Lapin blanc

Avec tout ça j’ai oublié qu’on était mardi.

Première radio ce matin. Passage en bateau. Respiration. Découvrir Fabcaro. Traîner. Courir. Prendre un vélo. Penser qu’on est jeudi. Être décalé.

Ces derniers dix jours je n’ai eu qu’une idée en tête: « je passe à la radio bientôt. Fuck ».

Première fois. Pas de repères. La seconde fois sera plus facile, c’est clair. La cinquième m’ennuiera.

Maintenant je respire. Le trac m’a lâché. Il est retombé lentement au fil de la journée, le temps pour mon cerveau d’intégrer toutes les informations qui lui permettent de comprendre le contexte de la radio, de me dire: « voilà où j’aurais pu faire mieux » (prendre le contact de ce vigneron qui passait après moi dans l’émission, par exemple).

Je prends rendez-vous pour un café Vendredi. Je me dis « c’est demain ».

Perdus Mercredi et Jeudi, où sont-ils passés ?

Et puis soudain, je ne sais ni comment ni pourquoi, la prise de conscience: « Mais si on est mardi, ça veut dire que le blog attend sa mise à jour ? »

Je n’ai plus de billets d’avance. Quelques brouillons commencer (Écrire sa vie, pour faire écho à la radio, questionne le double sens de l’expression).

« Écrire, m’a-t-on dit récemment, c’est enterrer quelque chose ». Je réponds « Écrire c’est, pour moi, planter des graines. Vous avez écrit votre vie de vos vingt ans à vos vingt-huit, vous en avez trente, qu’écrivez-vous si vous écrivez ce qu’il se passe de trente à trente-huit ? »

Lumières dans les pupilles de mon interlocuteur.

L’autre soir, j’aurais pu travailler sur le roman, ou sur le blog, ou sur le livre. Au lieu de ça j’ai passé un temps indécent à récupérer des images sur Pinterest. Des tas de trucs en vrac (non parce que s’il avait fallu le ranger en plus…).

En tous cas, ça m’a fait gamberger cette histoire. Comment 14 minutes d’antenne peuvent canibaliser l’attention d’une semaine et demie ? Tous les matin, dans mon journal (et de plus en plus lourd à mesure que l’on se rapprochait de la date): « Radio ».

Le fait que j’organise des conférences en direct toutes les semaines depuis 2 ans, que j’aie des vidéos sur Youtube, tout ça tout ça, que je sache parler de mon métier, rien de tout ça ne m’a épargné le trac. Donc il se passe quoi, là ?

Le chaos.

Je ne suis pas allé chercher Isabelle Wagner, c’est elle qui est apparue soudainement dans ma messagerie Facebook en me disant: « ça me ferait plaisir de vous avoir à l’antenne ». Je suis flatté. Et rattrapé par mes insécurités: « suis-je à la hauteur ? »

Je ne vais pas m’étendre sur la banalité de cette inquiétude. Ce qui set intéressant c’est de savoir ce que l’on peut en faire. Dans mon cas, c’est ok, je comprends les enjeux, je comprends le but de se confronter à ce qui est effrayant (le rendre banal).

De quoi j’ai peur ? De me ridiculiser, de perdre toute forme de crédibilité, de raconter n’importe quoi, de bafouiller, de ne pas bien articuler, de parler trop vite, de dire des choses trop banales, de dire des choses trop complexes. Que l’on me voit comme un imposteur parce qu’en 14 minutes, comment je fais pour montrer ce que je sais être ?

Haha. Si j’étais mon client, je me répondrais que la réponse est dans la question.

Alors je me pointe en étant moi, tout simplement. Ouvert à l’expérience, en me disant: « les dés sont jetés », c’est le grand saut, je suis dans le vide maintenant et le parachute m’écrase le dos. Et je n’ai ni le temps de flipper ni le temps de me regarder tomber. Je chute, c’est tout. Et en même temps j’ai l’impression de voler.

Et puis c’est terminé. J’ouvre le parachute et descends tranquillement.

