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Parler de mes livres. Donner envie de les lire. L’exercice, pourtant intéressant, m’ennuie. Je préfère le travail de les écrire. Est-ce que cela peut suffire ? Je suis entré dans une période de vie (durera-t-elle ?) où je n’attends plus de reconnaissance pour mon travail. Peut-être est-ce de la lâcheté ou une forme de désillusion, ou peut-être est-ce une forme de maturité. Quand on ne s’accroche plus à un résultat, l’action peut prendre sens pour elle-même. Détachée du besoin de rentabilité, l’action de parler de mes livres peut redevenir l’acte d’amour qu’elle devrait être à chaque fois. Parler de mes livres pour le plaisir de les mettre en valeur. Raconter ce qui m’émeut en eux, parler de leurs personnages, des thématiques que j’y ai insufflées.

Ce qui a pu me retenir, c’est la peur du jugement. Jugement de la naïveté de certains textes, jugement de leur style, de leur esthétique, jugement de ma compétence d’auteur. Évidemment ce n’est pas une peur, c’est la projection de mon propre sentiment d’inadéquation, né de l’écart entre l’idéal créatif et artistique qui m’anime et la réalité de mes productions, qui est en-dessous de mes attentes, nécessairement, puisque j’apprends en faisant et que j’ai un meilleur discernement après avoir écrit un livre qu’avant de le commencer.

Il y aura toujours un décalage entre ce que je veux faire et ce que j’ai fait. Entre ce que j’aspirais à réaliser et ce que j’ai produit. Je m’efforce de faire la paix avec ça. Et, donc, de parler de mes livres en les aimant tels qu’ils sont et tels qu’ils existent.

Le clown m’a aidé sur ce chemin d’acception : on n’attend rien, on se contente d’être présent, la représentation est ce qu’elle est, c’est ce moment-là, unique, vécu ici, dans l’état de disponibilité qui est le sien.

Les attentes ont cette fâcheuse tendance à naître toujours dans un monde idéalisé. Les œuvres prennent vie dans le monde réel, avec ses contraintes et ses limites, avec ses circonstances capricieuses, avec ses imprévus et ses interférences.

Ne pas juger un travail à l’aune de l’idée que l’on s’en faisait, mais pour ses qualités et fragilités propres.

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