Auteur/autrice : Anaël Verdier

  • Panache

    Panache

    Comment vivre autrement que pour la beauté du geste ? Comment exister si ce n’est que pour les économies et le profit ? Mon hypnotami Samy me dit : « tu es un aristocrate, en fait ». Les gens et leurs catégories. Je m’amuse quand il m’appelle « Le noble errant ». Je ne suis au monde que pour vibrer, pour explorer, découvrir et gambader sur le fil de mes déséquilibres. « Tu es tellement antistabilité que je me demande comment tu tiens debout », s’écarquille le regard de la tortue à qui j’offre mes incertitudes.

    Vivre pour la beauté du geste, rien d’autre, parce que le temps est court et la vie légère, parce que les étoiles nous regardent paresseusement depuis leur éternité et que nous ne sommes qu’une ébauche d’étincelle à leurs yeux. La vie ça n’est pas sérieux, même si nous la prenons très à cœur quand il s’agit de la nôtre. Délicieux paradoxe de l’existence.

    Une vie n’est réussie que si elle essouffle, si elle ébouriffe, si elle est grandiose. Perdue dans les interminables heures de bureau, dans le brouillard des soucis et des contraintes du quotidien, elle est décevante, percluse de regrets et de reproches et de cette question insoutenable : « De quoi étais-je vraiment capable ? » Je ne suis pas venu au monde pour vivre à moitié, pour me cacher dans l’espoir d’échapper à mes peurs et à mes inconforts mais pour les prendre à bras-le-corps, lutter et valser avec eux.

    Ce n’est pas une question qu’il m’intéresse de laisser en suspens, cette question de ce dont je suis capable. Je veux que chaque jour soit consacré à lui trouver une réponse. Pour moi à coups de mots écrits et prononcés, de destins transformés, de générosité d’attention et d’affection, de câlins reçus et de larmes versées de crainte de ne pas être à la hauteur, de frémissements face au vertige d’une vie en plongeon radical, en feu d’artifice intérieur, en éruption d’âme.

    Franchir le Cap Horn pour le plaisir de sentir la tempête s’abattre sur le pont du navire, pour la sensation d’être au cœur du monde, d’en côtoyer l’âme, et pour se rappeler de la fragilité d’un corps humain et la puissance de son désir d’être.

    Le panache c’est d’agir par goût, parce-que-pourquoi-pas-?, par aventure et en risquant l’échec et l’humiliation autant que l’euphorie de la surprise d’une action aux joyeuses conséquences imprévisible et la fierté d’avoir su, le temps d’une audace, être vivant pour de vrai.

  • Distance

    Distance

    M’éloigner de ma vie, prendre la distance physique et émotionnelle, un recul concret, incarné. Me voir dans de nouveaux regards. Me projeter dans d’autres vies. Rencontrer d’autres morceaux d’existence.

    Pour rester au contact de moi-même et questionner mes habitudes – non pas en théorie mais en les changeant dans la réalité, en en vivant d’autres.

    Pour mieux me rencontrer grâce à ma rencontre avec le monde. Pour plonger dans un monde rempli d’opportunités de croissance et d’apprentissage, rempli de sources de curiosité. Libre des routes que je choisis d’emprunter, affranchi de mes craintes, dans un pur accueil de la réalité.

    Plus tôt ce mois, j’ai vécu l’un des plus importants soulagements de ma vie en donnant mon préavis à Bordeaux. Je me sépare de la ville pour alléger mes jambes, laisser mon corps flotter au gré des souffles existentiels.

    Des rencontres en multiplication de moi. Avoir l’audace d’oser vivre, d’oser être inscrit dans le monde, en pleine prise avec lui et avec moi.

    Écrire des livres, de temps en temps, pour vibrer à la découverte d’histoires-synthèse de mes élans de vie, comme lorsque j’ai relu quelques pages oubliées de Shaolin Lovers et ressenti une décharge d’amour et de joie, un allègement du cœur, expérience de lâcher-prise mêlée de celle de m’être envoyé un message en forme de cadeau à travers le temps.

