A very strange time of my life

Depuis quatre ans, ma vie est une grande étrangeté.

J’apprends à lâcher prise, à être vulnérable, à ne pas lutter contre les hauts et les bas de mes émotions (ils sont non seulement naturels, ils me sont nécessaires pour créer). J’apprends le respect de soi, le respect de l’autre. J’apprends à me traiter comme un adulte et à traiter les autres comme des adultes (ne pas protéger les autres contre leurs émotions)(ne pas me protéger contre mes émotions).

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Depuis quatre ans, je plonge dans entreprise impossible après entreprise impossible et je m’en sors en ayant réalisé ce dont je me sentais pourtant incapable quelques années, quelques mois, quelques semaines avant.

C’est vertigineux mais je ne voudrais pas vivre ma vie autrement

Certains matins sont insupportables, quand mes nerfs craquent d’avoir trop donné ou trop reçu, quand mon corps et mon esprit s’entendent pour se mettre en grève sans préavis, à faire front commun contre ma soif infinie d’exploration, de confrontation au monde, de découverte. Ensemble, ils disent: « wow, stop, pas aujourd’hui! »

Alors je me change en zombie dépressif.

Au lieu d’écrire, de travailler ou de lire, je passe d’un projet à l’autre, ajoute une ligne ici, une ligne là. J’essaie comme je peux de créer quelque chose mais c’est peine perdue. Je suis en grève et ça m’agace. Les négociations sont sans concession. « On veut se reposer! » – « Non, vous allez bosser! »

Je marche à deux à l’heure dans la rue (peut-être parce que j’oublie de me nourrir!), mes neurones peinent à se connecter (peut-être parce que j’oublie de dormir!).

Ces jours-là, tout ce que je peux faire, c’est ça…

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Et écouter fort de la musique déprimante ou rageuse sans réussir à sortir de mon état. Je pense immanquablement à High Fidelity: « qu’est-ce qui est venu en premier ? La déprime ou les chansons déprimantes ? »

Aucun discours de motivation, aucune des techniques de productivité ne fonctionne. Je mets le feu à tout parce que de toute façon, rien n’a de sens.

J’aime ces journées

Elles me ramènent à ma condition humaine, me refont descendre du rush de puissance que m’apporte le reste de ma vie, quand je suis fort et que j’opère depuis mes zones d’excellence.

Ces journées me rappellent que le travail doit être fait et de garder l’humilité de l’artisan, de me remettre chaque jour à fabriquer la petite brique qui servira, plus tard, un jour, dans l’avenir, à construire la maison de mon existence.

Le temps que je me retrouve forcé de prendre pour moi, pour laisser décanter les expériences vécues, est un temps de construction et de maturation indispensable.

Il faut inspirer pour expirer, sous peine de perdre la tête.

Quand je me sens faible d’être vulnérable, quand je me sens fragile, je suis plus ouvert à l’art qui m’entoure et cela renforce mon envie de créer.

La vie créative amplifie les mouvements de la vie tout court

Ces mouvements, entre production et inspiration, entre extase et détresse existentielles, tout le monde les vit.

Parce que j’ai le temps et le loisir de m’y abandonner, je les ressens peut-être davantage que vous. Ma lutte est peut-être plus intense que la vôtre.

Nous apprenons à lisser nos existences, à chercher une sorte de zone d’immobilité que nous appelons bonheur (quand toutes nos émotions sont positives), ou confort (quand nous ne sommes jamais bousculés). On n’apprend rien dans le confort, et le bonheur n’est-ce pas accueillir le monde tel qu’il s’offre à nous et nous offrir au monde tel que nous sommes ?

Ce blog est un exercice de vulnérabilité dont je me tire très mal. Je ne livre rien. Je reste à distance et en surface. Si je m’autorisais la vulnérabilité, je parlerais de mes angoisses et de mes espoirs. Je parlerais de la terreur qui m’empêche de me coucher certaines nuits et de l’excitation qui me réveille certains matins.

J’essaie.