L’expérience se clôt comme la grille qui mène au studio.

Je n’ai pas réfléchi quand j’ai dit « oui ». Je n’ai pas pesé le pour et le contre, je n’ai pas calculé ce que je pouvais en tirer, je n’ai pas mesuré les risques. J’ai juste dit « Oui ». Parce que l’expérience en elle-même me fait grandir et que c’est tout ce qui m’intéresse: apprendre encore et encore, être à l’aise avec de plus en plus de choses. L’autre jour je me disais que je prendrais bien un cours de dressage de serpents ou un truc du genre, parce que je suis flippé de ces bestioles.

Aujourd’hui, journée off. Demain, je reprends la course. Podcast sur le changement avec Guillaume. Corrections du Livre. Activités périscolaires. Mes parents de passage en ville. Si j’ai l’énergie j’avancerai sur le Roman. Ce weekend, c’est le départ d’une nouvelle aventure d’accompagnement d’auteurs. Level up, tout ça.

La plupart des décisions sont bonnes, quelles qu’elles soient. Prendre plus de deux secondes pour les prendre est souvent inutile. C’est une fois que la décision est prise que les peurs ont le droit de venir, parce qu’avant, elles paralysent et retardent le fait d’oser.

Or oser, c’est un peu la clef de la vie, non ?

A l’auteure que j’ai reçue cet aprèm, j’ai dit: « il faut poster le manuscrit, là ». Elle l’a fait.

Oser.

« Le livre, lui ai-je dit, une fois qu’il est écrit, c’est à lui de se porter tout seul, faites-lui confiance, donnez-lui la chance de séduire, de convaincre, d’emporter l’adhésion des lecteurs. Si vous le retenez, vous l’étouffez. Votre responsabilité a été de recevoir cette idée, de l’écrire au mieux, mais maintenant elle est de la renvoyer dans le monde. »

C’est vrai de toutes les formes de création mais aussi d’autres aspects de la vie. Nos décisions professionnelles ou relationnelles, qui les prend ? D’où viennent-elles ? Qui décide qu’il est temps de changer de métier ?

Je ne parle pas du moment où vous prenez la décision consciente mais de celui qui précède. Du moment qui vous fait sentir qu’il est temps de mettre les choses en mouvement. Ma grande question du moment c’est de savoir comment réduire le temps de latence entre ces deux moments, comment passer de l’intuition à l’action plus tôt.

Comment faire confiance au chaos… ou ce qui se donne l’apparence du chaos tout en étant l’ordre le plus authentique.

Theremin

Vers la minute 11’50

« Parfois quand je bois trop de café… » et ce qui suit (jusqu’à, à peu près, la minute 14)

L’équilibre créatif, l’équilibre de vie, émotionnel, etc…. sont liés de façon indissociable. Beaucoup de gens n’ont pas envie d’entendre ça.
Ils préfèreraient peut-être que la vie créative soit libérée de la vie tout court. Beaucoup de mes clients viennent me voir pour que je leur enseigne les techniques de l’écriture et je leur réponds: « je peux, mais ça ne vous servira à rien si nous ne travaillons pas aussi, et en priorité, sur vous, votre capacité à ressentir et à observer, à accueillir et à être, parce que créer c’est exprimer une partie de ce qu’il y a en soi et parce que ce qui bouge en soi peut parasiter la créativité si l’on ne sait pas détacher les deux vécus ».

Alors pas mal de gens partent. Ils disent: « oui mais ce que je veux c’est la technique », comme si la technique pouvait suffire. Alors je leur apprends la technique et ils commencent à écrire et au bout d’un moment ils me disent: « je ne comprends pourquoi mais je n’y arrive pas. J’ai l’impression de faire ce qu’il faut, pourtant ».
Alors je leur demande comment ils se sentent, et ce qui arrive dans leur vie, et ce que l’histoire qu’ils sont en train d’écrire provoque en eux à un niveau émotionnel.

Alors commence le travail. Les résistances, l’inconfort, l’envie de ne pas regarder ce qu’il se passe.

