Journals are like the photographs of the soul,
A book about journaling
Drifting through your old pages is like looking in a mirror and seeing your old reflection, odd and familiar at the same time.
Journals are like the photographs of the soul,
A book about journaling
Drifting through your old pages is like looking in a mirror and seeing your old reflection, odd and familiar at the same time.
I’m leaving, now
A short story about relationships and their meaning
« Does it bother you that they want to tag along ?
– How do you mean ?
– When you say one day you’ll leave for London. And they say: « you’ll make us end up in London ». Does it bother you that they feel invited ?
– No. Why should it ? They’re my family.
– It bothers me. When I say: « I’ll leave » and she says « I need to find a job there, I could open a bed and breakfast or start an import business ». I feel … violated is a strong word but it’s close enough, so it will do.
– Why ? This should reassure you.
– I’m not insecure about the relationship. If I leave, I want to leave alone. A fresh start.
– You don’t care about her enough.
– Maybe I don’t.
She looked at me and asked, curious: ‘You said you wanted me to come »
– I did.
– Did you feel violated when you invited me ?
– It was my decision, you didn’t force yourself on me.
– What if I said yes ?
I remained silent. I wanted her to come with me. I needed her around me. When she was away it was painful. I didn’t think about her husband or her kids. When she was with me, what we had… this went beyond husbands and girlfriends. I needed that. I needed her. I needed us.
– Would you ? I asked
She paused.
– Probably not.
I shrugged.
– I’m ok with it. I’ll leave anyways. I’d like for you to be there with me, on the plane. And finding a new flat and living on a mattress on the floor for a while. For the while it would take us to figure things out. But if you’re not there, I’ll sleep on the floor alone and I’ll like it, too. Because what matters is to leave.
I didn’t know how much of that was true. Not being with her while she lived half an hour away was one thing. Not being with her six thousand miles away was something else.
But I meant it. Either way, I would leave. The difference would be the amount of tears I’d cry.
– So, that’s it, then ?
– No. This, the bound we share, I can’t feel complete without you anymore. When I write I write for you. When I imagine stories, I wonder what you would think of them. When I listen to songs that touch me, I want to share them with you. Because you make them more meaningful. Because I like the way you react to them and the way you add to them.
– You’re in love.
– I’m not. It’s what we have. This creative bound. You’re the one who called me soul mate.
– Because you thought of it.
– That’s your answer ? I know you didn’t play me. I know you were sincere. I know we’ve found each other after a long search. All the beacons I’ve sent in the world. They were destined to you. All the journey that precedes it was meant to build me for you.
– You’re getting ridiculous.
– I don’t care. You feed me. You nourish my imagination and my creativity. You ignite sparkles in me and I can’t stop them from spreading all over my brain. You welcome them with your open arms and you know how to steer them.
– I’m your guardian, then. I protect you from your madness.
– Why don’t you want to admit that what we have is unique and precious and rare ?
– Oh, but I do. I admit it.
– So, leave with me!
– I won’t. I have a family.
– They’ll be fine.
– You don’t know that.
– Ok. Fine. Don’t come.
I turned away. We remained silent for a short while. She took my hand.
– Why don’t you stay ?
– I can’t. You know I’ll die if I stop moving.
– Don’t you think that’s just an idea that you’re entertaining ?
– No, I can feel it. When I stop to move, I begin to shrivel. My brain dries up. My body slumps.
She let go of my hand.
– When are you leaving ?
– I don’t know. Next month ? Next year ? Not much later.
– What about all the things you have here ?
– They’ll be fine without me.
– What about the people ?
– They’ll forget.
– But will they forgive ?
– I’m free of guilt now, so I’ll be fine even if they don’t.
– There’s really no way I can convince you to stay ?
– There’s really no way I can convince you to leave ?
The discussion was over. We were at a dead-end.
2025
On est au pic de la pollution mondiale. Les catastrophes naturelles s’enchaînent. Les tremblements de terre se succèdent en Californie et on attend avec crainte le Big One. Les pirates ont pris le pouvoir dans la Mer Rouge et la Corée est prête à lâcher la Bombe sur le monde occidental. On vit dans la crainte permanente d’attentats terroristes mais les campagnes sont pires que les villes. Les instincts communautaires se sont amplifiés.
Dans les villes la vie n’a pas beaucoup changé, à part quelques avancées technologiques. Le climat y est à l’extrême limite de la guerre civile. C’est manif toutes les semaines. Les militaires sont dans les rues, à part quelques quartiers de Paris qui sont passés aux mains des gangs comme les Champs et les Halles. Dans les rues, les ordures s’entassent et servent de combustible aux feux de joie qui brûlent un peu partout.
