1 ou 0

Je fonctionne comme un interrupteur.

J’ai envie ou je n’ai pas envie.

Tu es mon ami ou tu ne l’es pas.

Je t’aime ou je ne t’aime pas.

Je le fais ou je ne le fais pas.

Je suis dans l’agir ou je suis dans le non-agir.

La réponse est mouvante. Je peux passer de 1 à 0 ou de 0 à 1 en un claquement de doigt.

Il n’y a pas de demi-mesure parce que la demi-mesure c’est l’espace du peut-être, du gaspillage d’attention et d’énergie, de l’éparpillement.

Un jour j’ai décidé de ne faire que ce qui m’enthousiasme pour aujourd’hui ou pour demain, ce qui renforce mes capacités à atteindre l’état que je vise. Pendant longtemps je laissais de la place à des zones de gris, à me demander: « ai-je vraiment envie de… » ; « pourrais-je avoir envie de … ».

J’ai davantage d’outils, aujourd’hui, pour mesurer l’impact de mes choix et de mes modes d’être. Je peux déjà percevoir comment ce que je fais à un instant donné contribuera à construire l’avenir que je désire atteindre. Agir aujourd’hui pour construire demain, voilà quelque chose d’important pour moi.

Cela a à voir avec ma perception du temps. L’instant est tout ce qui est réel, le présent est la seule réalité tangible, saisissable. Ce qui veut dire que mon passé n’a de valeur qu’en ce qu’il prépare mon avenir. Mon présent actuel deviendra bientôt mon passé. Ce sera alors dans une autre réalité que j’existerai, celle de mon futur, alors devenu mon présent.

Ce sont des notions assez simples. Le défi vient de ce qu’à être trop tourné vers l’avenir, on lui donne plus de poids qu’au présent. Il faut donc trouver comment harmoniser la recherche du plaisir immédiat avec la construction d’un bonheur futur. Pour l’instant, je le fais en tirant ma satisfaction, ma joie de vivre, du fait même d’agir en pleine conscience: savoir et ressentir l’impact à venir de mon action présente nourrit mon présent et le charge d’émotions positives.

Je sais que je retombe dans un parler philosophique, je manipule des concepts abstraits. La réflexion sur le temps provoque ce langage. Mais sans réflexion sur le temps, il n’y a pas de décision sur la vie et sur les modes de vie, il n’y a que notre passivité face à l’existence.

A qui appartient votre existence ?

Comment rater sa relation

Juste parce que vous ne comprenez pas quelque chose, ce n’est pas la peine de lui accoler une étiquette ou de le rendre pathologique. Dans ma vaste enquête sur l’amour, le couple, les relations interpersonnelles en général, je ne tombe jamais sur la question: « Pourquoi se mettre en couple ? »

Je trouve des milliers de variantes sur la question du « comment se mettre en couple », mais jamais sur le pourquoi, ou alors seulement d’un point de vue biaisé. Il n’y a pas de réflexion sérieuse sur le postulat amoureux. Par contre, il y a des tas de questions débiles comme « je suis en couple avec un addict au travail, comment faire ? ». Ma réponse serait « Si vous l’aimez, vous l’acceptez pour ce qu’il est » mais la réponse que j’ai lue (sur un site très populaire de coaching de couple) c’était: « comment reconnaître les symptômes d’une addiction » et « ce que cache l’addiction au travail ».

Bien joué!

Pathologiser l’autre, voilà la solution pour un couple sain et épanoui!

Ça m’a fait penser à cette formation que j’ai suivie sur « comment développer tout son potentiel » et l’une des premières leçons était « Apprenez à détester votre ancien vous ». Autant vous dire que je suis parti à toutes jambes.

La recette d’une relation saine et épanouie (de couple ou autre) c’est l’écoute et l’acceptation. Sûr, si l’autre est mal, ça peut être notre rôle de l’aider à voir qu’il va mal et de l’accompagner pour qu’il aille mieux, mais s’il est épanoui et que sa manière de trouver l’épanouissement ne nous convient pas (et si elle ne pourra jamais nous convenir), c’est à nous de sortir de la relation et pas à lui de changer.

