Depuis tout petit, je bouge sans cesse. De déménagement en déménagement, je n’ai jamais passé plus de deux ans dans la même école, avec les mêmes personnes. Cela force à développer des capacités d’adaptation (d’aucuns diraient de suradaptation) élevées.
Jamais assez longtemps présent pour entrer dans des cliques, je n’ai jamais su à quelle bande j’appartenais, à part la mienne (« Je suis une bande de jeunes à moi tout seul). Quelque part, cette réalité – la nécessité de trouver vite des marques, de rencontrer vite des gens, le sentiment d’une profonde solitude – se retrouve dans les thématiques de mes livres.

Quand j’écris, c’est toujours sur des personnages qui sont arrachés à leur vie, projetés dans des réalités qui leur échappent, où ils n’ont pas tout à fait leur place et dont ils ne sont pas, non plus, tout à fait étrangers.
Il en résulte un goût de l’aventure et une suspicion de ce qui est trop solide et trop durable. Quand toute son identité a été construite sur le mouvement, il est difficile d’envisager autre chose, de croire en la sécurité de ce qui reste et dure. C’est cette dualité, ce paradoxe de la sécurité trouvée dans l’instable, que vous trouverez dans mes livres.
Il n’y a pas de vieille bande de potes, pas de relation sûre ou fiable ou loyale, ou de longue durée, dans mes livres. Tout y est dicté par le mouvement et le changement, avec une acceptation qui frise le détachement, quand mes personnages ne se précipitent pas eux-mêmes dans l’inconnu.
Vous pouvez lire d’autres articles sur mon processus créatif et ma démarche artistique dans mon journal