Les fanatiques de tout bord se sont réveillés et les gurus se trouvent par poignées à tous les coins de rues. L’idiosyncrétisme spirituello-philosophico-branlette est à son apogée. J’ai quarante trois ans et je suis devenu shaman urbain. Tout a commencé par un voyage au Népal il y a 26 ans, mais c’est une autre histoire. Là je suis en train de m’exciter devant une nana qui se désape avec plus ou moins d’élégance derrière sa paroi de verre. Ma femme est partie s’installer dans une communauté-ferme d’artistes en Corrèze depuis que j’ai viré shamano-mystique. Ma fille passe me voir de temps à autre, sapée comme une lolita gothique tendance BeiJing post Shibuya. Mon fils est aux abonnés absents depuis plus de quatre mois et pour autant que ça me concerne : j’en ai rien à foutre.
Pour quelques Euroyuans de plus, je pourrais dématérialiser la vitre et me faire sucer par les lèvres qui articulent des invitations voluptueuses en face de moi mais depuis quinze ans l’éjection de mon foutre s’accompagne d’une souffrance insupportable. Alors j’évite. Je me caresse doucement sous le fute. L’excitation grimpe. Je sens l’animal nourri au triple X prendre le dessus, avec son besoin de gicler partout sur cette fille. Une respiration profonde et je canalise la bête. L’énergie et le plaisir remontent le long de ma colonne et explosent dans ma tête. Pure jouissance. Je pourrais continuer à l’infini comme ça mais je remercie la fille de la main et je presse sur le bouton. Le verre s’opacifie. La fille disparaît. Au revoir Kate. A bientôt Kate. Des champs électriques se mettent en branle, des impulsions résonnent le long des réseaux, emportant avec elles mes Euroroyuans pour un voyage dématérialisé vers les comptes de la pute et de son mac.
Je terminai mon verre de rhum brun, douze ans d’âge. Dehors, il neigeait et j’avais besoin de courage. Dans la salle du bar, une femme dansait seule. Elle avait la peau chocolat, une robe collée à son corps ondulant épousait ses courbes prononcées. Ses hanches, son ventre, ses fesses, tout en elle était femme. J’aurais voulu coller mes lèvres sur ce corps couvert d’une fine pellicule de sueur, goûter le sel de ses pores. Il m’aurait suffi de repousser le coup de fil, faire comme si de rien n’était, continuer à vivre au jour le jour sans me soucier des conséquences. Je ne pensais pas en être encore capable. Quelque chose s’était brisé en moi, pardon pour le cliché. Surtout que ce n’est pas vrai. Rien n’était brisé. Quelque chose avait disparu. Pas mon insouciance mais mon implication dans le monde et dans ma vie.
Plus rien ne m’attirait. Je me foutais de tout. Je ne voyais plus l’intérêt de rien faire. Je fantasmais parfois que je frappais à la porte d’un monastère et m’engageais dans une vie de contemplation pure. A ce stade-là de mon existence c’est la seule vie qui me paraissait porter du sens. J’avais tout réussi. J’étais heureux dans mon mariage et avec mes enfants, j’avais créé le travail idéal, je gagnais confortablement ma vie et vivais dans l’appartement de mes rêves. Rien n’aurait pu être mieux. C’était sans doute ça le problème. Je n’avais plus rien après quoi courir. J’étais arrivé. Je savais que la route n’était pas terminée, qu’il y aurait des hauts et des bas, des luttes, des déconvenues, mais j’étais heureux et déterminé à le rester.
Ce qu’aucun manuel de développement personnel ne vous explique c’est que le bonheur c’est chiant. Je m’ennuyais. Ce n’était pas nouveau, j’avais commencé à m’ennuyer le jour où mon bilan annuel s’était équilibré. Je ne vivais plus dans la précarité, ni dans la peur de l’échec. Je savais avoir atteint le stade où rien ne serait jamais vraiment en danger. Le jour où j’avais fait mes calculs et où j’avais réalisé ça, je ne m’étais pas senti soulagé, comme je m’y attendais, j’avais juste ressenti un grand vide, un grand point d’interrogation. « Et après ? », m’étais-je demandé. Après, il n’y avait rien. Je pouvais grossir, je pouvais gagner du temps, je pouvais faire n’importe quoi.
Le problème c’est qu’il n’y avait plus d’enjeu. Je ne mangerais plus jamais des soupes ramen par nécessité, je ne craindrais plus jamais de devoir reprendre un boulot juste pour payer les factures. Je n’étais pas riche, loin de là, mais je gagnais aussi bien ma vie que la moyenne de mes compatriotes, même un peu mieux. A cette différence près que je le faisais selon mes propres termes. Je ne rendais de compte à personne. Je définissais mes règles. C’était tout ce qui m’importait.
