Vers davantage d’action

Le problème avec la question de l’authenticité c’est qu’elle suppose que certains aspects de nous, certaines de nos actions puissent ne pas être « nous », plus exactement que certaines influences extérieures pourraient nous pousser à agir de façon contraire à notre identité, à qui nous sommes vraiment. Mais nous sommes nos actions autant sinon plus que nos pensées, ne serait-ce que parce que nos actions sont la seule interface qui nous relie au monde. Si je n’agis pas je suis spectateur, en retrait, les autres n’ont accès qu’à mon enveloppe physique et nos interactions sont, de ce fait, limitées.
C’est à partir de nos actions que les autres décident qui nous sommes pour eux. Cela leur appartient. La case dans laquelle ils nous rangent dépend de leur passé, de leur culture, des représentations du monde dont ils disposent pour l’interpréter.
Ce qui est plus important c’est l’histoire que nous nous racontons sur nous-même à travers nos décisions et nos actions. Si j’accepte cette invitation ou cette offre de boulot, qu’est-ce que je me raconte sur moi ? J’insiste: qu’est-ce que je me raconte à moi-même sur moi ? Comment est-ce que je me mets en adéquation avec mes idées (plus ou moins bien formées) de ce qu’est un comportement éthique ? Et si mon éthique et mon tempérament s’opposent, que se passe-t-il ? On appelle cela une dissonance cognitive et c’est la merde.
Je joue avec des idées parce que je suis entre plusieurs projets et je retarde le moment de choisir le prochain. Ce n’est pas que je ne sache pas lequel m’attire le plus, c’est qu’il m’effraie un peu (un tout petit peu) et c’est surtout que je n’ai pas envie de me mettre à travailler. J’imagine déjà les heures à tâtonner, la recherche documentaire qui va me donner honte de n’être que l’auteur que je suis, que l’individu que je suis, pas assez cultivé, pas assez rigoureux. Je me projette déjà dans la fatigue et les doutes, mais surtout dans l’effort. Et je résiste. Soyons clair : en ce moment je suis paresseux.

Le vrai plaisir d’un homme est de faire des choses, 
il a été fait pour ça.
Marc Aurèle

Il y a un risque à agir sans penser, celui de se retrouver dans des situations désagréables que l’on a choisies par défaut et qui nous font regretter d’être là, d’avoir investi tout ce temps dans une activité dont le sens nous échappe.
Il y a un risque tout aussi grand à trop penser avant d’agir. Le monde devient cette abstraction nourrie par nos fantasmes (positifs comme négatifs) de ce que pourrait être la réalité. Par exemple il y a ce coup de téléphone que vous repoussez depuis une semaine, cette personne à qui vous rêvez d’adresser la parole à chaque fois que vous la croisez dans votre café préféré, ce livre que vous aimeriez proposer à un éditeur. Vous doutez mais chaque minute qui passe pendant laquelle vous rêvassez au moment où vous agirez est une minute qui vous éloigne de la réalité de cette action.
Jour après jour le coup de fil, la conversation, l’envoi du manuscrit enflent d’un enjeu démesuré, un enjeu qui est sans commune mesure avec la réalité de l’action elle-même ou de ses conséquences.
Nous (je parle de l’humain en général) avons cette tendance à imaginer que nos actions peuvent être déterminantes, que l’issue d’une décision sera radicale, qu’elle transformera notre existence en un nuage de poussière de fée accompagné par une chorale de licornes célébrant notre arrivée.

La réalité est plus simple : la grande majorité de nos actions ont des conséquences triviales. Un nouvel ami, un livre publié, un problème résolu transforment rarement notre réalité de manière radicale. Ils peuvent changer notre état, notre façon de regarder le monde, ils peuvent consolider un peu notre sentiment identitaire, renforcer notre confiance en nous… jusqu’à la prochaine vague de doutes.
Il y a quelques événements qui transforment une réalité : une naissance, un décès, un déménagement, un changement de carrière, mais même ces événements peinent à changer qui nous sommes au fond. Ils modifient notre contexte, nos circonstances, mais ni nos aspirations ni notre système de valeurs ni nos besoins fondamentaux (de sécurité, d’appartenance, de reconnaissance, de diversité, de croissance, de contribution). Nous sommes qui nous sommes, un mélange de génétique et de culture cristallisé en nous assez tôt et renforcé par les histoires que nous construisons tout au long de notre existence pour accepter ou rejeter qui nous sommes.
C’est là peut-être la clef de l’épanouissement : les décisions que nous prenons contribuent-elles à reconnaître et accueillir et revendiquer (à nos propres yeux) qui nous sommes ou cherchent-elles à le changer, avec tout le sous-texte de dénégation de soi que cela implique ?
Je ne dis pas qu’il ne faille pas chercher à changer nos mauvaises habitudes (celles qui nous poussent à vivre en-dessous de notre potentiel) mais j’invite à distinguer entre la mauvaise habitude et la mauvaise personne. Quand je suis paresseux au sortir des fêtes, quand je souffre de cette paresse, ce n’est pas parce que je suis un incorrigible flemmard qui n’est bon à rien mais parce que si je me maintiens dans cet état d’esprit, je n’avance pas vers ma réalisation, je suis comme un arbre dont la croissance serait empêchée : en souffrance.
Nous ne sommes pas nos actions mais nos actions contribuent à réifier (faire chose) une essence qui, sans elles, resterait invisible, potentielle, virtuelle (Qui possède, contient toutes les conditions essentielles à son actualisation. Qui existe sans se manifester).

Or, lorsque nous fantasmons sur nos vies possibles, sur les rêves que nous pourrions réaliser plutôt que de nous jeter dans le tumulte de la matière, dans l’imperfection du réel, nous nous enfermons à l’état de potentiel. Et peut-être parce que nous craignons de n’être pas assez nous nous empêchons d’aller plus loin. En court-circuitant cette logique de la surpréparation, en devenant plus empiriste nous accélérons la rencontre avec nous-même. En osant faire, en osant tenter, en osant agir, nous avançons vers une meilleure connaissance de nous-même.C’est sur ce chemin que je m’engage en 2019, un chemin fait de davantage d’action, de moins de pensée. Je choisis – ce sera dur – de moins réfléchir, de me mettre au clavier dès que je sens que mes pensées vont trop loin. Il y a, dans la surabondance des idées, une forme de fuite de la réalité. Un refus de ce qui est au profit de ce qui pourrait être. Ce refus n’est pas à fuir. Il est passionnant, même, lorsqu’il nous pousse à proposer un changement dans le monde, lorsqu’il nous encourage à essayer autrement, à poser un acte qui vise à détourner le cours de la réalité vers une réalité que nous imaginons meilleure – nous pouvons avoir tort !

Je compte bien vous entraîner avec moi dans cette aventure à la rencontre de votre potentiel de transformation du monde. Que ferez-vous en 2019 ? Quelle histoire raconterez-vous sur vous-même ?

C’est la nouvelle direction de ce blog: une étude des histoires que nous nous racontons, des conseils sur la prise de décision, des projets réalisés pour voir, pour le plaisir d’être dans le monde, manifesté, agissant, présent.

Anaël Verdier Écrit par :

Je suis Anaël et j'écris. Ma fascination pour la vie, qui est cette opportunité de jouir, d'explorer, d'apprendre, de (se) rencontrer, guident mon écriture. Sur ce blog, je partage des fragments de moi avec vous, comme une pochette surprise remplie d'amour. Mon dernier livre est disponible ici: https://amzn.to/2r7CMeU