Caroline

Ce texte est un chapitre
coupé du Rire de Sofia,
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J’ai rencontré Caroline en fin de soirée, dans un bar. Notre échange a duré, en tout et pour tout, quinze minutes, et elle a changé ma vie.

Je ne sais rien d’elle, juste qu’elle a les yeux qui brillent quand elle a bu et qu’elle parle avec enthousiasme de sa joie de vivre et avec tristesse de l’agressivité gratuite des autres « meufs ».

Je ne suis pas sorti depuis… ouais, ça fait longtemps.

Surtout, je réalise grâce à Caroline que je n’ai plus pris le temps de parler avec une inconnue sans arrière pensée depuis…

Ouais.

*

« A quoi ça sert, je demande à Sofia avec beaucoup de sérieux, de rencontrer des gens ? J’ai l’impression que j’en ai envie mais je n’arrive pas à le faire rentrer dans mon modèle de réalité »

Elle me parle de concept de soi et du moi social, mais j’ai déjà la réponse dans mes tripes, dans la légèreté réveillée par Caroline, son sourire et son esprit joueur. Elle doit avoir dix ans de moins que moi. Au moins.

Il y a quelques semaines, j’ai échangé des tas de regards avec une fille dans un restaurant. Le matin même j’avais exactement ces questions dans la tête: j’ai envie de rencontrer des gens… mais pour quoi faire ?

Ah, oui, quand je dis « rencontrer des gens », je parle de filles.

*

« Vos besoins sont peut-être en train de changer », propose Marie.

Je ne sais plus qui elle cite, qui parle de la responsabilité comme de la capacité à répondre à ses besoins. Il s’est passé tellement de choses ces dix dernières années que j’ai peut-être oublié d’être responsable, justement. Obsédé par les besoins des autres, j’ai oublié de me demander : « et moi au juste dans tout ça ? »

Caroline répond à la question. Ce n’est pas elle, ni ce qu’elle dit, ni ce que je dis. C’est seulement la perfection de l’instant, l’aisance de notre échange, sa simplicité, et une forme de pureté. Pour une fois, je ne tombe pas amoureux dans la seconde, je me contente de profiter du cadeau qu’est notre échange. Suis-je en train de grandir ou juste de devenir vieux ?

Anaël Verdier écrit sur l'amour de soiSi vous avez aimé lire ce texte, vous aimerez Le rire de Sofia, une plongée introspective dans l’esprit d’un trentenaire en pleine mutation. Ça parle d’autonomie émotionnelle, du sens des relations et de passage d’un cap existentiel. Que des bonnes choses !

Anaël Écrit par :