J’avais l’impression d’avoir décrypté la combinaison de la vie. Je pouvais être ce que je voulais, faire ce que je voulais, je réussissais tout. J’avais compris qu’il suffisait de se lancer, de s’adapter aux résultats et de persévérer. Rien ne me résistait. Ce n’était pas un gros secret. Ce qui le rendait si efficace c’était la propension des autres humains à ne pas agir, à s’enfermer dans leur zone de confort et à ne rien oser. Je commençais à envier leur ignorance, leur frustration et les rêves qu’elle engendrait.
Je devenais détestable. L’homme heureux qui s’ennuie. Je lisais le mépris dans le regard de mes interlocuteurs quand j’avais le malheur de partager mon expérience. Je prenais des détours. Je parlais du sens de la vie, de son absurdité, de la course effrénée et vaine après les richesses matérielles. Je parlais de spiritualité, de l’insatisfaction que m’apportait l’offre des principaux prestataires de service en la matière. Je ne croyais pas à ce que je racontais. Je me foutais du sens de la vie. Je voulais juste arrêter de m’ennuyer. Je ne voulais plus me lever le matin dans mon bonheur parfait. Je voulais douter. Je voulais craindre pour ma survie financière. Je voulais retrouver les flammes de la passion, la motivation qui vient du risque de tout perdre. Je ne risquais plus rien.
Je n’avais pas l’inconscience nécessaire pour tout risquer. J’avais mis en place des garde-fous, des sécurités pour assurer à ma famille qu’elle aurait un toit et un frigo rempli. C’était le problème. Quand je ne misais pas mon confort quotidien je m’ennuyais. Alors je prenais des demi risques. Je lançais des projets qui risquaient de ne pas marcher. Mais s’ils ne marchaient pas, les conséquences étaient minimes. Le projet mourait mais je ne subissais aucun revers.
La poisse.
La salle est dorée quand je la regarde à travers mon verre. Un haut parleur crachotte une musique que j’ai oubliée avant de l’entendre. Les glaçons à moitié fondus sont des cadres qui mettent en valeur les micro scènes en train de se dérouler dans le bar. Là un couple en train de s’engueuler, là un mec en train de lire les textos de sa copine pendant qu’elle est aux toilettes, ici un mec en train de griffonner sur une serviette en papier – sûrement en train d’attendre un rencard qui ne viendra pas. Je repose mon verre. Le filtre du bourbon est trop déprimant.
Laurent revient de fumer sa clope. Il se laisse tomber dans le cuir élimé du canapé, mate le cul de la fille qui revient des toilettes et surprend son mec en train de fouiller dans son téléphone. Elle fait semblant de rien. Elle doit vraiment avoir envie qu’il rentre avec elle ce soir.
– J’arrive pas à réaliser que je pars la semaine prochaine !
Je m’arrache à mes pensées.
– C’est complètement dingue. Ca fait combien de temps que t’es rentré de Phnom Penh ? Un an ?
– Deux.
Deux ans. Mais je ne l’ai pas vu beaucoup. Il était à Paris, moi à Bordeaux. J’ai l’impression que c’était hier.
– On viendra te voir cette fois, c’est sûr.
Il acquiesce sans avoir l’air convaincu. Je trouverai sûrement des excuses : pas assez d’argent, trop de travail… Je déteste quand je fais ça. Je termine mon verre. Les glaçons ont fondu et tué le goût du cocktail. Ce soir tout est dilué : mon humeur, mon enthousiasme, mon énergie, ma tristesse. Je ne veux pas qu’il parte. Il est ce que j’ai de plus proche d’un vieil ami. Cela fait dix ans que je le connais. Après avoir été fâchés trois ans, les choses commencent tout juste à aller mieux entre nous.
– Tu vas faire quoi avec Sophie ? je lui demande.
– Rien. Elle est collante. C’était une connerie, j’avais pas vraiment envie d’une histoire.
Je l’ai poussé dans les bras de cette fille, pour qu’il oublie son ex, qui l’a jeté de manière dégueulasse pendant un voyage à New York. Je me disais que ça l’aiderait à tourner la page. Ça n’a pas été le cas. Il fait tout pour convaincre son ex de le suivre au Mexique. Il rigole :
– En plus le sexe était pourri.
Je souris.
– Qu’est-ce qu’il y a, mec ? T’es pas super réceptif.
Je m’étire.
– Je suis fatigué.
– Bullshit ! Je te connais mieux que ça. Qu’est-ce qu’il y a ? T’es flippé parce que tu dois agir comme un adulte maintenant.
La fin de sa vanne est étouffée par le verre qu’il porte à sa bouche mais ça ne m’empêche pas de l’entendre.
– Ça te change de tes habitudes de gigolo.
Je ne me défends pas. Il soupire.
– Je te paye un autre verre. Avec un peu de chance, ça te déridera.