    Me relire six mois plus tard et être frappé par la justesse des émotions inscrites sur le papier par une version de moi dont je n’ai plus qu’un évanescent souvenir.

    Partir. S’il n’y n’avait pas l’Enfant, je ne rentrerais pas. C’est clair, net, sans appel.

    J’irais le temps nécessaire compléter la gamme de mes expériences pour augmenter ma vie. J’irais sur les routes sans durée déterminée.

    Je repousse l’heure du retour parce qu’ici – Ailleurs – c’est moi que je retrouve alors que là-bas, depuis plusieurs mois déjà, je ne me (re)connais plus. Non que j’aie changé, mais la stabilité que j’ai fabriquée masque ma profonde agitation: il est temps de partir.

    Temps, maintenant, de reprendre la route. De renouer avec la continuité de mon être en mettant un terme à la parenthèse d’immobilité de ces dernières années.

  • La rencontre du réel

    La rencontre du réel

    Toujours inattendue si la proposition est courageuse. Souvent décevante et répétitive, ce n’est pas une raison pour cesser d’essayer, pour cesser de se jeter au cou du monde.

    La réalité est sans appel, pas ouverte à discussion. Ce que tu vis est là, c’est ce que tu en fais qui t’appartient. Comment tu t’empares de ce que le monde te jette dans les bras, si tu y vas avec audace, sans avoir peur de la perte, sans craindre ses griffures ou les bleus qu’elle peut laisser.

    Ils passeront.

    Comme sont passés mes mois de désespoir à ne plus savoir quels buts poursuivre, à quelle vision d’avenir me raccrocher. Le monde, parce que je lui ai laissé du vide à remplir, m’a couvert d’offrandes en guide de boussoles.

    On a ces savoirs, qui sont répétés partout, sur la persévérance et la résilience, sur la loi de l’attraction, sur la dialectique entre soi et l’univers. Dans les livres, j’ai souvent l’impression d’une réalité faite de paillettes et de scintillante poussière de licorne.

    La réalité est plus crue. Elle te roule dans la boue, elle te laisse te démerder avec ta souffrance et ton errance, elle t’offre des échappatoires, paradis artificiels anciens ou modernes qui promettent de t’éviter la promiscuité avec ta propre fragilité, avec tes peurs, ton insécurité, ta flippe de ne plus jamais trouver d’élan de vie alors que tu as à peine 37 ans.

    Si tu tiens bon, si tu gardes ton cap, si tu tolères les conséquences de ton errance, si tu persistes à croire en toi, à te chercher, à creuser sous la surface à t’en arracher les ongles, alors il arrive quelque chose.

    Dans une conversation avec l’un des cadeaux de ma vie, l’Agent, ressort la culture du positif à tout prix. Il ne faut pas parler des choses négatives, il ne faut pas afficher ces aspects de la réalité qui nous sillonnent le cœur. Je crois au contraire qu’ils sont beaux, ces passages, parce qu’ils mettent à l’épreuve notre détermination à vivre une vie à la hauteur de notre potentiel, à la hauteur des promesses que nous fait cette énergie vitale, cette vibration magnifique qui habite le plus insignifiant d’entre nous, qui pousse à l’invention, à l’autonomie, à l’amour, à la beauté, à l’art.

    Passer du temps en silence avec soi, accepter l’ennui et le vide de l’indétermination le temps qu’il faut permet à autre chose d’émerger, une voie, claire, éclairée de toute part par une lumière désincarnée, émanant de la route elle-même et du ciel autour. Clarté et évidence se construisent peu à peu sous le regard ébloui.

    C’est dans la tête et dans le corps que ces choses se produisent. Que le sens se fabrique. À force de silence, à force de vide, l’on réapprend à entendre la mélodie du monde en soi. L’on réapprend à se sentir en vie.