Gueule de bois émotionnelle

« Si vous ne vous demandez pas: ‘pourquoi j’ai partagé ça ?’ c’est que vous n’avez pas été assez vulnérable »

Brenée Brown est l’actuelle Reine de la Vulnérabilité. Elle en a fait son sujet d’étude principal, elle a écrit des livres et donné des conférences sur la vulnérabilité.

Amanda Palmer est l’un des avatars actuel de la vulnérabilité.

Quand je publie ici, je cherche à ressentir une gueule de bois émotionnelle. Si je n’hésite pas à cliquer sur « Publier », si je ne regrette pas mon geste tout de suite après l’avoir fait, je sais que je n’ai pas été assez loin.

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« La prochaine fois »

Chaque fois que je me dis « je serai plus vulnérable dans mon prochain billet », je sais que j’ai échoué à partager quelque chose de vraiment important.

Aujourd’hui, j’écris cet article au lieu d’avancer sur mon roman, parce que mon roman est difficile à écrire, parce que je suis paresseux, parce que j’ai peur que mon roman ne plaise pas, parce que j’ai peur que le temps que je lui consacre soit du temps perdu.

La prochaine fois, la prochaine fois j’écrirai sur mon roman plutôt que sur mon blog, mais aujourd’hui, c’est trop tard. J’ai un rendez-vous dans vingt minutes. Je n’ai plus le temps.

Tant pis…

Chute libre

Pour certains d’entre nous, la vie est une chute libre. Pas de filet à l’arrivée. Juste la vitesse, les roulés-boulés, l’absence totale (et choisie!) de parachute.

Courir, sauter, tomber – Impression de voler – Atterrir, rebondir, sauter à nouveau. La vie comme un jeu de plateformes, sur le fil, vertigineuse. À peine posé, il faut bondir à nouveau sous peine de chuter dans le vide, ou sur une dalle de lave ou de se faire dézinguer par un poulpe à bazooka.

Chute libre: oser franchir le pas quand, dans le coucou qui vibre, la peur nous fait checker trois fois les sangles du parachute et hurle dans notre tête: « Tu vas mourir! » à grand renfort d’images bien détaillées, bien gores.

« Ah! »

Je saute.

L’air autour de moi, c’est bon. Mon corps qui pivote dans le vide, qu’est-ce que c’est bon! L’adrénaline, la sensation d’aller à mille à l’heure, QU’EST-CE QUE C’EST BON !

Au sol, ils ne comprennent pas.

Ils étiquettent, rangent dans des cases étroites, catégorisent.

Ils mènent leur vie dans la quête du confort et de la sécurité. Nous menons la nôtre dans la recherche de l’inconfort, parce que c’est là, dans le vertige d’être sur le fil, que nous vivons.

« Si vous essayez de vous mettre dans un cadre normatif, vous l’éclaterez », m’a dit Pascale, me libérant de la tentation de l’équilibre.

« Ecrire, c’est un truc totalement déséquilibré, quand tu rentres dedans, tu ne penses qu’à ça, tu n’es plus « là », tu vois ?
– On dirait que tu parles de toi », ironise Rox quand j’essaie de me convaincre de ne pas replonger.

Je suis brouillé avec ma muse depuis deux mois, depuis qu’elle m’a lâché en plein milieu d’une nouvelle que je n’arrive pas à finir. Je la sens qui cherche à me ramener à elle, avec son chant de sirène. Elle a d’autres choses sur lesquelles elle veut que je travaille, d’autres histoires en réserve pour moi.

Je lui dis: « Je veux faire un truc pour déconner, juste une bêtise »

Elle n’est pas d’accord, je crois.

Je ne suis pas sûr d’avoir le choix.

Écrire, c’est parler à l’invisible dont les mains nous saisissent et nous façonnent dans les nuages que l’on traverse à mille à l’heure, sans parachute ni filet.

En chute libre.

Vivre

Un jour, ma vie sera derrière moi. Il ne sera plus temps, alors, de me demander ce que j’aurais voulu vivre et réaliser.

Je n’attends pas qu’il soit temps, je n’attends pas d’être prêt, pour vivre.

