Comment rater sa relation

Juste parce que vous ne comprenez pas quelque chose, ce n’est pas la peine de lui accoler une étiquette ou de le rendre pathologique. Dans ma vaste enquête sur l’amour, le couple, les relations interpersonnelles en général, je ne tombe jamais sur la question: « Pourquoi se mettre en couple ? »

Je trouve des milliers de variantes sur la question du « comment se mettre en couple », mais jamais sur le pourquoi, ou alors seulement d’un point de vue biaisé. Il n’y a pas de réflexion sérieuse sur le postulat amoureux. Par contre, il y a des tas de questions débiles comme « je suis en couple avec un addict au travail, comment faire ? ». Ma réponse serait « Si vous l’aimez, vous l’acceptez pour ce qu’il est » mais la réponse que j’ai lue (sur un site très populaire de coaching de couple) c’était: « comment reconnaître les symptômes d’une addiction » et « ce que cache l’addiction au travail ».

Bien joué!

Pathologiser l’autre, voilà la solution pour un couple sain et épanoui!

Ça m’a fait penser à cette formation que j’ai suivie sur « comment développer tout son potentiel » et l’une des premières leçons était « Apprenez à détester votre ancien vous ». Autant vous dire que je suis parti à toutes jambes.

La recette d’une relation saine et épanouie (de couple ou autre) c’est l’écoute et l’acceptation. Sûr, si l’autre est mal, ça peut être notre rôle de l’aider à voir qu’il va mal et de l’accompagner pour qu’il aille mieux, mais s’il est épanoui et que sa manière de trouver l’épanouissement ne nous convient pas (et si elle ne pourra jamais nous convenir), c’est à nous de sortir de la relation et pas à lui de changer.

Nos habitudes culturelles biaisent notre raisonnement

C’est assez représentatif de notre culture. Nous traitons tout du point de vue du problème à résoudre. Notre médecine, qu’elle soit physiologique ou psychologique, est basée sur la gestion des symptômes plutôt que sur la prévention des causes. Combien de personnes poussent la porte d’un cabinet de psy en disant: je ne suis pas mal mais je veux être mieux, aidez-moi.

Ce serait le rôle du coach qui, à l’origine, aide son client à développer ses potentialités, à activer ses capacités, à améliorer ses résultats, pas parce que les résultats sont mauvais mais parce qu’ils pourraient être meilleurs. A cause de leur biais culturel, beaucoup regardent les coaches comme ils regardent les médecins: ils vont les voir pour régler des problèmes. Nous vivons dans une culture du malade. Plutôt que nous demander: « qu’est-ce qui va bien chez moi et comment puis-je l’amplifier ? », la seule question qui nous occupe c’est: « qu’est-ce qui va mal chez moi et comment puis-je le résoudre ? »

Et si nous changions de point de vue ?

Accroc à l’épanouissement

L’épanouissement par le travail n’est pas une maladie. Quand quelqu’un trouve une activité qui lui correspond, qui fait vibrer chaque once de son être du sentiment d’être à sa juste place, de réaliser ce pour quoi il est fait, et lui permet de construire pour lui et pour les siens une vie meilleure, il est naturel que cette activité soit présente à chaque instant, qu’elle anime chacune de ses pensées, chacun de ses mouvements, qu’elle soit le filtre à travers lequel passe sa réalité.

Bien sûr, du point de vue de quelqu’un qui perçoit le travail comme un mal nécessaire, comme une torture infligée par des dieux cruels, c’est impensable qu’une activité professionnelle soit également une source de réalisation de soi. Alors plutôt que de comprendre l’autre, on le pointe du doigt: « il y a quelque chose qui ne va pas chez toi, soigne-toi » et on ramène quelqu’un qui était épanoui, sain, heureux, dans le rang des gens frustrés, aigris, malades.

Moi, ce que je ne comprends pas, ce sont les gens qui sortent tout le temps, qui passent leur semaine à attendre le weekend et leur année à attendre les vacances. Je ne pense pas qu’ils soient malades, je ne leur dis pas: « tu es addict au loisir ». Parfois je pense que c’est le cas.  Je trouve dommage qu’ils ne vivent pas ce que moi je vis, cette ivresse du dépassement constant de soi mais surtout, je m’interroge sur leurs vies. Je les regarde avec curiosité et interrogation.

Je ne pourrais pas vivre comme ça. Il m’arrive de penser qu’il y a quelque chose de presque pathologique dans le fait de faire un travail qui ne vous épanouit pas. Je pourrais écrire un article qui dirait: « que cache le fait de séparer travail et vie privée ? » et argumenter qu’il y a, derrière cette scission, un manque d’estime de soi, un manque de respect de son temps sur Terre, une fuite de la réalité qui est que nous sommes ici pour repousser sans cesse les limites de ce dont nous sommes capables mais après tout, c’est leur vie, leur réalité.

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Être en relation

Entrer dans une relation (amicale, amoureuse, professionnelle) avec quelqu’un demande un effort, un simple effort d’écoute et d’ouverture. Cela demande de se confronter à l’altérité dans tout ce qu’elle a d’étranger et d’incompréhensible et d’étrange. Aimer, c’est être enthousiasmé par cette altérité au point de l’encourager en disant: « sois toi ».

La réponse qu’aurait dû recevoir cette personne lorsqu’elle demande « je suis en couple avec un addict au travail, que dois-je faire ? », ce n’est pas un exposé sur l’addiction et ses remèdes, mais une écoute: « Que voulez-vous dans votre couple que vous n’avez pas ? » « Pouvez-vous l’avoir avec cette personne sans changer qui elle est ? » Autrement dit, un encouragement  à apprendre à exprimer ses désirs avant de condamner ceux des autres.

Anaël Écrit par :