  • Vers davantage d’action

    Vers davantage d’action

    Le problème avec la question de l’authenticité c’est qu’elle suppose que certains aspects de nous, certaines de nos actions puissent ne pas être « nous », plus exactement que certaines influences extérieures pourraient nous pousser à agir de façon contraire à notre identité, à qui nous sommes vraiment. Mais nous sommes nos actions autant sinon plus que nos pensées, ne serait-ce que parce que nos actions sont la seule interface qui nous relie au monde. Si je n’agis pas je suis spectateur, en retrait, les autres n’ont accès qu’à mon enveloppe physique et nos interactions sont, de ce fait, limitées.
    C’est à partir de nos actions que les autres décident qui nous sommes pour eux. Cela leur appartient. La case dans laquelle ils nous rangent dépend de leur passé, de leur culture, des représentations du monde dont ils disposent pour l’interpréter.
    Ce qui est plus important c’est l’histoire que nous nous racontons sur nous-même à travers nos décisions et nos actions. Si j’accepte cette invitation ou cette offre de boulot, qu’est-ce que je me raconte sur moi ? J’insiste: qu’est-ce que je me raconte à moi-même sur moi ? Comment est-ce que je me mets en adéquation avec mes idées (plus ou moins bien formées) de ce qu’est un comportement éthique ? Et si mon éthique et mon tempérament s’opposent, que se passe-t-il ? On appelle cela une dissonance cognitive et c’est la merde.
    Je joue avec des idées parce que je suis entre plusieurs projets et je retarde le moment de choisir le prochain. Ce n’est pas que je ne sache pas lequel m’attire le plus, c’est qu’il m’effraie un peu (un tout petit peu) et c’est surtout que je n’ai pas envie de me mettre à travailler. J’imagine déjà les heures à tâtonner, la recherche documentaire qui va me donner honte de n’être que l’auteur que je suis, que l’individu que je suis, pas assez cultivé, pas assez rigoureux. Je me projette déjà dans la fatigue et les doutes, mais surtout dans l’effort. Et je résiste. Soyons clair : en ce moment je suis paresseux.

    Le vrai plaisir d’un homme est de faire des choses, 
    il a été fait pour ça.
    Marc Aurèle

    Il y a un risque à agir sans penser, celui de se retrouver dans des situations désagréables que l’on a choisies par défaut et qui nous font regretter d’être là, d’avoir investi tout ce temps dans une activité dont le sens nous échappe.
    Il y a un risque tout aussi grand à trop penser avant d’agir. Le monde devient cette abstraction nourrie par nos fantasmes (positifs comme négatifs) de ce que pourrait être la réalité. Par exemple il y a ce coup de téléphone que vous repoussez depuis une semaine, cette personne à qui vous rêvez d’adresser la parole à chaque fois que vous la croisez dans votre café préféré, ce livre que vous aimeriez proposer à un éditeur. Vous doutez mais chaque minute qui passe pendant laquelle vous rêvassez au moment où vous agirez est une minute qui vous éloigne de la réalité de cette action.
    Jour après jour le coup de fil, la conversation, l’envoi du manuscrit enflent d’un enjeu démesuré, un enjeu qui est sans commune mesure avec la réalité de l’action elle-même ou de ses conséquences.
    Nous (je parle de l’humain en général) avons cette tendance à imaginer que nos actions peuvent être déterminantes, que l’issue d’une décision sera radicale, qu’elle transformera notre existence en un nuage de poussière de fée accompagné par une chorale de licornes célébrant notre arrivée.