J’ai cessé de me demander si j’étais légitime d’avoir des idées ou de les exprimer. Je suis là, je vis, je ressens. Mon expérience en vaut une autre, même si elle ne vaut pas plus qu’une autre.

Alors je la partage. Peut-être que quelqu’un pourra en bénéficier pour vivre une vie meilleure, comme j’ai utilisé l’expérience d’autres vivants avant moi pour construire et réorienter ma vie de la façon qui me convient le mieux.

Sénèque, l’Ecclésiaste, Epictète, Nietzsche, ont été des modèles. Ils ont fait écho, dans mon adolescence, à mon sentiment précoce de la brièveté de la vie. Ils m’ont donné, à travers les âges, des outils conceptuels pour m’emparer de cette conscience aiguë que chaque instant était précieux.

Je n’ai découvert le Memento Mori que plus tard. « Je me souviens que je vais mourir ». D’abord dans un article, sur le web. Puis sur la peau d’une femme qui m’apaise.

Je ne veux pas vivre pour mes temps libres. Quand Guillaume me demande: « Combien de jours veux-tu travailler chaque semaine? » Je réponds « Sept ».

Quand il demande: « Combien de vacances prends-tu? » Je le regarde sans comprendre: « Pour quoi faire? »

Vivre, je le fais dans mon travail, mes amours, le temps que je passe avec mon fils, le temps que je passe seul. Je fonctionne sur le principe simple du « Hell Yes or No », qui encourage à ne faire que ce qui nous enthousiasme et nous passionne, de ne rien faire en demi-teinte.

https://www.youtube.com/watch/v?D1ehWlVeMrqw

Vivre: Apprendre, aimer, créer.

Je veux que toutes mes interactions avec le monde, avec les autres, nourrissent ce triptyque. Je n’ai pas le temps pour autre chose. Demain je serai vieux. Demain, tout sera fini.

Pour l’instant, ma vie se déroule devant moi. Il me reste plus à découvrir qu’à me souvenir mais le temps file et la vie est brève.

J’essaye de me souvenir de remercier tous ceux et celles qui, dans ma vie, me donnent à apprendre et à aimer, qui s’offrent à moi en toute vulnérabilité, en toute authenticité.

Nous n’avons pas le temps de porter des masques. Disons qui nous sommes, ce que nous vivons, ce que nous ressentons. Cette aventure nous concerne tous et nous apprenons tous à mesure que nous avançons.

Le temps que nous perdons à penser à l’argent, à nous étioler dans des relations mortes depuis longtemps, à faire attention à ce que les autres pensent de nous est un temps gaspillé. Au lieu de cela nous devrions nous offrir aux autres et nous demander comment leur donner toujours plus d’amour, plus de plaisir, plus de bonheur, sans attente de réciprocité.

Vivre aujourd’hui, pour ne rien regretter demain, pour ne passer à côté d’aucune émotion, aucune once de la beauté et de l’art que nous pouvons en tirer pour rendre hommage à cette force puissante qui nous fait être.

Un jour ma vie sera derrière moi et ce jour-là, je veux sourire une dernière fois avant d’embrasser les lèvres venues me chercher pour un dernier baiser. Je veux sourire et me dire: « ouais, c’était une belle aventure ! »

Je ne comprends rien au monde

Tous ces gens qui haïssent, qui souffrent, qui peinent à vivre une vie d’épanouissement et d’émerveillement.

Tous ces gens vivent en apnée dans une réalité qui ne leur convient pas.

Emma me dit « la vie après la mort est tellement plus belle, tu rentres à la maison ». Je ne veux pas mourir. Cette vie est trop belle, trop enthousiasmante. Je ne veux pas « rentrer » si « rentrer », c’est partir et perdre la surprise, la curiosité, la rencontre de l’altérité.

Rencontrer l’autre. Ne pas le/la comprendre. S’intéresser à lui/elle. Lui demander: « qu’est-ce que tu veux de la vie ? »

Réaliser que personne ne se pose la question. Personne ne donne de réponse claire.