Faire, créer, inventer, une œeuvre, ses relations, sa vie, cela demande du discernement.

Pendant que je travaille à ce projet, je dois faire le calme à l’intérieur de moi, laisser passer les émotions, les pensées parallèles, les associations d’idées qui concernent d’autres sphères de mon être et de mon activité. Sinon, les notes manqueront de stabilité, sinon le son sera moins pur.

La discipline qu’exige la décision d’être l’auteur de sa propre vie c’est aussi la discipline du discernement. Apprendre à reconnaître ce qui est lié au projet et le distinguer de ce qui a trait à autre chose ; savoir dire « Non » aux distractions quand elles sont un évitement mais savoir reconnaître notre besoin de distraction quand il est un besoin de respiration.

Couper le téléphone, refuser les sorties, préférer la solitude, se reposer, savoir dire: « voilà de quoi j’ai besoin ».

Nous ne sommes pas venus à la vie pour divertir les autres. Nous sommes venus pour construire une vie dont nous soyons fiers. Cela demande de préférer les activités qui nous aident à construire cette vie plutôt que celles qui nous en détournent.

Et c’est un peu ce que le theremin dit à travers Pamelia Stickney dans la vidéo en tête de cet article.

Si nous décidons de réaliser l’impossible, c’est parce que nous pressentons que c’est dans la quête de comment nous pourrons y parvenir que se joue la rencontre avec notre plein potentiel, avec la plus grande de nos richesses intérieures. C’est en poursuivant ce qui nous semble inatteignable que nous nous invitons à développer des ressources qui, jusque là, nous manquaient.

Cette croissance infinie s’accompagne de la nécessité d’apprendre, qui elle-même exige de ne pas savoir faire. Ne pas savoir, c’est inviter de la confusion dans sa vie. Ne pas savoir est déroutant à n’importe quel âge et il faut avoir appris à naviguer le flou d’une activité que l’on ne maîtrise pas encore et que l’on ne comprend parfois même pas.
Quand je prends des cours de chant et que mon coach me demande de reproduire avec la voix une note qu’il joue au piano, j’y arrive mais je ne comprends pas ce que je fais, et je déteste ça. Comment puis-je le reproduire à l’infini si je ne comprends pas la mécanique qui est en jeu ? Comment puis-je me corriger si je ne comprends ni ce que je fais ni comment je le fais ?

Je le vois sur mon fils de sept ans aussi bien que sur mes clients de plus de quarante: faire quelque chose sans savoir le faire est perturbant et, pour certains, presque impossible. Cela revient à skier dans la brume ou traverser un tunnel sans lumière.

Je me souviens d’une nuit où je dormais chez mes grands parents. Je devais avoir 9 ou 10 ans. Je me suis réveillé en plein milieu de la nuit avec la vessie prête à déborder mais impossible de me repérer, j’étais désorienté. Je ne sais pas si les meubles avaient changé de place depuis ma précédente visite ou si mon cerveau avait mal évalué ma position dans la pièce, mais je me revois en train de ramper sous une table, d’escalader le montant du lit, à la recherche d’un mur, d’un interrupteur, d’une poignée de porte, n’importe quel élément me permettant de me repérer.

Ça n’a pas duré longtemps et j’ai réussi à me retenir de me pisser dessus mais la sensation de déroute est restée ancrée en moi. L’absence de repères dans un endroit familier. C’est exactement ce que propose la créativité, qu’on l’utilise pour créer des œuvres ou pour inventer sa vie.

Ce non-savoir, cet espace dans lequel l’ego s’abandonne pour faire place à autre chose, à ce qui cherche à s’exprimer en soi, à ce qui veut jouer avec nous dans l’acte créatif, cette chose que Lynda Barry cherche à définir dans What it is et Syllabus, cet inédit, ce chemin à tracer, c’est ce qui donne son relief à la vie. Et pour l’atteindre, il faut faire le calme en soi, parce qu’il est comme le theremin, sensible à la moindre variation, au moindre tremblement.