Nos habitudes culturelles biaisent notre raisonnement

C’est assez représentatif de notre culture. Nous traitons tout du point de vue du problème à résoudre. Notre médecine, qu’elle soit physiologique ou psychologique, est basée sur la gestion des symptômes plutôt que sur la prévention des causes. Combien de personnes poussent la porte d’un cabinet de psy en disant: je ne suis pas mal mais je veux être mieux, aidez-moi.

Ce serait le rôle du coach qui, à l’origine, aide son client à développer ses potentialités, à activer ses capacités, à améliorer ses résultats, pas parce que les résultats sont mauvais mais parce qu’ils pourraient être meilleurs. A cause de leur biais culturel, beaucoup regardent les coaches comme ils regardent les médecins: ils vont les voir pour régler des problèmes. Nous vivons dans une culture du malade. Plutôt que nous demander: « qu’est-ce qui va bien chez moi et comment puis-je l’amplifier ? », la seule question qui nous occupe c’est: « qu’est-ce qui va mal chez moi et comment puis-je le résoudre ? »

Et si nous changions de point de vue ?

Accroc à l’épanouissement

L’épanouissement par le travail n’est pas une maladie. Quand quelqu’un trouve une activité qui lui correspond, qui fait vibrer chaque once de son être du sentiment d’être à sa juste place, de réaliser ce pour quoi il est fait, et lui permet de construire pour lui et pour les siens une vie meilleure, il est naturel que cette activité soit présente à chaque instant, qu’elle anime chacune de ses pensées, chacun de ses mouvements, qu’elle soit le filtre à travers lequel passe sa réalité.

Bien sûr, du point de vue de quelqu’un qui perçoit le travail comme un mal nécessaire, comme une torture infligée par des dieux cruels, c’est impensable qu’une activité professionnelle soit également une source de réalisation de soi. Alors plutôt que de comprendre l’autre, on le pointe du doigt: « il y a quelque chose qui ne va pas chez toi, soigne-toi » et on ramène quelqu’un qui était épanoui, sain, heureux, dans le rang des gens frustrés, aigris, malades.

Moi, ce que je ne comprends pas, ce sont les gens qui sortent tout le temps, qui passent leur semaine à attendre le weekend et leur année à attendre les vacances. Je ne pense pas qu’ils soient malades, je ne leur dis pas: « tu es addict au loisir ». Parfois je pense que c’est le cas.  Je trouve dommage qu’ils ne vivent pas ce que moi je vis, cette ivresse du dépassement constant de soi mais surtout, je m’interroge sur leurs vies. Je les regarde avec curiosité et interrogation.

Je ne pourrais pas vivre comme ça. Il m’arrive de penser qu’il y a quelque chose de presque pathologique dans le fait de faire un travail qui ne vous épanouit pas. Je pourrais écrire un article qui dirait: « que cache le fait de séparer travail et vie privée ? » et argumenter qu’il y a, derrière cette scission, un manque d’estime de soi, un manque de respect de son temps sur Terre, une fuite de la réalité qui est que nous sommes ici pour repousser sans cesse les limites de ce dont nous sommes capables mais après tout, c’est leur vie, leur réalité.

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Être en relation

Entrer dans une relation (amicale, amoureuse, professionnelle) avec quelqu’un demande un effort, un simple effort d’écoute et d’ouverture. Cela demande de se confronter à l’altérité dans tout ce qu’elle a d’étranger et d’incompréhensible et d’étrange. Aimer, c’est être enthousiasmé par cette altérité au point de l’encourager en disant: « sois toi ».

La réponse qu’aurait dû recevoir cette personne lorsqu’elle demande « je suis en couple avec un addict au travail, que dois-je faire ? », ce n’est pas un exposé sur l’addiction et ses remèdes, mais une écoute: « Que voulez-vous dans votre couple que vous n’avez pas ? » « Pouvez-vous l’avoir avec cette personne sans changer qui elle est ? » Autrement dit, un encouragement  à apprendre à exprimer ses désirs avant de condamner ceux des autres.

Pourquoi votre télévision ruine votre vie

De temps en temps il m’arrive d’être à portée d’oreille d’une radio et de me demander: « comment peut-on vouloir écouter cela ? » A une époque d’expériences personnalisées, de conseils d’écoute et de lecture basés sur votre historique, à une époque où l’on peut construire ses playlists en quelques clics, qu’elles soient audio ou vidéo, comment peut-on se satisfaire d’une programmation faite pour plaire au plus large public possible ?