Un ami me dit: « je veux construire une relation solide ».
« C’est quoi construire une relation solide ? », je demande.
Il ne sait pas. Il me dit: « ben, c’est construire quelque chose de solide ».

M. me dit « je ressens de la pression au travail ».
Qu’est-ce que la pression ? Elle ne sait pas. « La pression, c’est la pression »

Je rencontre une femme et j’ai envie de parler avec elle. Tous les jours. De la toucher. De l’embrasser. De la découvrir. Je le lui dis. Elle est en couple. Moi aussi. Elle me dit « c’est bizarre ». Je lui demande pourquoi. Je postule que c’est parce qu’elle manque de clarté. Avec elle-même et dans son couple.

Pour reprendre votre respiration, questionnez votre réalité

Je suis comme un enfant de 5 ans. Je ne comprends pas le monde, ses règles arbitraires, l’agitation de tout le monde autour de moi, les gens qui courent après des illusions, des chimères, des idées abstraites.

Je demande « pourquoi ? »

Pourquoi est-ce comme ça plutôt qu’autrement ?

Je commence par m’interroger moi-même: d’où viennent mes désirs ? Lesquels viennent des profondeurs de ma psyché et lesquels viennent du marketing, de l’influence de mes parents, de mon biais culturel ? Lesquels sont bénéfiques à mon alignement avec moi-même ? Lesquels me sont néfastes ?

Contrairement à un enfant de cinq ans, j’ai passé du temps à lire les philosophes, à étudier l’anthropologie, à m’intéresser à plus de 2000 ans de religion, de pensée, de culture.

Ce que ces études m’apprennent, c’ est que tout n’est qu’un accident.

La philosophie m’a appris à questionner le monde. A tout questionner dans le monde, pas pour le critiquer ou le déconstruire mais parce que je m’émerveille de tout.

Tout ce que vous prenez comme une loi universelle, tout ce que vous prenez pour la vérité, est un accident. Vous êtes né dans un lieu, à une époque, dans une famille, et vous en avez hérité une version de la réalité, une version du monde.

Mais la réalité du monde, la *vraie* réalité du monde, nous est inaccessible.
Souvenez-vous que le seul de vos cinq sens qui ne soit pas une *interprétation* du monde, c’est votre odorat. La vue est une traduction d’ondes lumineuses sur lesquelles vous projetez un sens (des formes, des couleurs…). L’ouïe est une traduction de vibrations de l’air sur lesquelles vous projetez un sens (une articulation, une tonalité…). Le toucher est la traduction de courants électriques lancés à travers votre corps le long de vos nerfs sur lesquels vous projetez un sens (chaleur, douceur, douleur).

Vos émotions sont la traduction d’un cocktail chimique et nerveux que sur lequel vous projetez un sens (tristesse, joie, peur, colère…) et une valeur (émotion positive: la joie, émotions négatives: toutes les autres).

Vos sentiment sont la traduction d’un ensemble de sensations, d’émotions, de molécules chimiques, etc. qui, avec le temps, se sont agglomérés, transformés, et sur lesquels vous projetez un sens (je l’aime, je le hais, je suis nostalgique, …) et une valeur (sentiment positif: le bonheur, sentiments négatifs: tous les autres).

Nous sommes le fruit d’une programmation mentale, culturelle, et intellectuelle, elle-même le fruit d’un héritage historique.

Votre réalité est un accident

Votre réalité est une illusion.

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Vous avez la capacité de vous la réapproprier et cela commence par une simple question: pourquoi ?

Une autre série de questions intéressantes en découle:

  • Qu’est-ce que je veux ?
  • Qu’est-ce que je ne veux pas ?
  • Comment puis-je apprendre ?
  • Comment suis-je bien ?
  • Comment puis-je avoir davantage de ça et moins du reste ?

Quand vous vous serez occupé de vous, quand vous aurez fini par trouver votre autonomie émotionnelle, par comprendre que votre bien-être ne dépend pas du monde extérieur ou de vos circonstances mais du point de vue que vous projetez sur vous-même à l’intérieur de vos circonstances, vous pourrez vous tourner vers les autres.

