et me réjouissent, l’amour, les rencontres, les étincelles dans les yeux des filles quand elles vous aiment, le merle qui niche dans mon jardin, la chaleur alanguie des jours d’été, les pentes enneigées de l’hiver, le temps perdu, le temps gâché, le temps vécu, ces matins à me recroqueviller sous mes couvertures pour profiter un peu plus longtemps de la chaleur et de la détente. La musique, les films de Wong Kar Wai, la poésie de Ben Mazué, les câlins avec mon fils, le flirt, la légèreté de mon pas dans les rues de l’après-midi, à ne rien faire que flâner, l’urgence des échéances qui approchent, ma colère contre l’administration aveugle et sourde, mes larmes qui coulent quand je pense aux amis perdus de vue, aux amours terminées, aux opportunités que j’ai laissé filées, aux réunions de famille qui n’auront plus lieu parce qu’il est parti pour de bon, lui, le patriarche. L’angoisse de mon père qui n’aime pas sa vie, qui se déteste au point de vouloir disparaître. À ce weekend que j’ai passé à son chevet, à lui en vouloir et à rencontrer sa détresse. Je veux écrire un livre qui porte toute cette tristesse, qui parle avec pudeur et avec justesse de la vie, de son énergie douce, de sa finitude tragique et poétique qui est une invitation à vivre. Je ne voudrais pas être immortel. Je ne voudrais pas rester jeune à jamais.

    J’ai envie, pour ce roman, de raconter Paris. Parce que Paris est une ville unique et magique et qu’aucune autre ne m’a fait ressentir ce qu’elle m’a fait vivre. Je ne sais pas si c’est la ville ou la période de vie. Si c’est l’imaginaire qui existe autour de Paris ou si c’est la nostalgie, mais Paris…

  • Mélancolies – 1

    Ils ne comprennent pas, les joyeux du monde, le plaisir que l’on peut ressentir à laisser la mélancolie épouser les contours de notre âme. Ils fuient tout ce qui leur évoque inconfort, tension ou douleur. Ils ignorent quel bonheur existe dans les méandres de la noirceur intérieure. Ils n’avancent que dans la lueur de leurs lampes à pétrole vacillantes, tremblent au moindre mouvement des ombres.

    Ils ne comprennent pas la densité de l’existence, que ce n’est pas dans l’agitation pour répondre aux exigences d’un monde créé de main d’homme que l’on trouve le sens et l’épanouissement. C’est dans la vie elle-même, dans le simple et banal fait d’être. Là. Ici. Dans le monde. Posé. Existant. Souffrant. Riant. Étant.

    Je souffre de voir l’agitation des singes humains. Je souffre de les voir, emportés par leur ronde, heurtant leurs cymbales, tenter de m’emporter avec eux.

  • Réussir ou mourir, putain de mantra

    Quarante ans. Il s’est toujours dit que ce serait l’âge qui ferait la différence, celui auquel il brillerait enfin, vivrait sa vraie vie. En fait de vraie vie, que ce serait le moment où il cesserait de s’encombrer de tous les filtres et les blocages qui alourdissaient son épanouissement. Il était en route mais pas encore arrivé – logique, on ne franchit pas la ligne avant d’avoir terminé la course. Il s’accrochait. Avait arrangé sa vie pour ne se laisser aucune alternative. Réussir ou mourir. Réussir ou mourir. Putain de mantra. Pas pote avec le bonheur, il préférait souffrir d’arracher sa vie à l’inertie et à la force de gravité que béer devant un confort inerte et paisible de vie moyenne. Il ne courait pas après les prix ni après la richesse mais définissait la grandeur de sa vie à sa capacité à agir avec panache, à oser des choses qui, sur le coup, lui importaient et lui paraissaient insurmontables. Il cherchait à se réaliser, à s’extasier, à nourrir sa curiosité de tout ce que la vie pouvait offrir à son imagination. Quarante ans. L’âge de vivre sa vie, de mettre à profit vingt ans à travailler dans l’ombre et aiguiser ses outils. Tout se déroulait selon son plan. À cette nuance près que la vie vécue était plus terne que la vie imaginée, qu’entre les grands moments éclatants il y avait ces longues plages d’ennui et de morosité. Ça ne faisait pas un bon film : se lever, se laver, se brosser les dents, manger, faire ses courses, classer ses papiers, choper un rhume, avoir la flemme, se coucher, se lever, recommencer. Et au milieu, briller en travaillant avec grâce. Offrir du rêve, offrir des idées, aider le reste de l’humanité à passer le temps à l’intérieur de sa grande cage dorée en préfabriqué recyclé.

  • La soif d’argent, le désir sain d’argent

    Couvrez-moi d’argent. Faites pleuvoir les billets sur mon corps fatigué. Payez ce qui m’est dû. Le fruit de mon génie. Remplissez mes placards d’or. Réglez mes factures. Faites sonner à la porte de mon appartement des livreurs chargés d’offrandes. L’abondance a trop tardé. Regardez-moi. Regardez l’homme que je suis devenu, regardez mon talent, et mon dévouement à ma voie. Libérez-moi des contingences matérielles. Reconnaissez ma joie, mon enthousiasme, la puissance de ma pulsion de vie. Récompensez-moi. Maintenant.

  • La vie en loterie

    Ce matin j’ai eu cette idée d’un mini article sur le chaos. Sur le fait que le monde était construit sur l’idée – fausse – de stabilité. Que les institutions, les lois, le système dans sa globalité visait à maintenir l’existant, à éviter le changement. Je me demande à quoi ressemblerait une société basée sur le changement – pas le chaos, mais l’aléatoire. On pourrait tirer les lois au sort, et aussi la valeur de l’argent, et aussi les endroits où les gens vivent, et les identités. Chaque jour tu pourrais te réveiller dans une autre vie. Ce serait ça, la normalité. Jusqu’au jour où les choses cesseraient de changer.

    *

    Je ne suis plus nostalgique du passé ni de l’avenir, à peine du présent. Je suis en attente. Comme tu peux l’être quand t’as une échéance qui va tomber, sur laquelle tu n’as que peu de pouvoir. Le remboursement d’un emprunt. Le remboursement de dettes. La vie recommence après ça, même si elle est déjà là, la vie, malgré le virus et la pandémie et la flippe généralisée. J’ai pas rencontré de nouvelles personnes depuis longtemps. Ça me manque un peu depuis quelques jours. De ne pas sortir, de ne pas être plongé dans le mélodrame des autres. Je n’aime pas tourner en rond dans mes propres non-histoires.