Je vis sans télévision depuis au moins quinze ans. J’ai grandi sans télévision. Au lieu de combler le vide par un bruit de fond, des publicités ou des programmes insipides, des informations construites pour entretenir un climat de peur et de stress plutôt que pour, oh je ne sais pas… informer, j’ai lu.

L’Internet a pour moi toujours été une extension de la librairie et de la bibliothèque, un espace où élargir le champ de mes connaissances, où découvrir de nouveaux experts dans de nouvelles niches, où écouter parler de sujets qui me touchent plutôt que de sujets dont je n’ai rien à faire.

Cette discussion résume assez bien ma conception de la vie: dans cette grande expérience qui s’étend entre le jour de notre naissance et celui de notre mort, nous avons le choix entre être acteurs ou spectateurs, créateurs ou consommateurs. Nous alternons constamment entre les deux mais il y a quand même une tendance dominante à la fin de notre temps sur Terre. Je crois qu’on ne peut pas être un bon créateur sans avoir d’abord beaucoup consommé. Assez peu de grands artistes n’étaient pas aussi de grands passionnés de leur art. Après tout, on crée d’abord par imitation, déformation, combinaison, réinvention. C’est seulement après s’être abreuvé d’oeuvres que le créateur, les ayant digérées, crée.

Il y a cette phrase dans le magnifique documentaire Stripped, sur l’état de la BD, qui dit « les jours où je n’arrive pas à écrire sont les jours où je n’ai pas lu ». A l’inverse, Nietzsche explique qu’il ne lit pas lorsqu’il écrit, parce que les lectures sont parasites. C’est l’une de ces complexités dont la vie est friande: pour créer, il faut alimenter son esprit mais pas n’importe comment.

Lorsque j’écris et que je lis dans le même genre, je suis parasité. Parce que j’ai appris par mimétisme (peut-on jamais apprendre autrement que par mimétisme ?), je me mets à reproduire le style de l’auteur que je suis en train de lire. Si je lis hors de mon genre, si j’écoute de la musique, si je regarde des films, si je joue à des jeux, je m’imprègne de l’imaginaire et de la sensualité de ces univers, mais mon écriture reste intacte.

Ce qui est certain, c’est que je ne laisse pas entrer n’importe quoi dans mon esprit. Je trie, je filtre, je sélectionne avec une rigueur presque maladive, tout ce qui a le droit d’atterrir dans mon cerveau. Et je m’efforce d’ajuster le curseur en fonction de mes besoins du moment. J’ai tendance à consommer dans une visée pragmatique. Selon que j’ai besoin d’être inspiré, ému ou de m’éduquer, je ne vais pas vers la même source.

C’est ce qui m’épate à chaque fois que je tombe sur une télévision allumée ou sur un programme de radio: je ne suis plus en charge de mon état d’esprit, quelqu’un d’autre l’est, et je doute que ce quelqu’un ait mon intérêt à coeur.

Vous savez ce que l’on dit, à propos des services gratuits: « si vous ne voyez pas le produit, vous êtes le produit ». Quand vous vous penchez un peu sur l’histoire des média, vous découvrez assez vite que les premières dramatiques télévisées ont été produites par une marque de lessive (d’où le nom soap opera), parce que le lien entre émotion et consommation ne leur a pas échappé et quoi de mieux pour générer des émotions que d’utiliser la dramaturgie, dont on sait depuis Aristote qu’elle est faite pour agiter les émotions des foules ?

J’ai écrit cinq ans pour la télévision alors que je n’avais pas de télévision et j’ai vu comment ce milieu fonctionnait, c’est-à-dire sans aucune considération du spectateur. Ce que veulent les producteurs, c’est vendre des projets aux diffuseurs (les chaînes). Ce que veulent les chaînes, c’est faire de l’audience. Pourquoi ? Parce que plus une chaîne capte de spectateurs, plus elle peut vendre cher la minute publicitaire. Sans annonceurs, pas de programmes.

