Z.

Z. aime trop, trop vite. Elle s’en veut. Chaque fois elle s’emporte et chaque fois elle souffre. Elle donne tout, tout de suite, pour une paire de beaux yeux ou une voix grave. Z. n’y peut rien. Déjà au primaire elle s’enflammait pour les garçons de son âge et grimpait sur les tables à la récréation pour les embrasser devant toute la classe. Elle n’y pouvait rien, c’était sa manière à elle d’être en vie, de se sentir vibrer, exister. En grandissant, les chagrins d’amour et les trahisons n’y avaient rien fait. Elle continuait à donner tout, incapable de réfréner ses élans passionnels. « Pourquoi les retenir ? demandait-elle, alors que c’est en étant amoureuse que je me sens la plus heureuse. » La souffrance d’un amour déçu n’était rien à côté du bonheur de l’amour naissant.
Z. rebondissait à chaque fois. Il lui fallait peu de temps. Quelques larmes versées et l’épaule sur laquelle elle s’apitoyait devenait le support de son envol suivant. C’était autour d’elle une ronde folle d’étincelles tombées des regards, de coeurs dessinés en marge du cahier où elle griffonnait ses poésies, de roses laissées en offrande sur les paillassons lorsqu’elle ne trouvait pas le courage de frapper à la porte.
Z. ne connaissait pas la peur du lendemain. Pour elle seul comptait l’éclat de chaque instant. La vie devait être éblouissante de démesure pour valoir la peine d’être vécue. Quand elle tentait de freiner ses ardeurs elle déprimait. Elle sentait une force pousser de l’intérieur de ses tripes, de ses muscles, de chaque cellule de son corps, tenter de forcer les limites de sa chair, à tel point qu’elle en devenait douloureuse. Il n’y avait qu’en trouvant un nouvel exutoire à son désir qu’elle pouvait retrouver la sérénité, et même l’euphorie.
Z. savait qu’elle irait de grands rêves en grandes déconfitures, mais si c’était la condition du bonheur, c’était un prix qu’elle payait bien volontiers.

13 février 2013