Parce qu’alors naît la vraie richesse.

Dans la rencontre entre deux autonomies émotionnelles, la rencontre de deux altérités qui abandonnent leur besoin de réassurance, leur besoin d’étiqueter le monde, de détenir LA vérité, qui s’ouvrent à d’autres possibles sans se sentir menacées.

La rencontre de deux altérités qui se demandent: « qui es-tu ? » avec les yeux brillants d’étoiles à la perspective d’ouvrir une nouvelle porte sur le monde. Parce que chaque rencontre est un paquet cadeau. Chaque conversation est le déballage de ce paquet. Et à l’intérieur du paquet, si vous savez regarder, se trouve un autre paquet. Et un autre. Et un autre. Et un autre…

Je ne comprends rien au monde alors je choisis de construire mon propre monde, un monde de joie et de générosité, d’écoute et de partage, de curiosité et d’amour infini, abondant.

Comment communiquer sainement

« Je t’appelle samedi soir en sortant du travail, vers 21 h »

Son dernier SMS datait de jeudi. Il était 22h30 samedi et j’attendais de savoir si on se voyait. Je sentais l’enfant blessé en moi qui s’agitait et se manifestait dans un mélange de colère et de détresse. Depuis quelques années, j’avais pris l’habitude de prêter attention à mes mécanismes internes, de ne pas prendre mes émotions pour qui j’étais mais pour l’expression de mouvements psychiques profonds. J’apprenais à les décoder.

Être adulte, c’est comprendre que nous ne sommes pas nos émotions.

J’ai tourné mon message cent fois dans ma tête avant de l’envoyer:

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C’était ridicule. Il était 22h44, il était évident qu’elle m’avait planté, mais c’était ce que je pouvais proposer de moins agressif pour exprimer que j’aurais préféré être tenu au courant. Je me réconfortais comme je pouvais. Maintenant au moins je pouvais me réapproprier ma soirée.

A minuit, j’étais en train de lire sans être pleinement à ce que je faisais. Je lui en voulais d’avoir pris en otage 90 minutes de ma vie. Je m’en voulais d’avoir été attentiste. « Être égoïste est le plus court chemin vers des relations saines » avais-je lu dans The Truth ou ailleurs.

Communiquer sainement en trois étapes

  1. Se respecter: exprimer ses besoins et faire confiance à l’autre pour qu’il réponde avec fermeté à nos demandes.
  2. Respecter l’autre: être prêt à accepter un « non » sans se sentir diminué ou agressé par la souveraineté de l’autre.
  3. Encourager l’autre à se respecter: lui dire « merci de prendre soin de toi-même ».

A minuit, je reçois ce texto:

"j'ai pas pu. Plus de batterie. Désolée. A+"

Mes blessures profondes s’agitent à nouveau et traduisent:

"blabla. rien à foutre de toi. blabla"

Je replonge dans ma lecture pour ne pas y penser.

Le matin, je suis toujours agité. J’ai besoin de clarifier cette situation. Je lui en veux de m’avoir laissé en plan. Je ne suis pas à l’aise mais je ne veux pas laisser l’enfant blessé en moi prendre la main sur la conversation. Je veux répondre en adulte, me prouver que je peux avoir une communication saine.

Je veux lui écrire: « je comprends mais la prochaine fois j’apprécierais que tu me préviennes à l’avance ». Ce serait mature, non ? Je commence par dire que « je comprends »!

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Mouais, je ne suis pas dupe de mes propres défenses émotionnelles

Au fond, je sais très bien que je me mens. Ce message c’est du passif-agressif pur et dur. Le « mais » qui annule le « je comprends », le « j’apprécierais », condescendant et méprisant qui hurle: « je suis tellement meilleur que toi ». Je ne veux pas envoyer ça. Je ne serais pas à l’aise avec ça. Si je veux rester en accord avec ma quête pour une communication adulte, je ne peux pas envoyer ça.

Clarifier les émotions

Dans mon journal, je raconte, pour moi-même, la situation, ce que j’ai ressenti, ce que je ressens, sans me juger, sans la juger, au plus proche des phénomènes, comme on dit en sophro.