Je parle de cet inconnu et des méthodes qui permettent de l’accueillir avec sérénité dans mon livre à paraître L’artiste est un athlète comme les autres. J’y parle aussi de la vie créative et de son importance, du rôle qu’elle joue dans la construction, pour soi, d’une vie qui mérite d’être vécue. Parce que créer, c’est honorer ce qui vibre en nous, cette inextinguible volonté de devenir, cette force désirante qui distingue le vivant du mort.

S’il vous intéresse, vous pouvez le précommander en m’envoyant un email.

La vraie nature de la générosité

Elle m’écrit: « Je n’ai jamais pu être si sincère, si simple et si authentique. Merci de m’offrir cet espace et de me donner cela de toi aussi. C’est si précieux. J’ai du mal à réaliser que ce soit possible, si simplement. »
D’autres aiment compliquer les choses simples.
Moi je navigue et je crois ne rien mériter des choses qui m’arrivent. Cette idée de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez, c’est une saloperie qu’on n’a pas choisie. Peut-être que dans une vie antérieure j’étais vraiment un castor ou peut-être que je ne fournis pas assez d’efforts dans celle-ci pour justifier d’obtenir ce que j’obtiens.
Je suis un homme difficile à aimer. Je ne sais pas recevoir, j’ai besoin d’immenses gouffres de solitude qui me happent et me font disparaître des radars pendant plusieurs semaines parfois, toujours sans prévenir, j’ai des vices et des perversions que je tâche d’assumer. Ce sont des choses que j’apprends à ne plus combattre, parce qu’elles naissent de mes besoins psychiques.
Mercredi je discute de procrastination et j’ai envie d’introduire cette idée que nous procrastinons souvent sur nos besoins psychiques, on repousse le moment de s’occuper de soi, de laisser mûrir les idées, de laisser s’évaporer les émotions. On met tout sous le tapis. On verra plus tard. Il sera toujours temps, quand tout aura trop enflé, de nous occuper de la masse grouillante qui gonfle le tapis. Après tout, ce n’est pas urgent de rire, de pleurer, de dire stop. Plus tard, toujours plus tard.
Alors nous émoussons notre sensibilité et nous devenons insensible aux manifestations de nos besoins.

Nous avons peur, aussi, de les exprimer, des fois qu’ils heurtent l’autre, des fois que nos besoins menacent les besoins de l’autre. Que se passera-t-il alors ? Que se passe-t-il en cas d’incompatibilité profonde de nos besoins ? Tu veux me voir, j’ai besoin d’être seul ; je veux parler, tu as besoin de silence ; j’ai besoin de diversité, tu as besoin de sécurité. Comment faisons-nous ? Est-il possible de concilier nos besoins ? Est-il possible de les hiérarchiser ? Faut-il que l’on alterne: un jour ton besoin, le lendemain le mien ? Et devenons parfois nous résoudre à ce qu’il n’y ait rien d’autre à faire que de constater que: ça ne colle pas, nos besoins sont incompatibles.

Et alors ?
Si cela arrive, est-ce si grave ? Dans notre précipitation à ne pas écouter les nuances de notre vécu intérieur, nous avons créé de grosses boîtes et jeté en vrac tous les petits billets envoyés par notre système émotionnel. On dirait mon système de comptabilité: une boîte à chaussure et des reçus en vrac.
Comment voulez-vous que l’on s’y retrouve ?
Si l’on reconnaît que nos besoins sont incompatibles, la chose saine à faire c’est de redéfinir la relation, de chercher quels besoins elle peut satisfaire, et si elle n’en satisfait aucun, se faire un gros câlin, se regarder droit dans les yeux en faisant défiler tous les bons souvenirs, se dire « Merci », et partir chacun de son côté.
Au lieu de ça, quand nous piochons dans la boîte à chaussure les souvenirs vecteurs de gratitude, la conscience que la relation ne marche pas, nous piochons en même temps notre peur de l’abandon, notre peur de la solitude, les souvenirs de notre père en train de dire « tu finiras vieux garçon avec ton caractère », de notre mère en train de dire « tu vas me laisser mourir sans que je sois grand-mère », nous prenons aussi des choses qui ne nous appartiennent pas, comme la pression sociale (finir vieux garçon c’est échouer à la vie), la culpabilité vis-à-vis de besoins qui ne sont pas les nôtres. Alors nous nous trompons de cible, nous nous accrochons à des gens qui ne nous permettent pas de nous épanouir, nous restons englués dans des situations (professionnelles, amicales, amoureuses) néfastes, juste parce que nous n’avons pas pris le temps de ranger nos vécus psychiques, de séparer nos besoins des besoins des autres.