    La réalité est plus simple : la grande majorité de nos actions ont des conséquences triviales. Un nouvel ami, un livre publié, un problème résolu transforment rarement notre réalité de manière radicale. Ils peuvent changer notre état, notre façon de regarder le monde, ils peuvent consolider un peu notre sentiment identitaire, renforcer notre confiance en nous… jusqu’à la prochaine vague de doutes.
    Il y a quelques événements qui transforment une réalité : une naissance, un décès, un déménagement, un changement de carrière, mais même ces événements peinent à changer qui nous sommes au fond. Ils modifient notre contexte, nos circonstances, mais ni nos aspirations ni notre système de valeurs ni nos besoins fondamentaux (de sécurité, d’appartenance, de reconnaissance, de diversité, de croissance, de contribution). Nous sommes qui nous sommes, un mélange de génétique et de culture cristallisé en nous assez tôt et renforcé par les histoires que nous construisons tout au long de notre existence pour accepter ou rejeter qui nous sommes.
    C’est là peut-être la clef de l’épanouissement : les décisions que nous prenons contribuent-elles à reconnaître et accueillir et revendiquer (à nos propres yeux) qui nous sommes ou cherchent-elles à le changer, avec tout le sous-texte de dénégation de soi que cela implique ?
    Je ne dis pas qu’il ne faille pas chercher à changer nos mauvaises habitudes (celles qui nous poussent à vivre en-dessous de notre potentiel) mais j’invite à distinguer entre la mauvaise habitude et la mauvaise personne. Quand je suis paresseux au sortir des fêtes, quand je souffre de cette paresse, ce n’est pas parce que je suis un incorrigible flemmard qui n’est bon à rien mais parce que si je me maintiens dans cet état d’esprit, je n’avance pas vers ma réalisation, je suis comme un arbre dont la croissance serait empêchée : en souffrance.
    Nous ne sommes pas nos actions mais nos actions contribuent à réifier (faire chose) une essence qui, sans elles, resterait invisible, potentielle, virtuelle (Qui possède, contient toutes les conditions essentielles à son actualisation. Qui existe sans se manifester).

    Or, lorsque nous fantasmons sur nos vies possibles, sur les rêves que nous pourrions réaliser plutôt que de nous jeter dans le tumulte de la matière, dans l’imperfection du réel, nous nous enfermons à l’état de potentiel. Et peut-être parce que nous craignons de n’être pas assez nous nous empêchons d’aller plus loin. En court-circuitant cette logique de la surpréparation, en devenant plus empiriste nous accélérons la rencontre avec nous-même. En osant faire, en osant tenter, en osant agir, nous avançons vers une meilleure connaissance de nous-même.C’est sur ce chemin que je m’engage en 2019, un chemin fait de davantage d’action, de moins de pensée. Je choisis – ce sera dur – de moins réfléchir, de me mettre au clavier dès que je sens que mes pensées vont trop loin. Il y a, dans la surabondance des idées, une forme de fuite de la réalité. Un refus de ce qui est au profit de ce qui pourrait être. Ce refus n’est pas à fuir. Il est passionnant, même, lorsqu’il nous pousse à proposer un changement dans le monde, lorsqu’il nous encourage à essayer autrement, à poser un acte qui vise à détourner le cours de la réalité vers une réalité que nous imaginons meilleure – nous pouvons avoir tort !

    Je compte bien vous entraîner avec moi dans cette aventure à la rencontre de votre potentiel de transformation du monde. Que ferez-vous en 2019 ? Quelle histoire raconterez-vous sur vous-même ?

    C’est la nouvelle direction de ce blog: une étude des histoires que nous nous racontons, des conseils sur la prise de décision, des projets réalisés pour voir, pour le plaisir d’être dans le monde, manifesté, agissant, présent.

  • Randomness #189

    La goutte épaisse, lactée, sillonne sa joue, ralentit sur la pommette, accélère jusqu’à perler au bord du menton, accrochée par ses milles petits doigts qui, un à un, lâchent prise. Elle pleure des larmes de silicone.

  • Randomness #32

    Leeloo Leeloo, people love you. Tainted skies are crying into your coffee mug. You drink the tears of blood with your iron spit. In your stomach the spikes of metal harden. They break the veil of your innocence like a baby getting born.