Entre jeudi et samedi, j’ai eu plusieurs fois envie de confirmer si l’on se verrait. Je ne l’ai pas fait pour ne pas être intrusif. Autrement dit, je ne l’ai pas fait pour éviter d’être rejeté si elle me trouvait trop présent.

Autrement dit, je n’ai pas respecté mon besoin de savoir si on se voyait et je n’ai pas respecté son droit à me dire « non ».

J’ai préféré rester dans le flou parce que là au moins, dans l’imaginaire de notre intimité naissante, je peux vivre ce que je veux.

Revenir à la réalité factuelle pour sortir du trop-plein émotionnel

Quand je regarde cette soirée simplement, quand j’ôte le filtre de mes peurs, de ces voix qui chuchotent « tu n’es pas à la hauteur », je réalise que c’est à moi que j’en veux. Il m’aurait suffi de confirmer, vendredi ou samedi matin. Ça n’aurait pas été intrusif mais légitime.

Si la réalité est aussi inquiétante c’est parce que nous lui faisons porter toute la responsabilité de nos insécurités. Nous craignons que lorsque quelqu’un nous dit « non », il nous dise en fait: « tu as raison, tu n’es pas à la hauteur » (ou votre version de vos blessures originelles) alors que tout ce qu’il nous dit c’est « je ne peux pas » ou « je ne veux pas ».

Nous croyons que « je ne veux pas » dit quelque chose sur nous, sur notre valeur en tant qu’être humain. « Si l’autre ne veut pas me voir, c’est qu’il doit y avoir quelque chose qui ne va pas avec moi » nous disent nos doutes et nos insécurités.

Je suis le héros de ma vie, pas de la vôtre

Nous croyons que les autres nous parlent de nous, parce que nous sommes au centre de notre propre film intérieur, le héros de notre récit de vie. Nous oublions que nous sommes un personnage secondaire dans le film des autres.
Qu’ils nous disent oui ou non, les autres nous parlent d’eux-mêmes et de leur film intérieur à eux.

Quand nous arrêtons un instant d’être uniquement centrés sur nous-même nous nous offrons une chance de découvrir la réalité de l’autre, dans toute son étrangeté et toute sa beauté.

Être humain: reconnaître que l’autre est le héros de sa propre existence et avoir la curiosité de découvrir sa réalité

Paradoxalement peut-être, lorsque nous reconnaissons être au centre de notre propre réalité (et quand nous agissons en accord avec cette réalité), nous permettons à l’autre de s’épanouir dans la sienne, nous arrivons à encourager son altérité, à valoriser sa vie plutôt qu’à toujours négocier pour qu’il valorise la nôtre.

L’effet inattendu qui en découle, c’est un surplus d’amour pour nous-même. Quand nous valorisons l’autre pour ce qu’il est, nous reconnaissons notre propre valeur et réalisons que nous sommes autosuffisant et que oui, nous sommes à la hauteur.

Les autres ne sont pas là pour nous valoriser ou pour nous soutenir ou pour nous faciliter la vie. Ils sont là pour vivre leur propre existence. Si de temps en temps, nos mondes coïncident, pour quelques heures ou quelques années, le mieux que nous puissions faire c’est de nous émerveiller face à toute cette différence, l’encourager et la cultiver.

Et si nous prenions la responsabilité de notre propre bonheur ?
Et si nous rendions plutôt à chacun la responsabilité de son propre bonheur ?

Au terme de toutes ces réflexions, j’ai fini par lui répondre ce matin, la réponse la plus adulte que j’ai pu trouver:

"Je comprends. J'aurais dû t'appeler plus tôt pour confirmer. Profite bien de ton [activité de la journée dont elle m'a parlé dans un échange précédent] smiley1"

Pas de « mais » qui invalide mon « je comprends », pas d’accusation masquée, mais une reconnaissance de mon propre besoin et de ma propre défaillance vis-à-vis de moi-même. Avec la dernière phrase, j’ai voulu reconnaître sa souveraineté et la valoriser.