Or si je passe ma vie à répondre aux besoins des autres, ce n’est pas moi qui trouverai l’épanouissement, pas vrai ? Et si je ne consacre pas mon attention prioritaire à répondre à mes besoins, je ne pourrai jamais ni être épanoui•e ni découvrir tout ce que je peux offrir au monde en retour, je ne peux pas contacter cette lumière qui existe au centre de mon être, qui est moi dans tout ce que j’ai de plus authentique, de plus singulier, et de plus généreux.
Être pleinement soi c’est la plus grande des générosité. On vous dira « c’est égoïste de ne penser qu’à ses besoins », c’est oublier ou même nier l’interrelation qui définit le monde, comment chaque chose, en étant exactement ce qu’elle seule peut être, influence les éléments de son entourage. L’arbre, parce qu’il est arbre, accueille l’oiseau, la terre accueille la graine aussi bien que le ver de terre qui la nourrit.
Ce qui est vrai pour l’écosystème naturel l’est tout autant de l’écosystème social. Quand je suis moi sans concession, quand je respecte mes besoins sans négociation (avec moi-même s’entend, il peut être sain d’accepter des compromis avec les autres, dans ce cas, il est impératif de se demander: « comment respecterai-je mon besoin autrement ? » parce que nous sommes des êtres créatifs et nous trouvons mille manières de répondre à nos besoins, et aucune de ces manières n’est réellement tributaire d’autrui), quand je me donne comme règle éthique principale d’être à l’écoute de ce qui est bon pour moi, alors je peux exister avec autant de majesté que l’arbre, ou la terre, ou la graine, la fleur ou le ver de terre. Et alors, à mon contact, sans que je n’aie besoin de savoir ni comment ni pourquoi, les autres peuvent à leur tour s’épanouir, grandir, apprendre.
Tout comme j’apprends des autres grâce à qui ils sont, exactement, dans leur réalité la plus crue.

Pour faire simple : être soi, c’est la seule manière d’être qui soit généreuse à la fois pour soi, et pour les personnes qui nous croisent, nous côtoient ou nous fréquentent dans l’intimité. Cessons de vouloir nous substituer aux autres. Exprimons nos besoins tels que nous les ressentons. Et laissons la vie faire le reste.

