Parfum de rentrée. La pluie tambourine sur les toits. Drôle de manière d’envisager la vie, de se caler sur un rythme abstrait, vaguement hérité des anciennes saisons. L’énergie se concentre, l’inertie se transforme à nouveau en mouvement et l’urgence revient toquer à la porte. Les administrations se rappellent de nos existences, le cycle des factures reprend, je les chasse d’un revers de main (qui ressemble à un clic sur l’ordre de paiement) comme des mouches insistantes. Exister, c’est quoi ? Vivre, c’est comment ? Se pardonner pour les souffrances causées, s’armer pour ne pas les répéter. Faire de son mieux pour être une meilleure personne. Plus tendre. Plus apte à communiquer ses besoins affectifs et ses fragilités. Sincère dans ses efforts. Jamais rien lâcher des objectifs difficiles que je poursuis. Écrire et me demander pourquoi. Pour dire quoi ? Pour qui ? Dans un monde qui m’apparaît de plus en plus hostile si je me fie aux médias. De plus en plus réjouissant si je fréquente les humains. La rentrée, c’est une abstraction à laquelle il est difficile d’échapper. Prendre des vacances, je ne connais pas. Ma vie entière est construite autour de ce que j’aime faire et réaliser.
« Tu sais que j’emploie beaucoup le mot travail. J’aime ce mot qui m’évoque un grand potentiel poétique et créatif. Je le rattache à une nécessité, liée au fait que je vais mourir un jour, et que mon travail est une façon enthousiaste de répondre à ma peur et mon angoisse existentielle. J’ai croisé en revanche des gens qui ne l’aimaient pas parce qu’il les renvoie à la discipline, à l’école, voire au capitalisme, à l’oppression. En ce qui me concerne, mon rapport au mot travail n’a par exemple jamais intégré son origine étymologique […] » – Julie-Kazuko Rahir, Devenir Sensible. Pratiquer et penser la scène.