Ce serait grave si les gens n’aimaient pas consommer, mais nous adorons consommer. Dépenser de l’argent nous donne un sentiment de pouvoir, le sentiment d’avoir une prise sur  l’existence. C’est une illusion qui nous évite de nous demander pourquoi nous « louons notre temps à un employeur », pourquoi nous laissons quelqu’un d’autre décider pour nous de ce qui est bon pour notre vie.

Je n’ai pas de télévision parce que je ne veux pas me réveiller dans vingt ans et me dire que tout ce que j’ai vu, pensé, connu du monde a été pré-mâché pour moi. Je remplace ce temps par la lecture d’articles spécialisés, par la découvertes de professionnels à la frange de leur domaine d’activité, qui n’ont aucune chance d’apparaître dans les médias de masse, dans les discours dominants, mais qui sont en train, alors que vous lisez cet article, de changer le monde tel que vous le connaissez.

N’est-ce pas excitant ?

Ce que j’ai appris en regardant mon fils de 5 ans jouer toute la journée

Ce weekend, j’observais mon fils et sa cousine. De la première à la dernière minute de la journée, ils jouaient. Ils passaient d’un jeu à l’autre sans arrêt, d’un jeu calme à un jeu vif, d’un jeu en extérieur à un jeu en intérieur, de jeux en solitaire à des jeux à deux… Ils n’ont pas arrêté. Et tout le monde était bien avec ça, à les encourager, à s’extasier, à célébrer cette force de vie.

C’est là que j’ai eu un choc. La vie, à l’état naturel, avant tout le conditionnement social, scolaire et compagnie, c’est ça. Comment se fait-il, alors, que les adultes aient cessé de vivre dans cette énergie vive ? Et surtout, comment se fait-il que l’on me regarde avec suspicion quand je dis « tout ce que je veux dans ma vie, c’est pouvoir travailler toute la journée, construire l’infrastructure qui permettra à ma vision d’être réalisée, étendre la marque que je laisserai sur l’univers » ?

Cette suspicion, je la vois et je l’entends dans les regards désapprobateurs, dans le discours ambiant sur la recherche d’un équilibre vie « perso » vie « pro », dans l’expression « workaholic », dans la surenchère de divertissements proposés par l’industrie.

J’en suis arrivé à comprendre que, dans un monde où le travail a été déconnecté de la vocation, où la profession a été dévoyée au point que la mission personnelle n’a plus rien à voir avec l’activité exercée par l’individu, c’était en fait l’essence vitale de l’homme qui lui était dérobée. Jamais il ne m’était apparu aussi clairement que la société reposait sur la patiente et méticuleuse destruction de l’élan de vie de l’humain.

Toute notre culture repose sur l’idée que « mûrir », c’est abandonner toute capacité d’émerveillement. Quel mensonge!

Plus j’avance dans les années plus je réalise que la vraie maturité c’est réussir à retrouver cette capacité d’écoute de soi qui est si naturelle chez l’enfant, c’est réussir à se moquer de la bienséance, des carcans en tout genre, c’est obéir à son désir de jouer, à son envie d’être soi. Et plus je réalise cela plus je découvre que la société repose sur des fondations conçues pour supprimer ce désir et cette envie, pour les tourner au ridicule, pour humilier celui qui les choisit.

Ce matin, j’ai vu ce tag « C’est être en mauvaise santé mentale que d’être bien adapté à une société malade »

Aujourd’hui, après trois jours à ne pas pouvoir travailler à mon rythme, à voir mon élan être brisé par les rituels saisonniers, je déprime. Je me sens dépouillé de ma vie, comme si un vampire avait profité de la nuit pour boire mon sang. Je me sens dans le brouillard parce que je n’ai pas entretenu le feu. Les solutions classiques sont l’opposé de ce dont j’ai besoin: « détendez-vous », « changez-vous les idées », « méditez pour calmer le bruit intérieur » blablabla… Et s’il me plaît, moi, le bruit intérieur ? Ce n’est même pas du bruit, c’est de la musique.

Grâce à mon mentor Jason qui m’a présenté Alex Charfen, je sais aujourd’hui qu’il n’y a rien de détraqué en moi, ce qui n’est pas toujours évident quand 99% des gens qui vous entourent pensent, agissent, fonctionnent à l’opposé de vous.