Le paradigme de la cage dorée

Si la vie est une tension constante entre désirs et peurs, chaque certitude que nous avons sur nous-mêmes (« je suis… », « je sais faire… », « j’aime…/j’aime pas… », « je suis confortable quand… ») est un barreau qui nous enferme dans une cage dorée. Dorée parce qu’on la connaît, qu’on y a ses repères, même s’ils sont faits de violence et de souffrance.
Changer est effrayant. Changer est exigé par nos désirs, ces élans de vie qui nous poussent à une réalisation toujours plus profonde de nous. En ce moment je résiste. En ce moment, cela fait deux ans. Je suis devenu meilleur coach, à force d’expérience. Et je reçois de partout cette injonction: « Tu as quelque chose à apporter, continue ». Et en moi cela résiste: Sûr, je prends du plaisir à voir mes clients se transformer, et il y a du jeu dans cette interaction, quelque chose de ludique qui me rend joyeux. Mais c’est autre chose que ce que j’avais décidé. Alors je résiste. J’ai peur de ne jamais finir ce roman qui ne cesse de changer de forme et qui refuse de sortir de moi, j’ai peur de ne jamais être reconnu comme auteur – inventeur de littérature –. Être un technicien de l’écriture, cela n’est pas la même chose.
Pourquoi j’ai peur de ça, c’est une bonne question. Parce qu’au final, c’est une décision arbitraire que j’ai prise à un moment où je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire de moi. A 16 ans, il fallait que je prenne une orientation, et rien dans le monde que l’on me proposait, ne m’attirait vraiment.
C’est par accident que je suis devenu coach. Parce qu’un jour j’ai participé à un atelier d’écriture, et proposé d’en coanimer un, on m’en a proposé un autre, puis un autre, puis un autre, puis je suis allé en chercher, puis j’ai décidé de créer le mien, puis j’ai décidé que je stagnais et je voulais découvrir comment ne pas rester sur la touche de la vie, comment continuer à avancer.
Et j’ai découvert qu’il y avait autre chose qui m’attirait que l’écriture: l’humain et ses blocages, l’humain et cette énergie folle qu’il dépense à ne pas faire ce qui est important pour lui, et j’ai découvert que peut-être qu’écrire n’était plus aussi important pour moi et tout s’est hérissé.
La cage m’a rappelé qu’elle était là, confortable, brillante de tout son or, une cage parfaite qui disait: « je suis un auteur qui n’est pas encore reconnu », « je sais écrire des livres et m’assurer que personne – ou presque – ne les lise », « j’aime quand je peux me plaindre que ça ne va pas comme je veux, que cela prend trop de temps et pas la bonne forme », « je n’aime pas quand on me dit que ce que je fais fonctionne et touche et immerge, parce qu’alors cela veut dire que je suis reconnu et je ne connais pas assez bien ça », « je suis confortable dans cette habitude de dire: « j’écris mais sans plus, pas des choses très intéressantes, de simples histoires d’amour avec du sexe dedans ».
Mais déjà, c’est peut-être des histoires de sexe avec un peu d’amour dedans, et ce sont surtout des histoires de désir ardent, comme ce désir ardent de m’arracher à cette cage dans laquelle je me sens si bien.

Et pour le faire, il faut marcher sur ce fil tendu entre peurs et désirs, et avancer avec les unes et avec les autres, et dire: « je marche au-dessus du vide et je n’ai pas envie de tomber parce que si je tombe je meurs » et ce qui est drôle c’est que tomber peut prendre deux formes: je peux cesser de désirer ou je peux cesser d’avoir peur.
Mais je peux aussi choisir de meilleures peurs. Plutôt que d’avoir peur d’être enfin reconnu, je peux choisir d’avoir peur de ne pas être assez vulnérable et authentique dans ce que j’écris.

L’été dernier, j’ai beaucoup écrit. J’ai écrit des textes techniques dans lesquels j’étais investi à 57%. Depuis cinq jours j’écris beaucoup aussi. J’écris un texte qui n’est pas technique et dans lequel je suis investi à 84%. J’ai peur de ne pas réussir à être à 100% (comme dans ce texte).
Et je crois que j’ai aussi peur de le diffuser et de voir qu’il ne fonctionne pas du tout alors qu’en fait, ce n’est qu’un livre. Ce n’est pas grave s’il ne touche pas un million de lecteurs. Ca me dérange mais c’est moins grave que de réaliser qu’être coach est une activité épanouissante pour moi autant que pour mes clients, et que de ne pas le faire c’est ne pas saisir l’opportunité de m’arracher à cette vision étriquée que je persiste à avoir de moi-même.

J’ai jeté Projet Yama, qui est un boulet que je traîne depuis treize ans. Un roman dont la publication a été annulée par le dépôt de bilan de son éditeur, mais un roman qui m’a été payé alors que je n’en avais pas écrit une ligne. Un montant symbolique et à l’époque (j’avais 22 ans), symbolique c’est tout ce dont j’avais besoin pour croire que je pouvais avancer sur ce chemin. Et c’est ce que j’ai fait ces treize dernières années, inlassablement, sans discontinuer. Et je continue.