Vers une communication plus saine

Il est facile de pointer le doigt sur les autres pour ce que nous ressentons. Nos parents ne nous ont pas assez ou pas assez bien aimés, les autres ne nous écoutent pas, ne nous voient pas. Nous oublions que 90% des signaux que nous envoyons sont basés sur des mécanismes de défense pour nous éviter de revivre les traumatismes émotionnels de notre enfance.

Nous cachons notre vulnérabilité de peur d’être blessés et nous reprochons aux autres de ne pas voir derrière nos masques. Lorsque nous disons « tu m’as manqué de respect », nous évitons de voir que nous n’avons pas clairement exprimé qui nous étions et ce que nous voulions.

Que voulez-vous ?

Mon désir pour la suite de ma vie c’est de réussir à communiquer la plupart du temps mes besoins et de toujours conclure mes échanges par une petite phrase valorisante pour mon interlocuteur, un encouragement à la souveraineté de son altérité, un renforcement positif en quelque sorte.

altérité
« La vie est plus riche quand vous parlez aux autres » (Neil Strauss)

La difficulté principale de cette quête vient de l’énergie que cela demande d’être sans cesse en vigilance des mécanismes à l’oeuvre dans la communication. Ni nous ni les autres ne sommes toujours dans une communication claire, saine, positive, en particulier quand la charge émotionnelle de l’échange est élevée.

C’est un effort que d’être toujours la personne qui ramène la conversation sur le « bon » registre, c’est-à-dire sur le registre de l’authenticité et du respect mutuel.
Cet effort est pourtant la clef pour des relations profondes, ancrées sur une attention partagée, sur une valorisation mutuelle et sur un enrichissement interdépendant.

Être adulte c’est entendre l’altérité dans l’autre et l’accueillir sans condescendance, sans hauteur et sans jugement. C’est percevoir nos propres blessures originelles et ne pas les laisser nous définir.

Nous sommes en interrelation les uns avec les autres et l’un de nos besoins fondamentaux est de vivre cette connexion dans la réalité tangible de nos relations. Quand quelqu’un nous « voit », quand quelqu’un nous prête attention et nous offre une partie de son temps, cela renforce notre bonheur.

En montrant aux autres que nous pensons à eux, que nous sommes attentifs à eux, nous renforçons le lien et augmentons le sens de notre vie. A condition de ne pas tout ramener à nous, à condition de ne pas le faire par intérêt, à condition d’opérer depuis un espace de générosité, d’authenticité et de sincérité.

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Pour voir comment une mauvaise communication peut ruiner un parfait week-end, lisez La Perfection de l’Instant.

2016-05-01_14-23-05

Single field excellence is a myth

We live in a world where the expert is overrated. If you’re not specialized in one field, it raises suspicion. How can you be good at many things?

The answer is life/learning hacking.

When you only learn through the rule of 10.000 hours, when the only way you know how to become good at something is by going from basic to intermediary to expert, you need a lot of time to become sort of good at stuff.

Truth is, there are shortcuts. Failing often and fast is one. Modeling is one.

For a long time, in RPG you could only create hyperspecialized characters. If you tried to make a character that was good at many things, you created an average character at best. The more he leveled up, the more the gap between him and the other characters of the group widened.

I call bullshit on that.

Good life is multi-passionate

You can have many fields of interest and become good in all of them.

Life is long. There’s a lot you can achieve in a ten-year period if you give it focus and energy. There’s even a lot you can create in three years. Maybe not as much but there’s little that can’t be achieved in ten years. How many ten-year spans does your life contain ? Let’s say you start living purposefully at thirty and end your life at eighty. That’s five blocks of ten years. Five opportunities to become good at something. To become better than most – although, who cares about that ? – , to make five of your big dreams real (and I’m talking very BIG dreams).

Let’s say you’re a little slow and it takes you fifteen years to make a dream real. Then you can still achieve two big dreams and one smaller dream.

Where do they get off these people who tell us to focus on one area of life ? Where is the rationality in that ?