Ce dont j’ai besoin aujourd’hui c’est de produire à l’excès, de me donner l’impression de compenser pour le temps perdu ce weekend, pour les jours envolés. J’ai des outils pour exprimer ce que je ressens et comment je fonctionne. Je crois, sans vouloir catégoriser les gens, qu’il est important pour être heureux, de trouver la « famille » à laquelle on appartient, le groupe de personnes en qui l’on se reconnaît le mieux, de s’entourer de ces gens-là, de s’immerger dans une culture qui nous permet d’être nous, au mieux de nos capacités et de notre potentiel.

J’ai conscience qu’il n’y a qu’un pas entre cette affirmation et les extrémismes et c’est pourquoi j’insiste sur le fait que cette idée repose sur la coexistence pacifique de toutes les familles de pensée. Puisque la vie est un grand mystère, puisque chacun cherche tant bien que mal à trouver sa place, à accorder ses actions à son tempérament, nul ne peut prétendre avoir la réponse absolue. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas, d’avoir la réponse absolue. Ce qui m’importe c’est d’aider les membres de ma famille (auteurs-entrepreneurs) à être mieux avec eux-mêmes, d’être plus épanouis, et au bout du compte, de vivre une meilleure vie.

J’ai besoin d’hyper productivité et d’hyper sensualité. Je ne supporte pas d’être passif, d’être spectateur du monde et mon interface principale avec le monde, c’est mon corps, tellement que la surabondance de stimulations est constante et déroutante, alors j’utilise le langage pour mettre à distance et canaliser tout ça.

Je suis hyperactif, drogué au travail, et débordant (d’idées, de projets, d’amour…). C’est moi, c’est ma manière de jouer toute la journée: écrire, communiquer, construire de nouveaux projets.

Quelle est votre famille ?

Caroline

Ce texte est un chapitre
coupé du Rire de Sofia,
disponible sur Amazon.

J’ai rencontré Caroline en fin de soirée, dans un bar. Notre échange a duré, en tout et pour tout, quinze minutes, et elle a changé ma vie.

Je ne sais rien d’elle, juste qu’elle a les yeux qui brillent quand elle a bu et qu’elle parle avec enthousiasme de sa joie de vivre et avec tristesse de l’agressivité gratuite des autres « meufs ».

Je ne suis pas sorti depuis… ouais, ça fait longtemps.

Surtout, je réalise grâce à Caroline que je n’ai plus pris le temps de parler avec une inconnue sans arrière pensée depuis…

Ouais.

*

« A quoi ça sert, je demande à Sofia avec beaucoup de sérieux, de rencontrer des gens ? J’ai l’impression que j’en ai envie mais je n’arrive pas à le faire rentrer dans mon modèle de réalité »

Elle me parle de concept de soi et du moi social, mais j’ai déjà la réponse dans mes tripes, dans la légèreté réveillée par Caroline, son sourire et son esprit joueur. Elle doit avoir dix ans de moins que moi. Au moins.

Il y a quelques semaines, j’ai échangé des tas de regards avec une fille dans un restaurant. Le matin même j’avais exactement ces questions dans la tête: j’ai envie de rencontrer des gens… mais pour quoi faire ?

Ah, oui, quand je dis « rencontrer des gens », je parle de filles.

*

« Vos besoins sont peut-être en train de changer », propose Marie.

Je ne sais plus qui elle cite, qui parle de la responsabilité comme de la capacité à répondre à ses besoins. Il s’est passé tellement de choses ces dix dernières années que j’ai peut-être oublié d’être responsable, justement. Obsédé par les besoins des autres, j’ai oublié de me demander : « et moi au juste dans tout ça ? »

Caroline répond à la question. Ce n’est pas elle, ni ce qu’elle dit, ni ce que je dis. C’est seulement la perfection de l’instant, l’aisance de notre échange, sa simplicité, et une forme de pureté. Pour une fois, je ne tombe pas amoureux dans la seconde, je me contente de profiter du cadeau qu’est notre échange. Suis-je en train de grandir ou juste de devenir vieux ?

Anaël Verdier écrit sur l'amour de soiSi vous avez aimé lire ce texte, vous aimerez Le rire de Sofia, une plongée introspective dans l’esprit d’un trentenaire en pleine mutation. Ça parle d’autonomie émotionnelle, du sens des relations et de passage d’un cap existentiel. Que des bonnes choses !