Le chemin s’ouvre depuis trois ans, trois toutes petites années, c’est un bébé chemin qui commence à peine à parler, mais qu’est-ce qu’il a comme choses à me dire!
Alors je l’écoute avec attention. Parce que le weekend dernier, improviser pendant 8 heures un coaching de groupe, ça a été un pied immense, bien plus immense – oserai-je le dire – que ce que l’écriture m’a offert ces derniers mois.

Oui, écrire ces mots me dérange. Regarder cette réalité sur l’écran me rappelle ce que Kate m’a dit avant que la dispute de Londres ne coupe le lien entre nous: « Ce qui me surprend, c’est que quand tu parles d’écriture, tu dis « c’est un travail », où est ta motivation ? »
Je n’ai pas voulu m’entendre. Je n’ai pas voulu l’entendre. Je crois qu’il reste quelque chose de cette faim, je crois que brûler les vieux projets a été important parce que cela me permet d’accueillir de nouvelles réalités: mes textes courts, mes textes de cul et d’amour, ce sont eux qui me font plaisir. Avec eux, je m’amuse.

Même si je les trouve banals.

Même si Blade Runner continue à me transporter tout au fond de moi.

Même si j’écrirai aussi d’autres choses.

Entre deux sessions de coaching.

Peut-être. Sûrement. Bientôt. Déjà.

Ok, je flippe. Et sur mes lèvres il y a un immense sourire.

Relations toxiques: définitions

Est toxique…

Toute relation autocratique.

Toute relation dans laquelle l’un, l’autre ou les deux cherchent à museler l’être de l’autre.

Toute relation dans laquelle l’un, l’autre ou les deux se déleste de sa responsabilité émotionnelle sur autrui.

Toute relation au sein de laquelle, lorsque vous vous sentez dans votre centre, aligné•e, épanoui•e, l’autre vous culpabilise.

Toute relation au sein de laquelle votre parole n’est pas prise en compte, l’expression de votre vérité n’est pas admise.

Toute relation violente, agressive, manipulante.

Une relation où l’on vous dit ce qui est bon ou mauvais, ce que vous avez le droit de faire ou non avec votre corps, votre voix, vos actions.

Toute relation où l’insécurité de l’un•e sert de justification à la réduction, au musèlement, à l’humiliation de l’autre.

On les reconnaît, les toxiques, à ce qu’ils cherchent, lorsqu’ils perdent pied, à entraîner avec eux ceux qui ont le pied ferme, l’équilibre sûr. Ils lancent des piques, tentent de rendre honteux, appuient là où ils pensent pouvoir faire mal.

On les reconnaît à ce qu’ils s’accrochent, incapables de quitter la table lorsqu’ils se sentent glisser. Ils se rendent volontiers victimes, pour qu’on les plaigne, parce que leur seule personnalité, étouffée par des décennies d’autocensure, ne suffit à capter l’attention.

Au final, c’est ce qu’ils sont, les toxiques, des gouffres à attention. Ils ont besoin du regard de l’autre pour se sentir exister et lorsqu’ils ne l’ont pas, ils se sentent disparaître, s’évanouissent dans l’éther. Enfin, c’est ce dont ils ont l’impression, parce que les autres ne la partagent pas, cette impression.

Alors ils tirent la corde à eux, craignant que, s’ils ne l’ont pas, ils seront laissés là pour geler. Et parce qu’ils le font, ils mettent en danger tout le groupe. A cause de leur inconfort avec eux-mêmes, ils ressentent un inconfort social et le cercle vicieux s’enclenche: avides d’attention, ils déploient les mécanismes les plus sombres et poussent à la fuite ou au simple détournement ceux-là même qui auraient pu les aimer.

Les toxiques me font de la peine mais je n’ai pas de place pour eux dans ma vie, alors je m’en détourne avec une certaine nostalgie, parce que sortir quelqu’un de sa vie, c’est toujours un peu triste. C’est aussi un peu le prix à payer pour continuer à s’épanouir.

Silence

parfois, le silence. trop parler étouffe le sens. ajouter des mots ajoute du bruit, alors shh.

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